Aïki Mag n°23 déc 11 à mai 2012
Aïki Mag n°23 déc 11 à mai 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°23 de déc 11 à mai 2012

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : FFAAA

  • Format : (210 x 285) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 1,4 Mo

  • Dans ce numéro : Noro Masamichi, 50 ans d'enseignement.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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Arrivé en France en septembre 1961, Noro Masamichi sensei, fondateur du Kinomichi, fête, entouré de ses très nombreux élèves et amis, 5O années de présence et d’enseignement d’une richesse exceptionnelle. Son charisme comme son humour, sa générosité comme sa grandeur d’âme ont fait de lui un des sensei les plus admirés. Évocation par quelques-uns de ses disciples… KINOMICHI le parangon de l’altruisme 1961-2011, Noro Masamichi sensei est en France depuis 50 ans maintenant. L’historique de ce demi-siècle est incontournable. Tant de moments, d’actes qui ont influé le cours de notre vie… Cependant, l’interprétation des faits ne peut être que subjective, influencée par mes relations personnelles avec ce grand maître qu’est Noro Masamichi, mon apprentissage de l’Aïkido et du Kinomichi étant intimement lié à sa présence en France. Noro Masamichi sensei est en France depuis 50 ans et toutes celles et ceux qui l’ont approché ont été sensibles à son charisme, à son charme, à ses qualités humaines. Les années soixante qui virent son installation dans une Europe qu’il ne connaissait pas sont peu retracées. Jeune disciple d’O sensei Moriheï Ueshiba, il fut, à 26 ans, désigné par celui-ci comme Délégué Officiel pour l’Europe et l’Afrique. Ainsi, le 3 septembre… Mars 1965 : La première visite de Noro Masamichi sensei à Enghien A cette époque, nous pratiquions le Judo et l’Aïkido dans un dojo au-dessus duquel se trouvait une salle de danse. Au début du cours, nous étions tous en place dans le plus grand calme, recevant pour la première fois maître Noro. Lorsque celui-ci s’adressa à nous, les danseurs à l’étage commencèrent un vacarme épouvantable en sautant, à tel point que nous vîmes la poussière descendre doucement du plafond. De ce fait, nous n’entendions pas maître Noro. Dans le plus grand calme, il regarda en l’air et se tournant vers nous, d’un geste nous fît signe de commencer à pratiquer. Durant tout le cours, sa voix fut inaudible. Il interprétait les techniques qu’il nous proposait avec la grâce et la puissance d’un grand félin. De plus, il ne se départit jamais de son sourire qui devint par la suite, pour nous tous, légendaire. Il nous fallut le retrouver plus tard dans la soirée pour découvrir le son de sa voix, son humour et son immense charisme. Ce fut notre premier contact… mémorable ! Lucien Forni sous le regard de Noro Masamichi sensei. Années 1979/1980 : Les débuts du Kinomichi Je suivais maître Noro depuis une quinzaine d’années. Nous étions au dojo de la rue de Petits-Hôtels quand brutalement, notre maître nous annonça que notre pratique de base serait profondément transformée. Cela passerait par un remodelage du corps, des techniques plus lentes et de nombreux assouplissements. Le moins que l’on puisse dire, c’est que nous fûmes perturbés, voire atterrés. Nous manquions de patience, au point qu’un jour, n’y tenant plus je l’interrogeai : « Maître, quand allons-nous retrouver le dynamisme dans les cours ? ». Sa réponse tomba comme un couperet : « Encore une dizaine d’années et vous serez bien ! ». Quelle surprise ! Devant nos mines contrites, il nous concéda une explication dont il a l’art : « Je vous ai mis dans une cocotte-minute et j’ai fermé le couvercle. Je laisse chauffer, et, de temps en temps, peut-être, j’ôterai la soupape, laissant sortir la vapeur. Ne vous inquiétez pas, nous avancerons ! ». Le Kinomichi était en gestation et il nous fallut près de dix ans pour nous réinvestir dans le dynamisme. Notre pratique avait évolué. ◆ Lucien Forni 14
une force de vie Souvent imparfaite, parfois trompeuse, la mémoire reste la plus fidèle de nos ennemis. Et alors même qu'on la croyait intacte, dans le miroir déformant du souvenir la voilà qui enjolive, sublime, idéalise même... Pourtant, comme les autres, cette règle souffre l'exception dès lors qu'elle se rapporte à quelque personnage ayant marqué une époque, un courant, une discipline... D'un coup de "maître", la mémoire se fait exhaustive et précise. Il en est ainsi lorsqu'on évoque l'arrivée de maître Masamichi Noro au Budo Collège de Bruxelles un certain mois de décembre 1961... A jamais ancrée dans l'esprit de ses premiers élèves, cette date résonne encore avec la force de l'écho qui rend le souvenir palpable. Envoyé promouvoir l'Aïkido à travers toute l'Europe par son maître Moriheï Ueshiba, fondateur de la discipline, Masamichi Noro sensei est d'abord, pour ceux qui le découvrent alors, un transformateur, une sorte de magicien des tatamis qui offre grâce et volupté à l'Aïkido. Sous son influence, le mouvement