Aïki Mag n°23 déc 11 à mai 2012
Aïki Mag n°23 déc 11 à mai 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°23 de déc 11 à mai 2012

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : FFAAA

  • Format : (210 x 285) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 1,4 Mo

  • Dans ce numéro : Noro Masamichi, 50 ans d'enseignement.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 18 - 19  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
18 19
Qu’est-ce que le Iaï ? Dans l’esprit de beaucoup, le Iaï se résume à dégainer son sabre de la façon la plus pure tout en effectuant un mouvement de coupe. Allons plus loin. Le mot est formé de deux kanji, deux idéogrammes dont l’un, aï, est bien connu, que l’on retrouve dans Aïkido et Aïkibudo mais aussi dans kiaï et qui signifie « unité ». L’autre, I, qui peut se traduire par « être ». Donc faire Iaï, c’est unifier tout son être. Pour atteindre cet état, on utilise généralement le sabre, mais maître Floquet a coutume de dire qu’un maître de shodo (voie de la calligraphie) atteint également cet état, en ne faisant qu’un tant avec le pinceau qu’avec l’encre, le papier, pour faire jaillir en un instant une calligraphie expressive. Pour reprendre le contexte du sabre, dans le Iaï, le mouvement de dégainer répond à une agression imprévue ou à une tentative, voire à une simple velléité d’agression, si l’esprit est suffisamment aiguisé pour la percevoir. C’est donc une réponse. Le mouvement part après l’attaque, mais doit arriver avant sa concrétisation ! Facile à dire ; beaucoup moins à faire si le partenaire n’est pas un novice ! AÏKIBUDO 1 2 3 4 5 6 7 le sens du iaï-jutsu Par Christian Brun, 5 e dan Katori shinto ryu, 5 e dan Aïkibudo, pratiquant depuis plus de 30 ans ces arts traditionnels. Élève direct de maître Floquet, il a également reçu l’enseignement de Sugino Yoshio sensei, puis de son fils, Sugino Yukihiro sensei. Qu’utilise-t-on ? L’apprentissage se fait avec un boken, sabre de bois qui remplace le sabre de métal. Il existe même des fourreaux en plastique pour travailler l’action de dégainer (nuki en japonais). Ensuite le pratiquant lorsqu’il n’est plus débutant, va passer au iaïto, ce qui signifie sabre de Iaï. C’est la reproduction du katana, en version non tranchante. Il en existe de différentes qualités. Certains, bien que non tranchants, sont réalisés avec la même technicité, le même art qu’un katana. Enfin, le pratiquant ancien, confirmé, pourra utiliser, à ses risques et périls, un katana, et aborder le maniement d’une lame d’acier trempé, extrêmement tranchante. Les sensations sont différentes. Le katana ne pardonne pas l’erreur, la faute de concentration. Un doigt mal placé, une saisie du sabre trop rapide, une courbe mal maîtrisée dans l’action de dégagement et ce peut être une blessure. Rappelez-vous que la législation interdit l’utilisation d’armes dans un dojo (ailleurs aussi !). Pour en revenir au Iaï, l’action essentielle se résume ainsi : dégainer en tranchant. Il y a donc une action de dégainer que l’on doit maîtriser à partir de différentes postures. 18 Certaines écoles ont développé des actions à partir de positions spécifiques : en hanza (assise en tailleur), en seiza (assise sur les talons) et bien sûr debout, soit en statique, soit en se déplaçant. Il existe des écoles de sabre qui ne se consacrent qu’au Iaï. D’autres sont pluridisciplinaires, telle le Tenshin shoden katori shinto ryu. Parmi les nombreux arts enseignés au sein du Katori* se trouve le Iaï-jutsu. Il est fait pour se réaliser seul. Cependant, on y travaille également l’harmonie quand on réalise en groupe le même kata. Il y a 2 séries de kata, l’une composée de 11 kata est ouverte à tout pratiquant et fait partie de ce qu’on appelle l’omote dachi ; l’autre, le gokui Iaï, est réservée à de hauts gradés et comporte 5 kata. Bien entendu, seule la première série fera ici l’objet de développements. Dans le style de cette école, une série de 6 kata se déroule d’abord en position suwari, genou gauche posé au sol, assis sur le talon gauche et jambe droite simplement fléchie. C’est le suwari iaï. Ensuite une série de 5 kata va s’effectuer à partir d’une position debout, dans le cadre d’un déplacement vers l’avant ; il s’agit du tachi aï batto jutsu.
Mais finalement le Iaï, est-ce un combat ou non ? Le Iaï est souvent la représentation d’un rôle dans le cadre d’un combat imaginaire contre un ou plusieurs adversaires. Mais comme l’opposant est purement virtuel, on peut parfois s’éloigner des réalités. Certains styles sont très épurés, très éloignés d’un style de combat. 8 9 10 Entre le mouvement académique et le mouvement réaliste, il y a un monde, mais ils sont tous deux très importants. Et pourquoi devrait-on choisir ? Dans l’enseignement délivré par maître Floquet, on retrouve les deux styles. C’est l’histoire qui permet de comprendre pourquoi. En fait, vers 1928, maître Kano, fondateur du Judo, craignant que ne se perdent les écoles traditionnelles, faisait venir pour ses gradés, des experts de ces écoles au sein de son dojo, le Kodokan (qui signifie maison des voies traditionnelles). C’est ainsi que durant plusieurs années, des experts du Katori shinto ryu, les maîtres Shiina, Ito, Tamaï et Kuboki (à l’époque il n’y avait pas un maître unique de l’école, mais des shihan) sont venus enseigner aux élèves de maître Kano. Parmi ces élèves, deux vont retenir particulièrement notre attention. L’un est maître Sugino Yoshio (1904/1998), l’autre maître Mochizuki Minoru (1907/2003). Maître Sugino se passionna pour cet art et finit par s’y consacrer en totalité en devenant le disciple de maître Shiina, l’un des experts. Il étudia longtemps (près de 10 ans) et devint une référence en matière de maîtrise des armes ; à tel point que le cinéaste Akira Kurosawa fit appel à lui pour régler les combats dans ses films de samouraï, dont le célèbre Les 7 samouraï, Yojimbo et bien d’autres. Maître Mochizuki Minoru étudia aussi avec succès l’art du Katori mais devint également l’élève d’O sensei Moriheï Ueshiba. C’est par sa technique d’aïki, enseignée dans son dojo de Shizuoka, le Yoseikan (maison de l’enseignement de la droiture), qu’il est devenu célèbre, sans oublier bien sûr, son Judo qui le plaça toujours à un niveau exceptionnel. Maître Mochizuki, était un redoutable combattant et, rapidement, il prit ses distances avec un style de Iaï qu’il jugeait trop académique. Il inventa donc un rôle d’attaquant, ce qui permettait de dérouler le kata dans une situation réelle ou s’en approchant et, pour cela, il modifia certaines façons de manier le sabre, de le dégainer. Ainsi, dans certains kata, le fourreau est tourné sur lui-même à 180°, pour pouvoir trancher directement de bas en haut, en sortant la lame. Un exercice de combat à deux, c’est ce que l’on appelle un kumidachi. Dans son dojo, on travaillait le Iaï, seul ou à deux. Plus tard, pour affirmer son particularisme, il nomma son style Yoseikan shinto ryu pour le différencier du Katori. Maître Floquet possède un document de la main de maître Mochizuki, mentionnant ce nom. Maître Floquet, qui fut dès 1970 un disciple assidu de maître Mochizuki, reçut de celuici, en 1979, le 5 e dan de Iaïdo du Yoseikan. Le maître, en calligraphiant manuellement ce diplôme, choisit d'identifier ce grade sous le nom de Yoseikan shinto ryu. Pour sa part, maître Floquet choisit, dès lor,s de dénommer Iaï-jutsu Yoseikan shinto ryu cette pratique spécifique, composante à la fois du programme Aïkibudo et de son enseignement du Katori shinto ryu. Par la suite, en 1982, maître Floquet obtint du maître Mochizuki Minoru l’autorisation d’étudier le Katori traditionnel auprès de maître Sugino Yoshio. Avec une telle recommandation émanant de son vieil ami et condisciple, maître Sugino accepta d’emblée d’enseigner son art à maître Floquet et à ses disciples. Il le chargea ensuite de propager cet enseignement en Occident ; ce qui fut fait. Auprès de lui, maître Floquet retrouva la forme-source du Iaï-jutsu. Il conserva dans son enseignement les deux formes en maintenant le Iaï seul, selon le style dit académique de maître Sugino et le Iaï-jutsu en kumidachi (donc à deux) de maître Mochizuki Minoru qu'il enrichit de son expérience martiale. Mais finalement, faut-il d’abord apprendre le Iaï seul ou à deux ? Dans le Iaï à deux, il y a de forts risques de 19 prendre des coups, car cela va vite et on est très près l’un de l’autre. C’est difficile. C’est pourquoi, je préfère faire commencer les débutants par le Iaï seul, pour mettre en place un certains nombres d’éléments de compréhension. On apprend les premiers kata et ce n’est qu’après une période d’éducation que le rôle d’attaquant va être confié à un partenaire plus ancien, puis enseigné à l’élève. En fait, pour la formation de l’élève, les deux sont complémentaires : d’un côté pour le Iaï seul, la pureté du style, la perfection du geste, mais qui reste un peu abstrait ; de l’autre en kumidachi, le sens du combat, l’échange et l’engagement physique, avec en corollaire la notion de risque, qui implique le contrôle de soi, la maîtrise et permet de s’aguerrir. Pour mieux comprendre, nous allons dérouler un kata de Iaï « académique », donc seul (photos 1 à 10), et, en parallèle, le même kata en kumidachi. Il s’agit d’un extrait du 1 er kata, nommé kusanagi no ken (photos 11 à 28). Mais si l’on combat à deux, quelle est la différence avec un kata de Ken-jutsu ? D’abord le contexte. En Ken-jutsu on dégaine ensemble, à distance de sécurité puis on va se rapprocher, échanger des frappes et des contrôles et le kata va s’achever sur une posture dans laquelle le maître (uke dachi) va laisser se développer la frappe finale de l’élève. Dans le Iaï-jutsu, il n’y a pas de rôle maître et de rôle élève. Il y a un rôle d’attaquant et un rôle de défenseur, lequel exécute le kata et termine en pourfendant (symboliquement !) son adversaire. Ensuite, un kata de Ken-jutsu de l’école Katori, toujours assez long, ne représente pas un combat, mais une multitude de phases de combat, que l’on a « montées » bout à bout pour en faire un exercice pédagogique. A l’inverse dans le Iaï, la notion de combat est bien plus évidente. Les kata sont plus courts, il y a peu de phases de frappe, voire une seule. Et s’il y en a plusieurs, c’est que la première n’a pas été décisive, mais a été esquivée, parée. Quels sont les critères importants pour un bon Iaï ? L’un des paramètres qui va distinguer, dans le cadre d’un passage de grades par exemple, la bonne prestation d’une moins bonne va se trouver dans l’analyse du mouvement du corps. Car au-delà d’un geste technique de coupe, c’est d’abord la bonne posture corporelle, la fusion corps et sabre



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :