Aïki Mag n°24 jun à nov 2012
Aïki Mag n°24 jun à nov 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°24 de jun à nov 2012

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : FFAAA

  • Format : (210 x 285) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 1 Mo

  • Dans ce numéro : Marc Bachraty, l'union de l'efficacité et de l'harmonie.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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alice feneyrols Flexibilité, anticipation et adaptation, fondamentaux de l’Aïkido. Le dojo du Shiseikan se trouve au sein d’un parc d’environ 700 ha, au cœur de Tokyo, entre Yoyogi et Harajuku. C’est impressionnant lorsque l’on s’y rend car on a du mal à imaginer qu’il y a un endroit avec l’équivalent d’un bois dans le centre d’une des plus importantes métropoles du monde. L’atmosphère y est vraiment particulière car comme on est dans un cadre de nature et que l’on n’entend plus les bruits de la ville on a le sentiment d’être coupé de celle-ci. Pratiquer dans ce parc et au sein du Shiseikan m’a permis d’avoir un accès privilégié à une culture traditionnelle à laquelle je n’aurais pas pu accéder en tant que simple touriste. Ce fut formateur sur plusieurs plans : - d’une part sur le plan linguistique, l’immersion totale en milieu non-francophone vous force à parler anglais. En parallèle, j’ai pu suivre une initiation au japonais, - d’autre part, sur l’aspect culturel, de nombreuses manifestations avaient lieu dans le parc durant mon séjour (théâtre Nô, démonstrations d’arts martiaux, cérémonies shinto, etc.), - enfin, sur le plan des arts martiaux, pouvoir pratiquer tous les jours l’Aïkido et le Kenjutsu « à la source » m’a permis de progresser et j’ai pu également être initiée à d’autres voies telles que le Kendo et le Kyudo. La pratique de l’Aïkido et du Kenjutsu au sein du Shiseikan, imprégnée de culture traditionnelle, se fait en harmonie avec la nature avec des entraînements en extérieur et suivant le rythme des saisons. L’enseignement est aussi L’Aïkido me donne une chance, par la pratique dans un lieu de préparation spécifique, de développer une attitude proactive, tant sur le plan professionnel que personnel… bien commun avec des temps collectifs où tout le monde fait la même chose comme lors du misogi keiko (purification), ou bien de manière plus traditionnelle en « one to one », ce qui dans l’ensemble est assez différent des cours collectifs en Europe. 10 ENTRETIEN L’enseignement individuel permet de sensibiliser directement chaque élève à la relation avec l’autre comme lors d’un cours particulier. On a alors accès en direct à l’expérience du professeur « de la main à la main » et de manière adaptée à chacun. Ce fut une formation très enrichissante et privilégiée. J’ai eu l’occasion de partir pratiquer six semaines au Japon, en avril 2012, afin d’approfondir mes connaissances et de donner une autre dimension à mon expérience aussi bien en tant que pratiquante que de jeune enseignante. C’est avec un grand plaisir que j’ai pu me replonger dans la culture japonaise. Vos études et votre expérience en tant qu’ingénieur vous permettent-elles d’avoir un autre regard sur la discipline en armes et en Aïkido ? D’un point de vue pratique, on pourrait faire un parallèle entre le BTP (Bâtiment et Travaux Publics), avec la résistance des matériaux et les contraintes qui sont appliquées sur les articulations lors de la pratique de l’Aïkido. Il existe plusieurs types de bétons utilisés dans les travaux publics, en règle générale on coule la forme de béton souhaitée dans un coffrage de bois et, une fois sèche, on peut l’installer dans la construction à l’endroit souhaité. Pour simplifier, dans certains cas on exerce une contrainte sur cette dalle de béton (lors du coulage/séchage ou bien une fois celle-ci terminée), et l’on obtient du béton pré-contraint. Ce type de béton est conçu car il sera plus résistant à la charge qui lui sera appliqué par rapport à un béton classique. On exerce donc une contrainte au préalable afin que la structure puisse supporter la charge. En Aïkido, pour pouvoir être capable de préserver ses articulations et son corps dans le temps, il faut s’efforcer de faire cet exercice de « pré-contrainte » suivant la charge que l’on va être capable de supporter. Que ce soit par l’échauffement, les étirements ou la pratique des techniques de base afin de se préparer physiquement et mentalement à une pratique intensive. Cette qualité de préparation en amont de la pratique permet de prendre la bonne décision au bon moment afin de pouvoir activer toutes ses potentialités, physiques et mentales. Cela m’a permis de prendre conscience de l’attention particulière qu’il faut porter à son corps d’en respecter le fonctionnement et les contraintes, développant une forme de responsabilité vis-à-vis de soi-même et des autres. Dans ce cadre, la pratique avec un partenaire demande un effort d’attention et d’adaptation par rapport au niveau d’exigence demandé.
