Aïki Mag n°22 jun à nov 2011
Aïki Mag n°22 jun à nov 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°22 de jun à nov 2011

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : FFAAA

  • Format : (210 x 285) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 2,9 Mo

  • Dans ce numéro : rencontre... Hubert Thomas, président de la Kiia

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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ENTRETIENBruno Gonzalez contient la nature de la réponse que devrait adopter le partenaire. Uke a alors le choix d'accepter plus ou moins consciemment l'issue proposée. Le travail étant de développer systématiquement une construction technique (la forme), remplie d'intentions (le fond), qui fonctionne quel que soit le niveau de perception d'uke et au-delà des codes. Dans l'étude, plus le mouvement s'étire dans le temps, plus il nécessite de communiquer. La difficulté d'une bonne communication est d'envoyer une intention claire (perceptible), crédible et d'être suffisamment disponible pour la percevoir. L'Aïkido est un ensemble infini de techniques. Quelles sont, selon vous, les plus fondamentales ? Celles que doit pratiquer inlassablement le pratiquant ? Tout est relatif, on peut considérer qu'une technique, du moins son approche, est fondamentale à partir du moment où elle est pertinente à l'instant T pour sa progression, et cela, quel que soit son niveau. Dans un premier temps, par exemple, le travail de construction est fondamental, il l'est peut-être moins une fois « acquis » ? Avec l'expérience et la disparition de certaines craintes, les priorités d'une action changent quantitativement et qualitativement, libérant ainsi l'esprit qui ne se cristallise plus sur celles-ci. Cependant, tout étant perfectible, mouvements d'études, constructions ou applications, d'une certaine manière c'est ce que nous faisons de la technique (notre relation à la technique) qui est fondamental. Il est vrai qu'au début de l'apprentissage nous avons à notre disposition un éventail très large de techniques offrant un grand champ d'expérimentations et beaucoup de contraintes différentes à résoudre... Cependant, on peut considérer qu'à un certain niveau cet éventail se resserre car nous avons de moins en moins de priorités à gérer dans l'action. Ainsi les réponses se simplifient pour finalement se rapprocher les unes des autres. Par exemple, on peut imaginer gérer l'attaque yokomenuchi, shomenuchi, ou un crochet, de la même 8 façon pour certaines actions (ikkyo, etc.). En résumé, ce qui va faire qu'une technique sera à un certain niveau « plus fondamentale » qu'une autre, c'est le nombre de principes que l'on va développer, réunir, pour l'exécuter. Le fondateur de l’Aïkido, Morihei Ueshiba, plaçait le ki, l'énergie, au cœur de l'Aïkido. Comment faut-il le comprendre ? À l'heure actuelle, j'en ai une compréhension modestement « scientifique ». Brièvement, l'énergie est le résultat de forces qui s'opposent. On parle de qualité d'énergie, suivant l'intensité des forces, des résistances, des obstacles mis en jeu. Ce qui met une force en mouvement dans notre pratique, c'est l'intention, une action de la pensée, exemple : je veux lever mon bras, etc. De façon simplifiée et opérationnelle, on peut parler d'intention pour énergie. Il existe des phases d'apprentissage dans lesquelles ont doit développer de l'énergie. Le body builder, s'il veut que son corps se transforme, doit développer plus d'énergie, donc d'intention pour soulever des masses de plus en plus lourdes, etc. C'est la voie positive (fabrication d'expérience, accumulation de techniques, de puissance, donc d'énergie, etc.). Plus ou moins parallèlement, existe la voie négative (processus d'élimination, de simplification), le principe d'économie qui nous fait tendre à utiliser une énergie minimale pour un résultat optimum.
La technique doit être conduite en absorbant l’énergie du partenaire. L'idée est de faire en sorte que les conflits, les priorités d'une action diminuent, que la situation que l'on propose à ukesoit acceptée, afin de ne pas faire écho ni amplifier ces même conflits, voire même pour les désamorcer avant qu'ils se soient plus ou moins concrétisés. C'est là où me semble t-il la « dimension philosophique » du ki, de l'énergie, prend en partie sens. On entend souvent parler d'harmonisation des énergies... Concrètement c'est développer, entre autres, des capacités d'adaptation pour faire en sorte de créer une situation où les intentions de uke et tori vont s'opposer le moins possible, voire pas du tout. Communément on parle d'utiliser la force du partenaire (son énergie, donc son intention) pour exécuter son mouvement afin de développer soi-même un minimum d'énergie, d'où le principe de « non » -action, de nonopposition. En résumé : attitude juste au moment juste pourrait se traduire finalement par, énergie juste au moment juste. Mise en garde : il peut être tentant dans l'enseignement de combler parfois, consciemment ou inconsciemment, un manque de savoir-faire avec un discours abstrait, pseudo- « magique » : je conseille de s'abstenir et de se plonger dans son « artisanat ». L'abstraction reste une notion relative dépendant du niveau de conscience des uns et des autres. Néanmoins, d'un point de vue théorique et pédagogique il faut tenter de rendre ces notions concrètes, opérationnelles et simples à transmettre. Le meilleur moyen est justement notre pratique artisanale. Au fond, l'Aïkido est-ce un budo un bujutsu, un sport de combat ? C'est un cheminement balisé par des principes vers un idéal de communication. Qui dit cheminement, dit erreurs, questionnements, expérimentations, etc. Finalement l'Aïkido est ce que nous en faisons au présent. En quoi l'Aïkido façonne-t'il l’être l'humain ? Dans un premier temps, il prépare un matériau de qualité, puis, tel le sculpteur, il enlève le superflu. E. Decroux et P.Claudel disaient : « Les arts se ressemblent dans leurs principes mais pas dans leurs œuvres », « Le principe du grand art est d'éviter sévèrement ce qui est inutile ». 9...La pratique du sabre,c'est l'esprit de décision,la détermination, le contrôle : l'intention,l'action à l'état pur. C'est,à mon sens, ce qui donne à la pratique de l'Aïkido une grande partie de sa potentialité martiale... Vous enseignez en France et à l'étranger. Quel message tenez-vous à faire passer ? L'importance d'une rigueur technique : une conscience précise de sa technique et ceci quelles que soient les formes. Comment pouvons-nous nous corriger si nous ne sommes pas en grande partie conscients de ce que nous faisons ? Cette conscience favorise entre autre le développement de la vision. Les variations, les subtilités que le professeur montre peuvent nous apparaître ainsi plus clairement. Nos propres expérimentations (variations) prennent alors plus de sens, car elles deviennent conscientes donc « actives » et non pas le fruit du hasard, du « en général ». Ensuite, j'évoque souvent cette notion de communication dont j'ai parlé précédement (intentionet disponibilité), afin de sortir l'élève d'une pratique parfois un peu « mécanisée » et, ou, fortement codée, dans laquelle une certaine forme de passivité s'installe facilement. Le code ne doit pas se substituer ou appauvrir la communication, il doit au contraire lui donner un cadre lui permettant de se développer, de s'enrichir au présent. La situation martiale est loin d'être une situation anodine, il me semble important de ne pas la banaliser. Bien entendu, je suis le premier à qui j'adresse ces messages. ● Propos recueillis par Albert Wrac’h



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