Aïki Mag n°25 déc 12 à mai 2013
Aïki Mag n°25 déc 12 à mai 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°25 de déc 12 à mai 2013

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : FFAAA

  • Format : (210 x 285) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 2,6 Mo

  • Dans ce numéro : l'Aïkido, une philosophie fine et subtile, un art de la relation ... (Céline Froissart).

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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ligue de picardie dominique capes du « Connais-toi toi même et tu connaîtras l'univers et les dieux », inscription placée sur le fronton du temple de la pythie de Delphes en Grèce. Mais qu'on peut aussi bien retrouver sous d'autres transcriptions dans les anciens textes taoïstes chinois, et certainement dans toute autre culture. Prendre conscience de ses limites, du bien incommensurable et inégalable qu'est la vie, la sienne et celle d'autrui. Combien elle est tenace mais pourtant fragile. Le seul vrai combat que nous devons mener est celui de maîtriser le côté destructeur (quelle qu’en soit sa dimension), que nous avons tous en nous pour le transformer en énergie bienfaitrice. Ce n’est pas autre chose que de se libérer des tensions, que notre manque de relativité aux évènements externes a créé en nous. Pratiquer avec les partenaires qui semblent ne pas nous convenir participe à cette victoire sur nous-même. L'Aïkido nous apprend à travailler avec l'autre quelle que soit sa forme de travail, sa personnalité, son grade... Accepter de ne pas réussir, d’être confronté à plus confirmé que soit sont des difficultés à surmonter. L’Aïkido moderne s’oppose-t-il à la tradition martiale ? Ce qui est martial, guerrier, militaire s’est construit, au cours des siècles autour d’une certaine déontologie qui s’exprimait aux travers de codes d’honneur, de règles plus ou moins tacites qui visaient à magnifier le rôle du guerrier, du chevalier. Cela représentait déjà un progrès dans la relation conflictuelle. Les dernières guerres du 20 e siècle, celles-ci bien modernes, ont montré l’impasse vers laquelle elles conduisaient l’humanité. Surtout avec l’immense développement technique des armes de destruction massive. Les codes d’honneur ne représentaient rien face aux raisons profondes à l’origine de ces conflits. Il fallait tuer ou être tué, qu’on soit l’attaquant ou le défenseur. Les vainqueurs ont compris qu’il ne servait à rien d’enfoncer le vaincu, de le mépriser. Il valait mieux à l’avenir prévenir par une éducation humaniste et par une force de frappe dissuasive. La pensée martiale a su évoluer. Les armées modernes des grands pays ont un rôle essentiellement de défense, voire de police. La destruction n’est plus acceptée. Désarmer sans détruire, vaincre sans tuer sont les objectifs des démocraties. En cela, l’Aïkido, créé par Morihei Ueshiba en 1942, a été moderne dès son émergence. L’Aïkido est un art vivant, évolutif, dont les formes ne sont pas figées mais portées par des principes fondamentaux bien plus importants que la simple réalisation de telle ou telle technique. Ces principes, le pratiquant les découvrira au fur et à mesure de sa pratique en club, de sa participation aux stages des maîtres de haut niveau, de son intérêt culturel pour l’Aïkido. La notion de RENCONTRE Construire son Aïkido en incluant la pratique des armes, c’est aussi rencontrer l’histoire et la culture des arts martiaux japonais. 10
bien-être que nous recherchons n’est pas à confondre avec celle du confort. Enseignez-vous des formes ou des techniques plus que d’autres ? Nous sommes tous plus ou moins imprégnés de l’image que nous a laissée tel ou tel enseignant ou maître dans son interprétation technique de l’Aïkido. Nous nous sommes plus ou moins appropriés ce que nous avons vu. Mais ces maîtres nous enseignent le fond par la forme. Ce qu’on ne comprend pas immédiatement, accaparé que nous sommes par la décomposition des mouvements, la mémorisation du geste que nous voulons reproduire. Pourtant, « la forme c’est le fond qui remonte à la surface » (Victor Hugo). En ce qui me concerne, enseignant en club, j’essaye de m’en tenir aux principes (déplacements, placements, angles, relâchement, etc.), que les pratiquants doivent prendre en compte pour assimiler les techniques, mais je dois dire que j’ai un intérêt particulier pour une pratique non statique et non systématiquement décomposée. Il me semble intéressant de laisser le pratiquant s’exprimer dans sa compréhension du moment et de pas avoir à se perdre dans un empilement de détails. Quant à privilégier des techniques, même si des préférences peuvent exister, un enseignant doit s’en préserver car il doit instruire avec l’ensemble des techniques, frappes ou saisies que devra présenter le pratiquant au shodan. La nomenclature de laC.S.D.G.E. est riche. Il ne faut pas négliger de reprendre ce que nous délaissons. Il est même intéressant de solliciter sur le sujet le DTR lors des stages de ligue. Je