Aïki Mag n°24 jun à nov 2012
Aïki Mag n°24 jun à nov 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°24 de jun à nov 2012

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : FFAAA

  • Format : (210 x 285) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 1 Mo

  • Dans ce numéro : Marc Bachraty, l'union de l'efficacité et de l'harmonie.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Amour de la culture japonaise et passion pour les tatamis se confondent chez Jean-Pierre Cortier. À 64 ans, le plus ancien élève de Masamichi Noro, qui comptabilise cinquante années d’Aïkido et de Kinomichi, a fait de ces deux disciplines un art… de vivre. Les arts martiaux sont en quelque sorte, chez vous, l’histoire d’une vie… déterminante ? J’ai effectivement rencontré l’Aïkido très jeune, au début des années 1960, alors que j’étais adolescent. Les choses, ensuite, sont allées relativement vite. En 1964, j’ai obtenu ma première ceinture noire d’Aïkido Yosekan budo, confirmée deux années plus tard par maître Noro. Celui-ci, en effet, ne reconnaissait pas ce grade décerné par la fédération française, en tant que tel. Il m’invita alors à passer un nouvel examen, où maître Asaï en personne me servit de partenaire. C’est ainsi que j’ai obtenu ma ceinture noire shodan relevant du centre mondial de l’Aïkido, l’Aïkikaï de Tokyo. À mon tour, en 1969, je suis devenu enseignant d’Aïkido au Budo Collège de Bruxelles, avant d’ouvrir mon propre dojo à Roubaix, puis à Lille. Depuis lors, je n’ai jamais cessé de fréquenter les tatamis, comme instructeur et élève, « Cesse d’être débutant et tu as fini de progresser » nous enseigne un proverbe chinois. Passionné par la forge, je suis également 4 e dan de Iaï do, l’escrime japonaise. J’ai eu le privilège d’être gradé dans cette discipline par Naka Kura, le plus grand escrimeur japonais qu’ait connu le XX e siècle. Au cours de ces cinquante années consacrées à l’Aïkido, d’abord, puis au Kinomichi, au-delà des tatamis votre rencontre avec Masamichi Noro, dès 1961, a été 16 kinomichi jean-pierre cortier la jouissance du déterminante… Masamichi Noro, envoyé en Europe diffuser l’art de l’Aïkido par son fondateur, Morihei Ueshiba, était un génie de la discipline. Comme tous ses élèves de l’époque, je l’observais avec le regard un peu crédule du profane. Tous, nous le trouvions d’une élégance rare dans son hakama immaculé ceinturé de rouge et de blanc. Mais ma première expérience des tapis avec lui fut, si j’ose dire, cuisante… Il me fit un shiho nage d’une telle
puissance et d’une telle précision que je me retrouvai cloué au sol, perdant même connaissance quelques secondes… Comme je l’ai progressivement et finalement vite compris, avec maître Noro nous passions d’un Aïkido centré sur la self-défense à l’art - au sens propre - du mouvement, proche du ballet, notamment dans la légendaire spirale dont il est l’auteur. Julien Naessens, directeur du Budo Collège, dojo mythique, le plus grand d’Europe à l’époque, avait assisté à cette scène… Il m’interpella et m’expliqua que les formes que j’avais apprises jusqu’alors n’étaient pas les formes pures de l’Aïkido. Il devint à l’instant même mon professeur au côté de celui auquel je suis resté fidèle : maître Noro, expert de ce dojo prestigieux. C’est dans ce « temple » des arts martiaux que j’ai eu la chance de pratiquer avec les plus grands maîtres de la discipline : Tamura, Asaï, Kobayashi, Tohei… Tous, sans exception, m’ont amené à porter un regard différent sur l’Aïkido, car ils avaient chacun une pratique qui leur était propre. Mais, malgré cela, j’ai toujours préféré le sourire permanent de maître Noro, sa conception de l’enseignement et, surtout, sa spirale. mouvement Justement, cette spirale… elle reste une figure emblématique du génie de Masamichi Noro et de son importante contribution aux arts