Aïki Mag n°24 jun à nov 2012
Aïki Mag n°24 jun à nov 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°24 de jun à nov 2012

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : FFAAA

  • Format : (210 x 285) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 1 Mo

  • Dans ce numéro : Marc Bachraty, l'union de l'efficacité et de l'harmonie.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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à ne pas notamment entraver la marche naturelle du corps… Le but est de retrouver la spontanéité du geste. En Aïkido, le mouvement ne laisse pas la place à la gesticulation ni à la dispersion de l’énergie. La mobilité des techniques se doit d’être la plus pertinente possible. Outre les composantes connues, telles que les principes d’irimi, tenkan, enka et les atémis pour générer les mouvements, un certain nombre de qualités doivent être présentes : la solidité des appuis au sol, un juste rapport à l’espace, une tonicité appropriée, un bon dosage de force engagé, un équilibre bien construit. Vers quelle technique va votre préférence ? J’apprécie beaucoup sankyo. D’abord pour son esthétisme, mais aussi pour son mode opératoire en spirale. J’aime également sankyo parce que c’est une technique souvent contraignante, longue à mettre en place, notamment lorsqu’on la réalise en ura sur katate dori. Kote gaeshi me plaît aussi beaucoup pour sa soudaineté et la précision qu’elle exige au niveau des angles à prendre. Cette technique m’intéresse particulièrement parce qu’elle est utilisée dans la plupart des arts martiaux, mais sans doute pas avec autant de rigueur ni une compréhension aussi fine avec laquelle nous pouvons l’aborder en Aïkido. Efficacité et pureté de l’Art : nous sommes attachés à ces deux aspects en Aïkido. En effet, nous mettons en avant, d’une part, l’efficacité de notre technique et, d’autre part, une certaine prise de hauteur vis-à-vis de cette efficacité… aïkido marc bachraty 14 N’y a t il pas des points d’Aïkido que la pratique actuelle délaisse trop ? Oh oui, bien sûr. Je pense surtout au travail à genoux que la plupart des aïkidoka « boudent » ou répugnent à pratiquer. On me dit souvent que j’aime ce travail des suwari wasa, mais je suis comme tout le monde. Je confesse que je n’en tire pas un plaisir suprême. Cette particularité technique est inscrite dans notre cursus d’aïkidoka. Je crois qu’il est utile de faire ce travail à genoux qui, en réalité, nous est profitable. Les suwari wasa permettent le développement de nombreuses qualités : retrouver la conscience et le replacement de son centre, fortifier ses hanches, renforcer ses cuisses, travailler les articulations des chevilles, des orteils, acquérir une bonne coordination. Sur cette question des points d’Aïkido que la pratique délaisse trop, j’observe aussi que les élèves, d’une manière générale, travaillent trop haut. C’est comme s’ils ne voulaient pas se donner la peine de descendre sur leurs jambes. Je me souviens de séances d’armes avec Christian Tissier au cours desquelles on exécutait les suburi devant le miroir très bas, très près du sol. Je me souviens aussi de stages, menés par Patrick Bénézi, durant lesquels l’on faisait des allers et retours en large fente avant avec de grands écarts de jambes. On trempait le kimono... Je pense qu’il faudrait sans doute que l’on remette plus souvent à l’honneur ce type de séance où l’on ne compte pas ses gouttes de sueur, où l’on retrouve le plaisir de repousser ses limites et l’humilité d’accepter d’être fatigué après l’effort. Une certaine nonchalance plan-plan nuit certainement à l’Aïkido. Quand d’aventure elle s’installe dans les cours, les jeunes pratiquants peuvent avoir envie de délaisser les tatamis et de se tourner vers d’autres disciplines. C’est dommage. L’efficacité doit-elle s’éclipser derrière le style pour rester dans l’Art pur ? Efficacité et pureté de l’Art : nous sommes attachés à ces deux aspects en Aïkido. En effet, nous mettons en avant, d’une part, l’efficacité de notre technique et, d’autre part, une certaine prise de hauteur vis-à-vis de cette efficacité. L’Aïkido propose une démarche de dépassement et de transcendance de la violence, à l’intérieur d’une pratique qui se confronte concrètement sur le tatami à la violence. La conception de l’efficacité, propre à notre art martial, constitue aussi