considère cependant que ikkyo sur l’attaque shomenuchi est la technique qui renvoie sans cesse à l’esprit du débutant. C’est une technique impardonnable, exigeante qui nous amène à l’humilité tellement elle est difficile à réaliser et jamais vraiment bien exécutée. Koshi nage est aussi une technique qui interpelle : comment l’enseigner et la faire réaliser par des pratiquants aux gabarits variés ? Cette technique démontre combien kokyu nage est peut-être l’essence et la finalité de toute technique. La pratique des armes est une composante de l'Aïkido, demande-t-elle une pédagogie adaptée ? Les armes de l’Aïkido (aujourd’hui le boken, le jo et le tanto) sont très symboliques et en cela très riches. Elles sont, pour ce que je connais de l’historique de l’Aïkido, inhérentes à sa construction. En conséquence, il serait vraiment dommage d’en soustraire l’étude dans l’enseignement. D’autant que des nouveaux élèves, qui peuvent rencontrer des difficultés dans leur premier temps de pratique avec les roulades (ukemi) et le travail à genoux (suwari waza), sont intéressés d’emblée par la pratique de ces armes. C’est aussi un angle d’approche de l’Aïkido pour les débutants. Il convient d’exprimer cette pratique avec les principes que l’on doit utiliser lors de la pratique sans armes. Espace, vigilance, sécurité, mesure sont indispensables. La notion d’outil pédagogique prime sur toute autre considération. On retrouve exactement les mêmes notions de travail avec et sans armes. Ce travail concrétise des notions qui paraissent parfois abstraites (angles, distances, atémis, coupes, etc.) dans l’Aïkido à mains nues. C’est aussi un travail personnel, puisqu’on peut pratiquer seul, pour peu que l’environnement s’y prête. Répéter des mouvements exécutés en club, avec un boken ou un jo, reproduire un kata sont des chemins individuels de progrès. Quel est, en Aïkido, le rapport spécifique entre l’attaque et la défense ? Sans entrer dans des considérations trop poussées concernant l’émergence, voire l’intention, de l’attaque qui entraînera une défense plus ou moins en amont de l’action qui semblera être plus une attaque qu’une défense, nous convenons sur les tatamis qu’il y a un attaquant et un défenseur. Mais les actions (attaques et défenses) que nous allons opérer ne doivent pas être successives ou dissociées, à courir l’une après l’autre (attaque/contre-attaque). Avec la pratique, la connexion entre défense et attaque s’affinera. Il est possible d’annihiler une attaque à sa source ou de la laisser mourir en étant immédiatement avec l’attaquant et non plus contre. Le travail est de le faire sans blocage et dans l’harmonie Trouver l’instant et l’emplacement pour déséquilibrer et rendre inoffensive l’action d’attaque. La technique engagée doit être fluide et belle. Ce qui est beau est juste… et vice versa. Dès lors, il n’y a plus deux actions, l’une contre l’autre, mais une action qui s’harmonise avec l’autre pour ne devenir qu’une jusqu’à sa fin. Quelle importance accordez-vous aux suwari waza ? La pratique à genoux est surprenante pour l’observateur ou le débutant. Elle change notre rapport avec le sol, nous qui sommes en permanence dans l’élévation depuis l’enfance : assis sur une chaise ou debout. Cette pratique favorise la mobilité du corps, la souplesse et la rectitude de l’attitude. Je trouve que c’est le kihon par excellence. Néanmoins, elle ne doit pas être exagérée. Répétitive, c'est-à-dire présente à chaque cours, mais mesurée, adaptée aux possibilités de chacun. En quoi l’Aïkido peut-il façonner l’humain ? L’Aïkido, comme le dit Bernard Palmier lors de ses cours pédagogiques, c’est un système. Même si, personnellement, je n’aime pas ce mot, peut-être à tort, La réalisation de soi, à laquelle contribue l’Aïkido, ne peut se concevoir comme un travail exclusivement technique ou sportif. Le rapport particulier avec autrui sur lequel nous sommes engagés dans la pratique de l’Aïkido ne peut s’arrêter à la frontière du dojo… 11 pour qualifier notre art, je reconnais que la définition est juste. Un système est un ensemble de principes, coordonnés et conçus par l’esprit auquel on adhère ou non jusqu’à un certain point. Néanmoins, la réalisation des techniques selon les principes de l’Aïkido nécessite que l’esprit du pratiquant ait accepté et mis en pratique ces principes. L’Aïkido a une dimension culturelle indéniable. La culture éduque et ouvre l’esprit plus qu’elle ne façonne. Par contre, le corps, par une pratique régulière, se construit, se façonne, à la fois dans le renforcement, l’endurance et la souplesse. L’Aïkido peut-il sortir du dojo pour passer dans le quotidien ? La réalisation de soi, à laquelle contribue l’Aïkido, ne peut se concevoir comme un travail exclusivement technique ou sportif. Le rapport particulier avec autrui sur lequel nous sommes engagés dans la pratique de l’Aïkido ne peut s’arrêter à la frontière du dojo. Propos recueillis par Céline Rigodon



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