martiaux ? Elle est fondamentale. J’utilise souvent la métaphore de l’eau et de la montagne pour évoquer ce mouvement créé par notre senseï : l’eau ne franchit pas la montagne par son sommet, elle la contourne et continue de couler. La spirale projette, certes, mais par son effet de rotation elle contourne également. Ce mouvement a la même efficacité qu’un affrontement, mais sans caractère frontal direct et avec beaucoup plus d’élégance… C’est en quelque sorte ici que le Kinomichi prend sa source. En effet, si je pense que le Kinomichi, créé en 1979 par maître Noro, est une sensibilité de l’Aïkido, il s’en distingue cependant par sa non-agressivité, sa recherche constante de la beauté du geste et, surtout, sa philosophie : « Votre partenaire est plus important que vous ». C’est un principe que je me suis toujours imposé dans la vie. Respecter l’autre, ce qu’il est au plus profond de lui, être en harmonie avec son entourage plutôt que de se consacrer à sa seule personne, comme si la vie commençait et finissait avec nous. Ce sont d’ailleurs des préceptes que l’on retrouve dans le taoïsme, philosophie à laquelle m’ont initié maître Julien Naessens et son épouse, Louise, qui fut l’une des pionnières de l’Aïkido. La beauté du geste comme du sentiment sont au cœur de l’art de Masamichi Noro, comme nous le montre Jean-Pierre Cortier, pratiquant ici avec Catherine Auffret et François Forni. Comment s’est opérée votre transition de l’Aïkido vers le Kinomichi ? D’abord, je tiens à préciser que j’ai adoré l’Aïkido, cette recherche perpétuelle du 17 mouvement répété, répété et répété encore « Apprenez que l’Aïkido c’est tous les jours », nous intimait maître Noro, jusqu’au jour où, alors même que l’on croit l’avoir obtenu, il nous échappe subitement. Comme le conscient et le subconscient, la mémoire du corps est bien différente de la mémoire intellectuelle… Le passage de l’Aïkido au Kinomichi a été simple. Masamichi Noro était mon maître. Il était un génie de l’Aïkido. Je n’avais pas de question à me poser : en 1979, il part vers le Kinomichi, je pars avec lui… comme quelques-uns d’entre nous. Il se trouve aussi que j’adhérais totalement à cette discipline dans toutes ses composantes : l’art du geste, « Soyez beau », disait maître Noro ; l’art de la spirale et du souffle ; l’art de la séduction « Soyez sexy » et l’art de l’élégance, « Souriez en permanence dans votre mouvement, laissez s’exprimer tout votre corps ». La transition s’est faite en douceur. Avec le Kinomichi, nous abandonnions toute dualité et restions à l’écoute du corps. Ces principes expérimentés et développés sur le tatami méritent d’ailleurs qu’on en fasse une lecture élargie : si, dans notre vie, nous étions plus attentifs à l’autre, à l’évidence notre société s’en porterait mieux. C’est ce que j’essaie de faire, moimême, au quotidien… Par ailleurs, maître Noro, comédien né, nous amenait plus loin encore : nous pratiquions dans la joie, nous souriions, nous riions même. « Souriez dans votre technique, nous répétait-il, comme vous devez sourire à la vie et être optimiste ». La force de vie transmise à ses élèves est le plus précieux des enseignements de maître Noro. Personnellement, cela m’aide dans ma quête, dans ma recherche du bonheur. Avez-vous rencontré dans le Kinomichi d’autres spécificités techniques essentielles ? L’Aïkido se caractérise par l’attaque ou la saisie, alors que dans le Kinomichi on ne parle que de contact et de formes d’approche. Pourquoi vouloir vaincre à tout prix ? Pourquoi vouloir tout manger ? Pourquoi ne pas manger, plutôt, et laisser manger ? Chercher l’harmonie avec l’autre, sans dualité, mais aussi l’unité avec soi-même, l’unité corps et esprit… C’est ce qu’on appelle le ki taï no ichi, notion prédominante dans la pensée de maître Noro.



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