Aïki Mag n°23 déc 11 à mai 2012
Aïki Mag n°23 déc 11 à mai 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°23 de déc 11 à mai 2012

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : FFAAA

  • Format : (210 x 285) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 1,4 Mo

  • Dans ce numéro : Noro Masamichi, 50 ans d'enseignement.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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Comment le goût de l’Aïkido vous est-t-il venu ? Par hasard, comme toutes les bonnes choses qu’on n’attend pas… Au gré d’une balade, un samedi après-midi dans une petite ville du sud de la France, Limoux dans l’Aude : une démonstration d’un quart d’heure aperçue, sur un petit tatami de fortune posé au milieu des platanes de la place de la République, mais ô surprise et magie du mouvement, de la grâce aérienne et rythmée, des silhouettes aux longues jupes bleues qui volaient rapides, montaient, descendaient, tournaient, se touchaient à peine ; une impression inattendue de facilité et d’efficacité, et après, curiosité sur cette ligue languedoc-roussillon béatrice navarro discipline jamais vue : des gens du coin sincères et passionnés, hommes et femmes, qui parlaient de leur art martial japonais avec naturel, comme d’une évidence. C’est là que ça s’est joué. Une rencontre inattendue, il y a plus de 25 ans. Une belle rencontre et qui dure encore. Depuis, je reste intimement persuadée qu’il ne faut jamais mésestimer l’impact de nos démonstrations sur les publics, quels qu’ils soient, et du contact avec ceux qui viennent voir, qui arrêtent leur regard et viennent parler, prendre contact pour savoir, si c’est difficile, si c’est long, si c’est efficace… C’est sûrement là que les futurs pratiquants sont séduits… et se mettent sur la voie, à leur tour. Vous souvenez-vous de la première chose qui vous a impressionnée ? Les débuts ! La première fois qu’on monte sur un tatami, et que l’on regarde l’enseignant qui démontre une technique avec ces mots inconnus qu’on ne comprend pas, la rapidité d’exécution de quelque chose qui semble couler, action-réaction, et puis c’est à nous, on salue et on s’excuse de ne pas savoir, empêtré dans le mouvement des mains, des pieds, l’alternance des rôles de uke et tori, alors que tout le monde autour de soi exécute un ballet réglé et cadencé, chute, se relève, et recommence. C’était au dojo de la gare, à Toulouse, chez Frank Noël, on y balayait le tatami avant et après le cours... Et cette fascination pour la beauté et l’harmnie, quelque chose de spirituel qui émanait du mouvement fluide des corps. Une énigme habitée qui pousse à revenir et à apprendre, à reproduire du mouvement avec attention et humilité, pour progresser et se dépasser. D’où l’indulgence et la patience bienveillante envers tout débutant, perdu dans un monde inconnu de gestes et de signes qu’il cherche à décrypter et qui tendent vers l’infini. Nous sommes tous des débutants… A quel moment de votre parcours vous êtes-vous décidée à prendre des responsabilités au sein de votre ligue ? Curieusement, dans un moment de crise pour notre ligue, qui traversait des perturbations, il y a 7 ans. Passer de la pratique aux responsabilités administratives, alterner 12 dojo et bureau est un choix motivé et motivant, le bénévolat associatif restant quelque part une forme de sacerdoce moderne, surtout quand on est une femme, avec un enfant, un métier prenant, d’autres activités, une vie privée, et un engagement pyramidal dans un club, un comité départemental puis une ligue régionale. Rien à voir avec un cumuldes mandats. Il faut avoir une certaine foi, surtout quand on reçoit des remarques insidieuses sur le fait qu’on ne va pas y arriver, parce qu’on est une femme, et que décidément cela ferait trop... Mais, si, on y arrive quand on s’en donne la peine avec rigueur, en ouvrant des tiroirs ordonnés, justement parce qu’on est une femme... Et qu’on considère que le titre tradition & innovations Béatrice Navarro, 4 e dan, enseignante trés engagée dans la vie associative, est également secrétaire de la ligue. accordé par une élection en assemblée générale se prolonge par la fonction effective, les réunions, la réflexion organisationnelle, la partie rédactionnelle, le relationnel, les démarches et la représentation auprès des partenaires institutionnels, bref les heures données sur le temps libre pour essayer de faire avancer les choses positivement. A un moment, on sait qu’on est prêt pour l’engagement, qu’on doit donner parce qu’on a reçu et qu’on vous fait confiance : c’est le message que j’ai reçu de Mariano Aristin, arrivé comme un miracle au club de Carcassonne en 2000. Pour moi, l’exercice de responsabilités administratives va de pair avec l’engagement dans la discipline, c’est son prolongement logique, même si Mariano est le premier à regretter que je sois en réunion au lieu
