Aïki Mag n°24 jun à nov 2012
Aïki Mag n°24 jun à nov 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°24 de jun à nov 2012

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : FFAAA

  • Format : (210 x 285) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 1 Mo

  • Dans ce numéro : Marc Bachraty, l'union de l'efficacité et de l'harmonie.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Bref, j’apprécie toutes ces techniques qui m’apportent à la fois le plaisir d’une sensation et le plaisir de l’enseigner. E.R. : Pour ma part, j’affectionne particulièrement les sutemi. J’ai dû adapter mes mouvements à ma taille et à mon poids tout en appliquant la technique telle qu’on doit l’enseigner. Il m’était facile d’engager l’esquive dans le déplacement et, dans le même mouvement, coller au partenaire et m’élancer pour l’entraîner dans la chute. Lorsqu’on maîtrise ces sensations, le reste devient facile. À présent, j’évite de le faire car avec une prothèse de hanche et quatre vis dans une jambe, c’est risqué... mais ça ne m’empêche pas de continuer. Je ne saurais dire si je préfère une technique plutôt qu’une autre en Aïkibudo. Par contre, en Judo, j’aimais morote seoi nage, tai otoshi et hane goshi qui me permettaient de me placer facilement sous le partenaire pour engager la projection. Manifestement, votre attachement à l’Aïkibudo est lié à l’attachement à un maître. Qu’est-ce qui vous a séduit chez lui ? E. R. : Son exigence, son indépendance et sa simplicité. Dès notre première rencontre, j’ai été surpris par sa personnalité. Au cours d’un stage à Réquista, dans les gorges du Tarn, en 1970, je lui avais dit : « Si un jour vous venez à Tarbes, vous êtes invité à déjeuner chez moi. » En décembre 1971, je me présentai au 2 e dan. Le jury était formé d’Alain Floquet assisté des responsables régionaux et professeurs de clubs. Après l’entraînement du samedi après-midi, nous étions tous réunis et la question était de savoir chez quel responsable le maître et les assistants allaient manger. Simple pratiquant, je n’étais pas concerné mais c’est alors que j’entendis quelqu’un me dire : « Monsieur Royo, votre invitation de Réquista tient toujours ? » Et nous voilà partis, maître Floquet et moi, plantant là ces messieurs. Dans la voiture, il me dit : « Monsieur Royo, à vous moins qu’à un autre, je ne pourrai faire de fleur ! ». Le soir, après souper, j’ai passé mon 2 e dan… il ne m’a rien laissé passer et fut sévère avec moi. Mais cela a servi à me mettre un peu dans le rang, car les responsables de l’époque admettaient difficilement que les Plusieurs décennies de pratique et de fidélité à une voie ont forgé une amitié martiale authentique, entre deux grands budoka. plus jeunes progressent trop vite. Ces messieurs ne lui pardonnèrent pas ce camouflet… et ça lui a d’ailleurs valu quelques tracas par la suite. 22 A.T. : Edmond a tout dit ! Peut-être peut-on ajouter une aura exceptionnelle. Comme l’a dit un jour Alain Roinel dans votre revue, on le sentait vraiment habité par le budo. Pour moi, l’événement vraiment marquant fut d’assister, en 1969, à un passage de grades où, à force de patience, de gentillesse, et de pédagogie, il parvint à obtenir d’un candidat, qui était beaucoup plus âgé que moi, une prestation que personne n’aurait pu imaginer. Ce fut véritablement, et très tôt, un maître dans son domaine, parvenant à obtenir des gens le meilleur de ce qu’ils peuvent donner. J’ai l’air d’enfoncer des portes ouvertes mais, à cette époque, Alain Floquet n’avait pas 30 ans ! C’était, avec Hiroo Mochizuki, des gamins généreux, bourrés de talent, incroyablement séduisants dont le but était de transmettre leurs connaissances. Est-ce qu’on peut dire alors de l’Aïkibudo qu’il s’agit d’une école ? A.T. : Oui, l’Aïkibudo, c’est une école. Alain Floquet en est le maître fondateur. Nous pratiquons un art spécifique où s’enseignent des techniques spécifiques avec un esprit, une « philosophie » particulièrement originaux. Dans cet art, il ne peut pas y avoir de « courants », de « tendances ». Garder de l’humilité, de la simplicité, le port du hakama n’est pas une clé vers une quelconque illumination ou la découverte des secrets d’un gourou… Chacun, dans sa région, s’efforce de pratiquer selon la forme originale que l’on retrouve dans toutes les régions. Oui mais le terme école a parfois une connotation équivoque, ce n’est pas un peu dangereux de parler d’école ? E.R. : Pas du tout. Pour moi,
AÏKIBUDO Les techniques doivent être travaillées avec un engagement total comme le montrent André Tellier et Edmond Royo. l’Aïkibudo est avant tout une école de vie. Elle m’a appris à être plus attentif à toutes choses, plus concentré, plus détendu. Avec l’Aïkibudo, j’ai appris à économiser les gestes et surtout les paroles, c’est important quand on doit expliquer un mouvement. J‘ai surtout appris à ne pas parler pour ne rien dire. Au fur et à mesure que l’on pratique, on sent que tout devient plus simple et plus facile. On en arrive à se comporter de la même façon dans la vie avec soi-même et avec les autres. Il n’y a aucune raison d’être en conflit ou d’en créer. C’est le principe de l’aïki… et si ça nous aide dans la vie, si ça nous permet de vivre mieux, c’est que c’est formateur, c’est donc une école. Mais ceci est également vrai quelle que soit l’activité. Je pratique aussi le Kendo, c’est également une école, elle est très complémentaire avec l’Aïkibudo. Toute activité, si on s’y engage, on s’y épanouit, on s’y forme, peut devenir une école. A.T. : Le terme école n’a rien d’occulte. Un maître fonde une école. Il forme des disciples. Ces disciples s’efforcent de reproduire au mieux la technique, la forme de corps, la « philosophie » du maître, chacun avec ses caractéristiques physiques et mentales nécessairement différentes de celles du maître. Mais ces différences sont transmises aux élèves, aux disciples de seconde génération… et peuvent devenir des styles voire des schismes après la mort du maître. Les disciples sont alors susceptibles de fonder à leur tour une école, un « courant », à moins qu’ils ne soient contraints (ou capables) de s’unifier dans une fédération pour préserver collégialement ce qu’ils ont reçu au départ... Dans le cas de l’Aïkibudo, c’est le maître Mochizuki Minoru qui a dit à son disciple que son art était devenu si original, si spécifique qu’il devait porter un autre nom ce qui fut fait avec l’approbation du senseï. 23 Dans l’Aïkibudo, il y a donc un rôle clé, c’est celui de transmettre ce que l’on a reçu. A partir de quand peut-on enseigner ? E.R. : Il est difficile d’être précis, le début sera différent en fonction de chacun. On peut penser que pour commencer à enseigner, il faudrait avoir, au moins, un niveau de 2 e dan. Quand on explique une technique, il faut pouvoir associer la parole au geste. On peut arriver à enseigner sans ces conditions. Mais en ce qui me concerne, j’ai commencé avec des élèves en apprenant au fur et à mesure. A.T. : Dès qu’on éprouve le besoin de transmettre, qu’on se sent prêt à être remis en cause, à essuyer des échecs, à découvrir que sa technique ne marche pas avec quelqu’un qui ne sait pas qu’il faut se laisser faire... je plaisante ! On peut enseigner quand on se sent apte techniquement, qu’on se sent assez fort pour jouer un rôle de leader et assez fort pour ne pas transmettre son Aïkibudo mais l’Aïkibudo. Peut-être aussi quand son maître en a implicitement donné l’autorisation. E.R. : Je pense aussi qu’il ne faut pas se faire d’illusion ni tromper les élèves. Quand on devient professeur, il faut continuer à se comporter simplement, correctement sans se croire supérieur aux autres. Pour pouvoir enseigner, il faut d’abord pratiquer, faire face à ses propres difficultés, avoir beaucoup de volonté et ne jamais arrêter. C’est en fait une charge très lourde. Quel conseil pourriez-vous donner à des jeunes qui veulent continuer dans le temps la pratique de l’Aïkibudo ? A.T. : Avoir un petit grain de folie, un peu d’humilité et beaucoup d’orgueil. Il ne peut pas y avoir de pratique égoïste d’un art martial. On reçoit beaucoup de ceux qui nous ont précédés, il faut le rendre à ceux qui nous suivent. Ce sont les générations d’élèves que nous avons formées qui nous ont hissés au niveau où nous sommes. E.R. : Garder de l’humilité, de la simplicité, le port du hakama n’est pas une clé vers une quelconque illumination ou la découverte des secrets d’un gourou. Il faut faire preuve simplement de volonté, de persévérance, être prêt à donner beaucoup de soi, de son temps, être prêt à partir loin de chez soi pour évoluer. Bref, il faut être passionné. u Propos recueillis par Jean-Marc Papadacci, Président du CERA Infos stages : Du 16 au 20 juillet et du 23 au 27 juillet : Temple-sur-Lot, informations : Centre Lembrun – 05 53 40 50 50. Du 30 juillet au 03 août : Lagord (17), informations : M. Azzopardi 06 80 71 88 78.



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