Faites-vous un lien entre votre expérience professionnelle et votre expérience en tant qu’aïkidoka ? Les outils acquis lors de la formation que j’ai suivie pour préparer le BE m’ont permis de faire un pont entre l’Aïkido et mon expérience professionnelle. Donner des cours amène à s’interroger sur la façon dont on va s’y prendre pour faire qu’un groupe de personnes ayant des cursus, des vécus différents, puisse intégrer des techniques, des méthodes. D’un point de vue professionnel, en tant que manager on est face à ce type de situation assez fréquemment. Il faut être capable de détecter et d’évaluer les compétences de ses collaborateurs, afin qu’ils puissent faire ressortir le meilleur d’eux-mêmes et le mettre au service de l’entreprise. Comme à l’entraînement où l’on évitera d’aller trop souvent vers des partenaires conciliants, un bon manager s’entourera de personnes qui le complètent, et non qui lui ressemblent, il se retrouvera alors avec une équipe assez hétérogène à gérer. S’il l’intègre comme un défi à relever, qu’il leur donne le goût de la difficulté et du dépassement de soi, de cette confrontation des différences pourra se dégager une « plus-value » professionnelle, voire personnelle. Parmi les qualités à développer, comme dans la pratique de l’Aïkido, on trouve celles basées sur une gestion permanente jouant entre coopération et rivalité sur deux niveaux : - la gestion de soi-même et de ses potentiels, être capable de se confronter aux problèmes sans stimuler de blocage intérieur. - la confrontation aux difficultés, aux problèmes sans stimuler de blocage « extérieur », dans sa relation à l’autre. Dans le BTP on est amené à agir sur plusieurs fronts : aussi bien sur le terrain avec les équipes, que chez le client et/ou son patron à qui l’on doit rendre des comptes, ou bien au bureau pour la partie administrative. Ce sont toutes ces composantes qui constituent l’intérêt et la complexité de ce métier. L’art martial, de part son travail d’adaptation, de flexibilité, d’anticipation, de gestion de la pression physique et mentale, de vision et de prise de décision, me permet de me préparer, d’anticiper et de mener à bien les différentes missions qui m’incombent. L’Aïkido me donne une chance, par la pratique dans un lieu de préparation spécifique, de développer une attitude proactive tant sur le plan professionnel que personnel, ce qui me permet de tendre vers la capacité à être sûr de soi, sans jamais être sûr d’être sûr… u Propos recueillis par Céline Rigodon Irimi LE SENS DES MOTS Irimi vient de « iru » entrer et « mi » le corps. C’est donc littéralement l’action d’entrer en avançant. Plus qu’une simple entrée, il s’agit aussi, sans doute, de pénétrer avec le corps un espace, comme cela peut être le cas lorsqu’on lance une attaque au poing par exemple. Ce déplacement permet de porter une attaque ou bien d’être l’amorce d’un pivot tel qu’un tenkan ou un henka.Au-delà du simple déplacement, irimi peut aussi être entendu comme un principe d’action. Il s’agit d’aller à la rencontre de l’attaque afin, non pas de poser une protection entre soi et l’autre, mais bien de pénétrer au cœur de l’attaque de uké. Nous trouvons ici une des caractéristiques qui fait la différence entre une pratique d’autodéfense et la pratique de l’Aïkido. Schématiquement, lorsqu’on apprend à se défendre, on nous demande, dans un premier temps, de parer ou bloquer une attaque afin de pouvoir, dans un second temps, riposter. En Aïkido, il s’agit d’anticiper l’attaque, non pour réagir à cette dernière, mais pour agir dans le même temps que uké. Par le principe d’irimi, tori pénètre au cœur de l’attaque de uké. Momentanément, uké et tori semblent faire la même chose en se projetant l’un sur l’autre, à cette différence près que l’entrée de tori possède en elle la possibilité de poursuivre par un tenkan ou un henka qui prolongera l’attaque de uke au-delà de la limite prévue et construira ainsi son déséquilibre. Autrement dit, en Aïkido pour s’en sortir il faut entrer… Tegatana Ce vocable est formé de deux termes. Le premier « te » signifie littéralement la main et le second « gatana », le sabre, qui pour ne pas simplifier les choses prend un « k » (katana) quand il est employé seul et remplace ce dernier par un « g » (gatana) lorsqu’il s’assemble avec un autre terme. L’assemblage de ces deux vocables pourrait donc être interprété comme « la main sabre ». Dans la pratique de l’Aïkido à mains nues, Kisshomaru Ueshiba nous explique que « la main est utilisée de la même manière que lorsqu’elle tient un sabre ». Dans sa fonction guerrière l’arme décuple le pouvoir d’action de celui qui la possède. Si la lame existait véritablement, nous serions en mesure de trancher et transpercer notre partenaire. Mais ce n’est pas le cas. Dans la pratique de l’Aïkido à mains nues, la main demeure vide et définitivement incapable de couper quoi que ce soit. Alors pourquoi un tel concept ? Le pouvoir d’action de piquer et de couper disparaît avec le sabre absent. Seule demeure l’idée de l’arme. Au pouvoir de destruction de cette dernière se substitue la fragilité apparente de la main vide. Mais si l’on imagine la mystérieuse présence du sabre, la main n’est plus simplement l’extrémité du bras, elle se prolonge dans une lame imaginaire qui, en devenant virtuelle, perd sa fonction destructrice. La main en légère extension, les doigts écartés, semi-tendus, ne s’accroche plus à une arme capable d’ôter la vie mais, selon Kisshomaru Ueshiba, devient « le véhicule servant à projeter et diriger le ki », cette forme d’énergie vitale considérée dans la culture japonaise comme source de toute vie. Loin d’évoquer la toute-puissance d’une main armée, tegatana, d’une certaine manière, nous inviterait donc à prêter attention, au cours de notre étude de l’Aïkido, à la nécessité de chercher à partir du sabre pour en partir. Arnaud Waltz 6 e dan 11



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