Aïki Mag n°21 déc 10 à mai 2011
Aïki Mag n°21 déc 10 à mai 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°21 de déc 10 à mai 2011

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : FFAAA

  • Format : (210 x 285) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 4 Mo

  • Dans ce numéro : rencontre... Gérard Méresse et la ligue de Bourgogne.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 16 - 17  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
16 17
KINOMICHI Jean Pierre Sarton proposer à l’autre de lents mouvements de tout son corps à la découverte du centre de gravité commun, de l’espace partagé, des tonus respectifs et de leur ajustement progressif, de directions et d’un rythme communs. Le contact est accessible aux débutants car ce n’est pas une technique et il se pratique sans penser, juste à l’écoute de la sensation. Plus question d’attaque-défense, de crispations liées à ce dualisme, de contraintes exercées sur les articulations, de résistance et de durcissement musculaire, de contraction, de mouvements courts. Le contact et les techniques qui suivent ont pour finalité une recherche d’harmonie avec le partenaire, une création partagée du mouvement. Ce n’est que dans l’ouverture à l’autre, dans l’expansion musculaire, dans l’ajustement de nos tonus et de nos rythmes, dans l’élimination des tensions, dans l’étirement, dans la beauté et l’esthétisme du geste que nous devons réaliser les mouvements. La technique n’est pas un but en soi, elle est un outil pour le développement de l’être, du corps et de l’esprit. Impossible de réaliser une technique sans la coopération volontaire des partenaires. Les techniques sont fondées non sur l’opposition mais sur la coopération, sur l’union des deux souffles. Il y a recherche d’unité consentie permanente. Si l’un des deux partenaires résiste ou refuse le mouvement, ou si l’un des deux veut s’imposer ou dominer, l’esprit de l’art n’est pas respecté. Le corps gagne en liberté car il n’y a plus crainte de douleurs ou de blessures. L’esprit gagne en sérénité, car il n’y a plus crainte d’attaque mal maîtrisée ou d’une technique de défense mal ajustée. Et ce qui me paraît fondamental, c’est que cette étape de liberté de corps et d’esprit qui ne peut être atteinte qu’à un très bon niveau de pratique de l’Aïkido est accessible assez rapidement au pratiquant de Kinomichi à condition qu’il soit dans l’acceptation et l’écoute et non dans l’intellect, dans la pensée du mouvement, dans le vouloir faire. L’ego s’en trouve transformé ; ce n’est plus « moi je » mais « nous » qui réalisons. Plus « la grosse tête » comme le dit maître Noro, ni non plus ce constat amer qu’il nous a tenu à plusieurs reprises : « j’ai formé beaucoup de bons techniciens, mais j’ai échoué sur le mental… et la technique sans le mental, c’est échec ! ». La pratique nous oblige au respect et à l’humilité, à l’accueil et à la bienveillance. La joie ne peut être ressentie que dans l’unité réalisée des deux partenaires. La martialité réside dans la lutte avec soi. Cette attitude influence notre relation aux autres dans la vie quotidienne. En ce sens, c’est un art de vivre et un art de paix. Pour guider les pratiquants dans cette voie, maître Noro a créé une démarche pédagogique progressive fondée sur sept niveaux d’initiation, mais seules les initiations 1 à 5 sont enseignées actuellement. L’initiation 1 est la fondation de l’édifice. Hormis l’exercice spécifique du contact, elle propose six mouvements de base (communs à l’Aïkido et au Kinomichi), trois de terre, trois de ciel, dont la réalisation de manière 16 Création partagée du mouvement dans une recherche d’harmonie avec le partenaire. assez statique et dans l’extension spiralée des deux corps mobilise l’ensemble des chaînes musculaires et des articulations. Uke ne saisit pas tori, tori guide uke. Ces mouvements sont une mise en relation entre les deux partenaires. Ils nous mettent en contact avec nos blocages, nos tensions et permettent, par leur levée, une libre circulation de l’énergie de l’un à l’autre. Leur réalisation constitue un échauffement complet et permet l’apprentissage de ces techniques de base utilisées dans les initiations supérieures. Cette initiation 1 permet au débutant de les assimiler dans la douceur, dans le plaisir et aux anciens d’affiner toujours plus leurs sensations si nécessaires dans la dynamique. Cette démarche pédagogique est une forme de gymnastique douce du corps, elle est une source de bien-être, elle est une source de santé. Dynamisme et application Maître Noro avait coutume de comparer le corps du débutant à de la glace. L’initiation 1, par son action, assouplit, détend, réchauffe et fait fondre la glace. Le corps du débutant est alors plus disponible, ce qui permet de passer ensuite à l’initiation 2. Dans cette initiation, les six mouvements de base sont effectués en déplacements d’abord lents et déliés, puis accélérés. Le corps du débutant qui a appris à ressentir dans la confiance les torsions des articulations, à placer son corps en conséquence, approfondit cet apprentissage dans un début de dynamique. Les initiations suivantes sont fondées sur le dynamisme et sur l’application de ces mouvements de base à toutes les formes d’approches (seize en tout), et à leurs nombreuses variations possibles, formes et variations que l’on retrouve dans l’Aïkido. Chacun est libre de par-