gagne en dynamisme et en élégance. L'Aïkido du maître a sa fougue et sa splendeur : il est à la fois offensif et, dans l'extraordinaire "spirale" dont il est l'initiateur, quasi aérien... Les élèves du dojo bruxellois, dont certains jouissent pourtant d'une excellente pratique, regardent alors ce jeune Japonais de 26 ans avec l'œil du profane, découvrant non seulement de nouvelles techniques, mais aussi une autre vision de l'Aïkido, une "profondeur toujours présente et vivante" en eux. Avant lui, d'autres disciples du pays du Soleil Levant, tel maître Tadachi Abe, sont venus fouler le sol du Budo Collège. Mais celuilà a quelque chose de différent. Plus européen que ses prédécesseurs, plus ouvert aussi, il incarne une forme de modernité qui, en ce début des années 1960, porte évidemment en elle, parmi la jeune génération, les germes de la séduction. Le maître est simple et d'un abord étonnamment aisé. Le visage invariablement éclairé d'un sourire, celui-là même qu'il exige chez chacun de ses élèves et dans chacun de leurs mouvements, il se montre par ailleurs doux et prévenant. Son charme fait le reste... Maîtrisant son art à merveille et frappant par sa prestance sur les tatamis, Masamichi Noro sensei cultive aussi un autre talent : celui de se faire aimer et respecter. N'en déplaise à ses détracteurs qui auraient voulu mettre à mal son honnêteté : une étoile trop brillante s'attire les foudres... Mais le maître est maître et sait se relever, comme il le fait en 1966 à la suite d'un grave accident de voiture : ne trouve-t-il pas dans la rééducation une providentielle occasion d'enrichir sa technique, ses mouvements et ses ouvertures de corps ? Ceux-ci serviront d'esquisse à la gestuelle du Kinomichi, discipline qu'il crée treize ans plus tard, en 1979. Car derrière l'inénarrable douceur et l'éternel sourire de notre sensei, se cachent une détermination farouche et une volonté à toute épreuve. Comme l'homme est intègre, le maître est sans concession : exigeant avec ceux qu'il aime, Masamichi Noro sensei pousse ses élèves vers toujours plus de performance. Au prix d'une pratique quotidienne, la réussite chez lui s'érige en devoir, principe imposé à ses élèves comme à ses six enfants. Tous d'ailleurs connaîtront de superbes destinées, à l'instar de sa fille Sachie, danseuse de renommée internationale. Mais parce qu'il a le souci permanent de l'équité, maître Noro s'applique d'abord à lui-même cette exigence, sans doute pour mieux la mettre au service de l'autre. Ainsi, quand on lui décerne le brevet d'État de professeur, sésame lui permettant d'enseigner conformément à la loi française, il le décline d'abord. "Pas avant que mes enseignants ne l'obtiennent eux aussi...", exige-t-il alors. 15 Ce sera chose faite dans la première moitié des années 1970. Cette anecdote illustre parfaitement le sens des valeurs inné chez maître Noro et sa générosité, laquelle va d'ailleurs bien au-delà du coeur... ceux qui ont eu le privilège de déjeuner ou de dîner avec lui au restaurant le savent : ne faut-il pas courir pour espérer régler... ? Mais le portrait ne saurait être complet si l'on se gardait d'évoquer l'humour du maître et, finalement, son goût pour la fête où il se prête très volontiers, mais sans curiosité excessive, à l'échange avec l'autre. Des instants privilégiés au cours desquels on évoque quelques-unes de ses passions, comme la musique classique, bercée qu'il fut par sa sœur, soprano à la Scala de Milan. On y parle aussi ballet, danse... Mais on se livre peu. Car Masamichi Noro détient ce pouvoir de lire en l'autre et, le temps d'un seul regard, connaître tout de vous. Les héritages de notre maître sont nombreux, et précieux. D'abord, cette philosophie de vie empruntée au taoïsme et qui, par la voix de la sagesse, place l'autre et son écoute au-dessus de tout. "Comme sur un tatami ce qui compte, bien plus que la technique, c’est le partenaire, dans la vie l'important c'est l'autre", nous a-t-il enseigné. Plus encore, le devoir de se battre face à l'adversité et de refuser d'abdiquer devant l'épreuve est, des différents legs de Masamichi Noro, celui que nous percevons aujourd'hui avec une acuité toute particulière. Cette force de vie qui coule en lui et qu'il nous a transmise... D'entre tous ses enseignements, la plus belle et la plus prégnante des leçons. C'est à tout ce que nous a apporté Masamichi Noro, année après année, et à son magnifique héritage que nous voulions rendre hommage, aujourd'hui, à l'occasion du 50 e anniversaire de son arrivée en France. L'altruisme de notre maître, son charisme, sa force de conviction restent à jamais en nous et continuent de nous guider sur nos chemins respectifs. Nous qui sommes en quelque sorte ses légataires, nous tenions à le remercier pour ces cinquante années de présence bienveillante et bienfaisante à nos côtés. ◆ Jean-Pierre Cortier Jean-Pierre Cortier, disciple de la première heure de Noro Masamichi sensei.



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