d’être sur le tatami, c’est aussi son rôle d’éducateur exigeant quant à l’assiduité de ses élèves. Mais ça, c’est une autre histoire… La mixité est-elle importante et même déterminante ? Cette question ! Bien sûr ! N’y avaitil pas des femmes autour de maître Ueshiba ? Aucune force, surtout pas de force… Martialité ne rimerait qu’avec virilité ? Il est intéressant de travailler la complémentarité et l’adaptabilité avec son partenaire : les qualités dites féminines se retrouvent chez les pratiquants et les défauts dits masculins chez les féminines, et vice-versa. Le côté gros-bras-bûcheron est un défi pour chacun(e) à se déplacer avec rigueur, la fragilité des poignets graciles oblige à se placer avec justesse. Comment ne pas travailler avec les bras ? Travailler avec le centre… De même que travailler avec un plus petit ou un plus grand ? Retrouver l’esprit des suwari waza ou des hanmi handachi waza. S’adapter au rythme et au niveau de chacun, quel que soit l’âge, le sexe ou le niveau de pratique reste une approche fondamentale que chacun se doit de cultiver. Sans esprit de compétition, dans le respect des différences. La mixité de la pratique au sens large… L’Aïkido peut-il être le moyen de se rencontrer soi-même ? Quelle étrange rencontre que de se rencontrer soi-même dans la rencontre avec les autres. Pratiquer pointe les doutes et les hésitations, la sincérité et l’intégrité ; sur un A un moment, on sait qu’on est prêt pour l’engagement, qu’on doit donner parce qu’on a reçu… tatami la rencontre se fait à visage découvert, on est vrai, on se révèle et on y apprend forcément à se connaître soi-même, si tant est que l’Aïkido reste un art martial et une philosophie de vie, une voie, et une longue route métaphorique, où chacun progresse à son rythme. Avec parfois des pauses, des détours, et des retours. A faire et refaire, sous tous les angles, on apprend à se construire, à affûter son regard sur soi et les autres, on apprend à gérer, à bouger, à mettre à distance, à laisser passer, à se recentrer. On apprend à vivre et à accepter la vie. On apprend qu’il faut savoir garder l’équilibre, se préserver et rester droit, accepter la chute pour se relever, et que l’énergie positive peut s’insuffler par le mouvement des corps et la recherche de l’harmonie. C’est l’école de la vie. Et ce n’est pas de la théorie, mais du vécu. Toujours beaucoup d’engagement chez Béatrice, avec son maître Mariano Aristin comme pour les plus jeunes. 13 RENCONTRE Quelle est la base de votre enseignement, son message induit ? Mon enseignement, c’est d’abord celui que j’ai reçu, et que je continue à recevoir avec mes enseignants auxquels je dois tout, quel que soit leur grade, et avec les autres pratiquants. Ensuite, à un moindre niveau, l’enseignement que je peux transmettre aux jeunes. Et là encore, c’est une leçon d’humilité, car les jeunes entre 7 et 12 ans sont un miroir terrible pour enseigner les bases et les fondamentaux : saluer, se déplacer, esquiver, prendre le centre et se maîtriser. Accepter la relation à l’autre, la notion d’intégrité dans tous les sens du terme. Les cours avec les jeunes exigent de la pédagogie, de la patience et une sacrée dose d’inventivité. D’abord cadrer et inculquer le respect, la politesse et la rigueur. Et il faut que cela soit vivant, animé et ludique. Un bon cours c’est quand ça bouge avec application et enthousiasme, et qu’à la fin, ces pratiquants miniatures se montrent capables d’enchaîner avec une certaine justesse plusieurs techniques différentes en les nommant devant les autres avec un plaisir non dissimulé. A titre personnel, travaillez-vous sur des idées à développer liées à l’Aïkido ? L’idée de transmission aux jeunes de valeurs positives liées à l’Aïkido poursuit son chemin. Avec l’appui de la ligue et de son président Marc Allorant, les stages ou actions en direction des jeunes sont décentralisés et relayés par nos comités départementaux ; par exemple le comité départemental de l’Aude que je préside s’associe avec celui de l’Hérault depuis quelques années —rejoint cette saison par le comité du Gard— pour un « intercodeps de fin de saison » offert aux jeunes pour favoriser les échanges de pratique et la découverte du patrimoine local. Dans l’Aude, pour parler de ce qui me tient à cœur, l’accompagnement éducatif en écoles primaires et collèges du public et du privé se pérennise, des actions vers les jeunes handicapés ou des jeunes des cités sensibles sont menées avec succès, les sections jeunes s’ouvrent, les effectifs remontent, et les retombées se font favorablement sentir auprès des partenaires institutionnels qui nous accordent ainsi confiance et moyens financiers. Là encore, l’aspect administratif et relationnel de montage de dossiers et de représentation systématique vient étayer les moyens financiers dont peuvent largement bénéficier les clubs et tous leurs pratiquants…Tout est lié, pour développer et promouvoir notre discipline martiale, il faut montrer et se montrer. Enfin, dans l’optique de l’enseignement de l’Aïkido introduit dans un internat d’excellence à Montpellier, j’ai pu initier cette année dans le lycée où je travaille un projet d’établissement, centré sur le respect et la réussite de jeunes « difficiles », lié entres autres à l’initiation à l’Aïkido en parallèle intéressant avec l’initiation à la salsa par un collègue d’EPS ; quand on connaît les difficultés à introduire l’Aïkido dans l’institution scolaire, cela peut donner des idées et cultiver l’innovation en matière de recherche… Une satisfaction quand les groupes sont constitués de grands ados turbulents de 17-18 ans en quête de performance et d’identité, qui s’alignent avec respect devant le kamiza du gymnase apporté par leur professeure de lettres, pour une heure de savoir-être dont ils ressortent légers et souriants, rechargés de ki positif. Comme quoi, la tradition et les atemis ont aussi du bon pour se recentrer... Tout le reste ne serait que littérature. ◆ Propos recueillis par Albert Wrac’h Photos : Paul Siemen et Jean-Pierre Baillaud



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