sa finalité principale, laquelle se trouve résumée à merveille dans le fameux précepte de l’école d’étiquette d’Ogasawara : « Le but de toute étiquette est de cultiver votre esprit de telle manière que, même lorsque vous êtes tranquillement assis, l’idée ne puisse même pas venir au plus grossier des hommes d’oser vous attaquer. » 1 Voila l’efficacité suprême pour l’aïkidoka ! Nous ne nous inscrivons pas dans une quête de capacité optimum de destruction de l’adversaire, dans une optique de combat du type UFC ou MMA, par exemple. Le style de l’Aïkido est le reflet de son projet qui est un projet clément et conciliateur. Est-ce qu’avec une arme à la main on pratique un autre Aïkido, un autre art martial ? Les armes sont les racines de l’Aïkido. Il ne faut pas oublier, par exemple, que notre garde hamni provient directement de la pratique du sabre ! Par sa spécificité et sa nature, le travail des armes peut nous apporter une meilleure compréhension des techniques que nous utilisons. De plus, il met en lumière une facette de la pratique qui est hors d’âge et hors catégorie de sexe et de poids. Pour l’aïkidoka, c’est un apport complémentaire qui permet de développer ou de perfectionner le rythme, le côté incisif des mouvements, la rapidité de décision, la justesse de l’esquive, la précision de l’attaque, la maîtrise de l’action portée sur le partenaire. En ce qui me concerne, je ne vois que des avantages à travailler le sabre. Je pense même que, lors des passages de grades, on devrait accorder davantage de temps à l’évaluation des techniques d’armes, alors qu’actuellement cette évaluation ne dure qu’une à deux minutes. Je sais que, pour ma part, la nature et la vraie fonction des techniques d’Aïkido m’ont été expliquées par le sabre. Dans son dojo ou comme ci-dessus avec ses élèves d’HEC, l’ambiance, avec Marc Bachraty, est au partage dans la bonne humeur. 15 Où se trouve pour vous le secret du ki, de l’énergie ? Le ki est une notion très abstraite. Emprunté à la philosophie chinoise et mêlé au shintoïsme, ce concept désigne, notamment pour les Japonais, le rapport étroit qui les relie aux forces de la nature. Le ki, c’est, pour une bonne partie, l’écoute des sensations corporelles par lesquelles on capte son environnement en même temps que la façon dont on se positionne. Pour nous, aïkidoka, il est à trouver principalement en réconciliant notre corps à notre esprit par l’intermédiaire de la pensée et en construisant un lien avec notre partenaire. Le ki est, sans doute, d’abord, une attention portée aux « choses » et, ensuite, une acceptation permettant de les vivre, en les laissant s’écouler sans entrave, avec fluidité. Ne pas contrer, ne pas lutter, aller dans le même sens. La tradition enseigne que le siège du ki réside dans le hara. Pour moi, cela reste encore un territoire à explorer. Si nous voulons appréhender le ki, nous devons certainement nous montrer « poreux » et rejoindre cet état que l’on appelle mushin, qui permet une très grande lucidité aux évènements. Je pense que l’Aïkido est une discipline martiale, mais, avant tout, un état d’être. Se mettre en résonance avec soi, avec autrui et avec son environnement. Je crois que la grande force de l’Aïkido, c’est d’avoir intégré ces notions essentielles. En Aïkido, nous tentons donc, avec les exercices que nous exécutons, d’aller à la rencontre de cette force, de l’apprivoiser, de la coordonner avec le partenaire. Une attention à la fluidité de l’action est nécessaire à travers trois notions essentielles : ki musubi, kokyu et ki no nagare. Ma recherche actuelle me porte à appréhender le ki au travers du ma-ai, qui est fortement lié à la notion de rythme, de cadence, mais aussi à investir pleinement cet espace dans lequel la relation à l’autre se produit et à me rendre progressivement capable d’agir spontanément et avec justesse. Avant tout, le ki est une expérience subjective intime. Je pense que nous pouvons tenter de l’approcher également par l’attitude correcte, le relâchement, la méditation, la respiration. Pendant la pratique de l’Aïkido, je ne fais jamais allusion au ki car l’idée que je me fais de lui tient davantage de l’intuition personnelle que d’une vérité incontestée. En matière de ki, s’il y a un mystère à dévoiler, il est à trouver dans la somme de tous les efforts fournis sur le tatami et dans notre expérience personnelle. Sur ce sujet, je rejoins la parole du Bouddha : « N’accepte que ce que tu as vérifié par toi-même ». u Propos recueillis par Céline Rigodon 1-C. Tissier, Aïkido Fondamental, tome 1, Ed. Sedirep.



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