ticiper à l’initiation qui correspond à sa recherche et à son possible. Il n’y a pas de contrainte. À chacun de connaître ses limites. Cette approche dans l’ouverture et l’acceptation permet de suivre les autres initiations avec une très grande disponibilité de corps et d’esprit. Si la notion de contact et d’écoute de l’autre a bien été intégrée, elle permet de réaliser ces mouvements avec tout le corps et le souffle qui le parcourt, le ki. Ils sont denses et puissants. À ce niveau de pratique, aucun des deux partenaires ne prend le pas sur l’autre ; ce n’est qu’ensemble que la technique sera menée à l’ukemi ou au contrôle au sol. Les poussées des deux partenaires sont sincères. Quel que soit l’engagement dans le mouvement, je ne risque aucune blessure, aucune douleur car mon partenaire est à l’écoute ; son but n’est pas de réaliser prioritairement sa technique, mais de la réaliser en accord avec l’autre. La technique doit être bénéfique pour les deux. L’accomplissement provient de l’unification de nos énergies. Deux deviennent un et pour que l’humain soit le but de cette unité, maître Noro nous invite à une pratique homme/femme où masculinité et féminité se fondent, s’ajustent et s’harmonisent. Les vieux démons de la puissance et de la domination masculines sont canalisés et maître Noro nous montre l’exemple en ne prenant que presque exclusivement des femmes comme partenaires. Il est remarquable à cet égard que, du temps de l’Aïkido de maître Noro, les hommes pratiquaient essentiellement entre eux et les femmes entre elles, réalité inconcevable L’énergie de tori et uké doivent converger et s’additionnerÀ partir du Daïto ryu,Morihei Ueshiba a créé l’Aïki-jutsu puis l’Aïkido. Maître Noro,à partir de l’Aïkido a créé le Kinomichi et nous invite dans la voie du Kishindo... aujourd’hui dans le Kinomichi. Les initiations 2 à 5 ont pour but de développer l’énergie mais pour maître Noro, ce n’est qu’une étape, l’étape du ki d’où Kinomichi. L’énergie en tant que telle ne suffit pas. Il faut qu’elle soit guidée par l’esprit du pratiquant, par le cœur. « Il faut que le cœur guide le ki » dit maître Noro. C’est l’étape qu’il appelle Kishindo qu’il développe avec nous depuis 2006 : « Ce qui m’intéresse, c’est le contact des souffles, c’est-à-dire cœur à cœur. Cœur se dit shin en japonais. J’ai beaucoup réfléchi et je pense à un nouveau nom pour notre travail : Kishindo. Ki = énergie, shin = cœur, do = la voie, la voie de l’énergie guidée par le cœur (…) Dans un monde de conflits et de violence, il faut aller vers la voie du cœur(…). À partir d’initiation 5, le Kinomichi deviendra le Kishindo. C’est l’étape supérieure du Kinomichi, mais le Kinomichi reste la base (…) En initiation 5, vous ne pensez plus, vous sentez, vous laissez vivre librement la technique, vous êtes totalement disponible à l’autre ; vous l’enveloppez, vous êtes en harmonie, vous êtes cœur à cœur ! » (Noro Masamichi, propos d’octobre 2006 et juillet 2007). À cette étape, le Kinomichi rejoint l’Aïkido. Dans l’Aïkido, deux énergies antagoniques s’opposent. Ce n’est que dans la disponibilité de tori et sa maîtrise technique qu’il absorbe l’attaque-énergie d’uke, qu’il la contrôle, l’annihile et rétablit l’harmonie et la paix. La situation de conflit et de dualité disparaît dans l’accomplissement de la technique. Tori « épouse » uke. 17 Il y a unification de l’attaque et de la défense, il y a unification des énergies. Dans le Kinomichi, ce sont deux énergies convergentes qui s’additionnent. Ce n’est que dans la disponibilité des deux partenaires et la maîtrise technique qu’une énergie enveloppe l’autre, la guide et s’unit à elle. Le point de départ n’est pas le même mais le point d’arrivée, l’unification des énergies dans un but de paix et d’harmonie, est le même. Maître Noro a toujours affirmé sa fidélité à son maître, Morihei Ueshiba et au sens de son enseignement, l’Aïkido, la voie de l’union des énergies : « Quand j’étaisuchi-deshi, j’étais tout le temps aux côtés de maître Ueshiba (…) Maintenant encore, je suis tout le temps avec lui. » (Interview de Noro Masamichi à Aïkido magazine, avril 2008), « Maître Ueshiba reste mon maître et mon corps est Aïkido » (Noro Masamichi, juillet 2009). C’est bien, à mon sens, la continuité du message d’amour et de paix de maître Ueshiba d’une harmonisation de l’homme avec l’homme, de l’homme avec l’univers. Noro Masamichi est dans la continuité de la démarche de son maître. Et ce n’est pas par hasard si en 1995, lors d’une rencontre avec le second doshu, Kisshômaru Ueshiba, celui-ci lui a déclaré : « Noro sensei, votre voie est juste. », et s’il lui a proposé de réintégrer la famille de l’Aïkido, proposition réitérée par le troisième doshu, Moriteru Ueshiba, après la mort de son père en 1999. À partir du Daïto ryu, Morihei Ueshiba a créé l’Aïkijutsu puis l’Aïkido. Maître Noro, à partir de l’Aïkido, a créé le Kinomichi et nous invite dans la voie du Kishindo. C’est ma compréhension du Kinomichi et de l’enseignement de maître Noro. Ce chemin répond à ma recherche de non-violence et de pratique d’un art corporel dynamique en lien direct avec une sagesse traditionnelle. ● Jean-Pierre Sarton



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :