Aïki Mag n°24 jun à nov 2012
Aïki Mag n°24 jun à nov 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°24 de jun à nov 2012

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : FFAAA

  • Format : (210 x 285) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 1 Mo

  • Dans ce numéro : Marc Bachraty, l'union de l'efficacité et de l'harmonie.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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RENCONTRE une simple activité sportive, aussi respectable soit-elle. C’est ainsi que j’ai franchi la porte du club Daumesnil en 1983 où j’ai eu pendant deux ans pour enseignant Christian Sortant. Toutefois, celui-ci devait quitter le club Daumesnil en 1985 pour reprendre celui de Rosny-sous-bois. Par ailleurs, j’étais décidé à m’entraîner davantage et j’avais entendu parler de Christian Tissier que je ne connaissais que de réputation ou encore à travers ses livres, je me suis ainsi retrouvé au club de Vincennes en septembre 1985. J’ai Pratiquer l’Aïkido c’est se sentir plus intensément vivant, d’où le plaisir et la joie qui en découlent… été, dès le début, fortement impressionné par l’énergie, le rythme et le dynamisme qui y régnaient. J’étais fasciné par un Aïkido qui dégageait tant de puissance et d’élégance. 6 Ils se sont tous engagés avec bonheur sur la voie de l’harmonie, et même, pour certains, dans l’union des cœurs, comme Anne 1 er dan et Christophe 3 e dan, (ci-contre). aïkido club daumesnil jean-pierre israël Que dire également de la rigueur technique, de la clarté des explications et de l’enthousiasme communicatif de Christian Tissier ? Malgré sa notoriété, Christian Tissier reste d’une grande simplicité et demeure toujours très accessible. J’ai su alors que j’avais trouvé ma place et suis resté depuis ce jour son élève. J’ai également étudié auprès des différents intervenants du Cercle Tissier à Vincennes, formés dans le même esprit, chacun apportant sa propre lecture de l’enseignement. Ils ont très certainement contribué à approfondir ma compréhension et à enrichir ma pratique. Bien sûr, il y a eu également les grands experts japonais. Je pense notamment à Yamaguchi senseï dont l’Aïkido m’apparaissait alors et m’apparaît encore aujourd’hui comme plutôt inaccessible, Endo senseï et sa pratique très sereine, tout en relâchement. Christian Tissier, ainsi que certains experts japonais, bien que de sensibilités différentes, nous présentent les formes les plus abouties de notre art à ce jour. Ils nous proposent une direction à suivre et préservent ainsi le lien entre l’Aïkido moderne et la tradition. L’idée que l’on se fait de l’Aïkido et de sa représentation actuelle vous semblet-elle convenir à sa réalité ? Il me semble que pour beaucoup de personnes extérieures au monde des arts martiaux, l’Aïkido véhicule l’image d’une discipline non-violente teintée d’une philosophie zen. Et sans doute cette image est-elle une des facettes de l’Aïkido.
Toutefois, seuls les pratiquants savent combien la tache est rude et nécessite beaucoup de temps, d’investissement, de travail et de sueur. Il faut des années pour se construire des formes de corps et bien d’autres années encore pour les habiter pleinement. Dans un dojo, la non-violence n’est pas qu’une théorie. Elle suppose au contraire une grande maîtrise qui ne peut s’exprimer qu’à travers une technique sans faille et un esprit serein. La contrainte, que ce soit une saisie ou une attaque, doit être, en Aïkido, résolue harmonieusement et non par la force. Cela passe par une adéquation idéalement parfaite à la situation et cette acceptation ne peut s’actualiser qu’à travers un relâchement des tensions, aussi bien physiques que mentales, car toute tension est le signe d’un refus souvent lié à la peur. Parvenir à ce relâchement dans l’action, lié bien sûr à une certaine tonicité qui exprime une intention claire, est, à mon sens, quelque chose de fondamental, un défi permanent qui se représente à chaque instant de façon toujours nouvelle. Que demandez-vous et qu’attendez-vous personnellement de l’Aïkido ? Il y a, selon moi, un lien très net entre l’Aïkido et les traditions spirituelles orientales qui ont toutes pour dénominateur commun la pratique de la vigilance, de l’attention, du retour à l’instant présent, à l’ici et maintenant. En cela, le travail exigeant que nous exerçons sur le corps, nous aide à revenir à la sensation, à la réalité de l’instant. Et, à travers l’apprentissage des techniques, d’autres qualités se développent progressivement. Ainsi apparaissent la prise de conscience du centre, la verticalité, le relâchement dans l’action, la vision… La recherche du geste pur, de l’attitude juste illustre aussi les deux dimensions à la fois martiale et artistique de l’Aïkido. Revenir à l’essentiel, épurer chaque déplacement, chaque geste pour arriver à la quintessence de l’expression est une quête sans fin qui se manifeste par toujours plus de puissance, de plénitude et de beauté dans l’action. L’Aïkido que nous pratiquons véhicule et a toujours véhiculé cet esprit de recherche qui, bien que s’exprimant à travers des formes et des sensibilités différentes, nous réunit tous sur la même voie. Pratiquer l’Aïkido c’est se sentir plus intensément vivant, d’où le plaisir et la joie qui en découlent et qui nous font sans cesse reprendre le chemin du dojo. u Propos recueillis par Albert Wrac’h Tori et uké LE SENS DES MOTS Traditionnellement, tori et uké sont les rôles respectifs que chacun des deux partenaires vont occuper alternativement au cours de la pratique. Certaines traductions des mots tori et uké en français, proposent entre autres, pour le premier, l’idée de « prendre ou d’attraper » et pour le second celle de « recevoir ou d’accepter ». On peut donc penser que tori est celui qui prend quelque chose à uké et que uké est celui qui reçoit quelque chose de tori. Voilà bien une forme paradoxale d’échange qui veut que ce que l’un prend l’autre le reçoive. Traditionnellement, au cours des affrontements guerriers, les plus forts affirment par la force leur pourvoir sur les plus faibles. Dans la pratique des arts martiaux qui développent une dimension compétitive et où l’attaque permet de marquer des points, comme en Judo sportif ou en Karaté, la victoire pour l’un et la défaite pour l’autre se jouent sous la forme euphémisée du scénario sportif. Dans ce cadre, tori est celui qui initie l’attaque et uké celui qui est projeté ou touché au cours de cette attaque. Autrement dit, tori portant son attaque met uké dans l’obligation de subir les effets de celle-ci. Dans la pratique de l’Aïkido où la dimension d’apaisement est prédominante, les choses s’inversent. Tori n’est plus celui qui attaque mais celui qui se défend contre l’attaque d’un uké qui finit toujours quand même par être celui qui tombe. Quelle que soit l’option mise en œuvre, offensive ou défensive, il semblerait que tori et uké incarnent respectivement les rôles de gagnant et perdant d’un duel. Cette conception très réductrice ne rend pas compte de la complexité de la relation qui unit tori et uké dans la pratique de l’Aïkido. Si l’on se situe uniquement dans le registre de la recherche de l’efficacité martiale, pour avoir une chance de répondre de manière adaptée à une attaque, il vaut mieux anticiper les actions de celui qui porte l’attaque que de répondre trop tard. Ainsi tori serait celui qui anticipe en prenant l’attaque de uké et en la retournant contre celui-ci et uké celui qui reçoit la monnaie de sa pièce, si l’on peut l’exprimer ainsi. Cependant, la proposition d’O sensei Morihei Ueshiba va plus loin que l’idée de selfdéfense. Dans la pratique de l’Aïkido il n’y a ni perdant ni gagnant, techniquement c’est un jeu à somme nulle qui se joue. Pour comprendre cette assertion, il nous faut envisager la pratique de l’Aïkido comme un moment d’échange au cours duquel la médiation technique modifie le rapport à la violence de tori et uké. Avant qu’O senseï Morihei Ueshiba propose une nouvelle manière de vivre et penser la gestion des conflits, tori et uké demeuraient les deux faces d’une même pièce qui, par définition, étaient vouées à se tourner le dos éternellement. Pour dépasser cette situation, il a fallu imaginer une forme de médiation qui les conduise à se rencontrer pour progressivement se transformer mutuellement. En Aïkido une dynamique d’échange s’instaure, tori prend une part de ce que uké lui donne pour la lui retourner. Au cours de la pratique, l’expression statique des forces antagonistes se métamorphose en une libre circulation des tensions. Se donne à voir alors une forme gestuelle ou domine la continuité des actions. Ainsi, loin de se limiter à un jeu de rôles qui viserait à mettre en scène l’éternelle combat mythique du bien et du mal, le rapport tori-uké constituerait une forme d’expression martiale où il serait plus question de sublimer la violence en lui offrant des modes de circulation acceptables que de la domestiquer. 7 Arnaud Waltz 6 e dan



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