Aïki Mag n°21 déc 10 à mai 2011
Aïki Mag n°21 déc 10 à mai 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°21 de déc 10 à mai 2011

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : FFAAA

  • Format : (210 x 285) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 4 Mo

  • Dans ce numéro : rencontre... Gérard Méresse et la ligue de Bourgogne.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 14 - 15  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
14 15
KINOMICHI Jean Pierre Sarton Jean-Pierre Sarton, enseignant diplômé de Kinomichi, pratique l'Aïkido puis le Kinomichi avec Lucien Forni depuis 1976 et Noro Masamichi depuis 1978. Il est, depuis 1984, enseignant-assistant de Lucien Forni à Enghien-les-Bains. Un parcours original qui se superpose avec celui du Kinomichi. au cœur de l’art 1968, ébranlement du monde et des consciences. Ma route de lycéen bien sage se trouve déviée vers l’extrême-gauche politique. Ça chahute pas mal avec les forces de l’ordre et les groupuscules concurrents. Il faut savoir jouer du poing à cette époque. Les Japonais sont bons dans ce domaine ! Je me lance dans le Karaté. Deux ans de pratique intensive avec coups portés. Nécessité de la distance, sortir de la ligne d’attaque, contrer, attaquer… C’est efficace et ça développe une énergie insoupçonnée. Problème, l’enseignant ne nous apprend pas d’exercices de redescente de l’énergie après les séances d’entraînement. Je me retrouve souvent avec un besoin irrépressible de cogner dans le makiwara ou dans les murs. Trop violent, il faut apaiser. Rencontre de la méditation et du Yoga. Séjour d’un an en Inde et découverte de la non-violence. Au retour, en 1976, je recherche un art qui combine efficacité et non-violence. L’Aïkido est la réponse : art martial en même temps qu’art d’amour ! Je m’inscris à la section d’Enghien dirigée par Lucien Forni, homme et enseignant étonnant, généreux, sincère, bienveillant. Je ne le quitterai plus. Lucien Forni forme ses élèves avec rigueur mais les pousse tous à aller à la source de l’art, et la sienne est maître Noro Masamichi. Je me retrouve donc en 1978 au dojo du maître, impressionné d’être à la source de la source ; maître Noro était l’un desuchi-deshi les plus proches de Morihei Ueshiba. Son Aïkido est élégant, grand, précis, félin et très rapide. Des formes d’attaque ou de saisie mais pas d’atemi. Des techniques montrées une seule fois et à pratiquer en groupes de 6-7 partenaires car il y a affluence dans les stages. Quelques anecdotes sur son apprentissage avec Ô sensei viennent ponctuer les cours. Il faut être observateur, souple, avoir du souffle et être résistant pour suivre car les pratiquants avancés et les instructeurs ne font pas de « cadeaux ». Si l’on n’est pas dans le bon timing, si l’on a une crainte, une hésitation, tant pis pour nous ; beaucoup d’entre eux rentrent leur technique et signifient leur niveau d’avancement. Uke doit savoir avec qui il pratique. D’ailleurs, la traduction des termes de tori, « celui qui exécute la technique » et d’uke, « celui qui subit la technique » est signifiante (voir par exemple p.24 du livre du doshu Contact, mouvement commun d’expansion des pieds à la tête. Moriteru Ueshiba, Aïkido officiel, Enseignement fondamental, Budo Editions, 2004). Il était fréquent que je termine les cours avec des articulations endolories. À Paris comme à Enghien, la pratique est intensive et les progrès rapides si le corps et la volonté suivent. 14
Le Kinomichi 1979, nouvel ébranlement, mais d’une autre nature. Maître Noro nous annonce qu’il s’engage dans une nouvelle voie, la sienne propre, le Kinomichi. Ses recherches, ses rencontres et ses expériences corporelles l’obligent à modifier sa pratique et il se doit, par respect de la tradition, de ne plus utiliser le nom de l’Aïkido. Il nous explique qu’il trouve contradictoire de parler d’amour quand la pratique est fondée sur l’attaque et la défense, quand cette pratique aboutit trop souvent à développer l’ego, la puissance, la force, l’affirmation de soi sur l’autre. Le monde est trop fondé sur la violence et la guerre, et il faut répondre par la paix, par un art de paix, donc par le renoncement à l’aspect martial de son Aïkido. Il fonde le Kinomichi ou voie de l’Énergie (michi=la voie, no=de, ki=énergie). La majorité de ses hakama le quitte. Seule une poignée de fidèles lui font confiance. Lucien Forni et l’essentiel de sa section sont de ceux-là. Pendant une vingtaine d’années, maître Noro va expérimenter avec nous ses recherches. « Vous êtes mes cobayes » nous disait-il régulièrement. Il intègre dans tous ses cours de nombreux exercices d’étirement des membres, de la colonne vertébrale et notamment de la nuque. Il nous fait réaliser au sol de nombreux mouvements en spirale, liant expansion et expir. Il nous invite à un travail assez statique, aux massages, à la relaxation, à la pratique du boken, de la canne et du iaïto, souvent seul. Il insiste sur les exercices de contact avec partenaire. Il abandonne la nomenclature de l’Aïkido, renomme toutes les techniques qu’il divise en mouvements de ciel pour les techniques de projection de l’Aïkido et en mouvements de terre pour les techniques d’immobilisation. Il redéfinit les formes d’attaque en formes d’approche et bannit du vocabulaire tout terme qui évoque la dualité (ex : chute, saisie, adversaire sont remplacés par roulade, forme d’approche, partenaire, etc.). Il réorganise ses initiations selon cinq niveaux et transforme sa pédagogie. Pendant ces années 1979-1999, première étape de la construction du Kinomichi, maître Noro porte l’accent sur les initiations 1 et 2. Pour beaucoup d’entre 15 nous, les premières années furent difficiles car nous avions envie de cette pratique dynamique, des ukemi, de l’aspect spectaculaire et efficace de la technique que nous avions connus. Si je suis resté, malgré mes doutes et mes insatisfactions, c’est d’abord parce que je savais que maître Noro était un maître japonais éduqué à l’une des sources les plus importantes de la tradition et de la sagesse du Japon du XX e siècle, Morihei Ueshiba. Ce grand maître avait changé le cours de sa vie. Maître Noro ne pouvait pas créer sa propre voie à la légère ! C’est sûr qu’il y avait une fidélité et une continuité à Ô sensei. Mais il me fallait être patient et essayer de comprendre son cheminement. Il fallait faire confiance et expérimenter pas à pas sa création. La réponse viendrait plus tard. C’est ensuite parce que progressivement au cours de ces années, nos corps et nos sensations évoluaient, le Kinomichi opérait notre transformation. C’est enfin parce qu’à Enghien, notre instructeur, tout en respectant scrupuleusement la démarche de maître Noro, n’a jamais abandonné la pratique dynamique dans ses cours car il a toujours pressenti que nous y reviendrions un jour et qu’il fallait que nous soyions alors prêts. Lucien Forni a toujours été très proche de maître Noro, tout en gardant une distance nécessaire et cette proximité lui a permis d’anticiper ses orientations. Pendant ces vingt années de recherches, la création de maître Noro attire de nombreux nouveaux pratiquants souvent concernés par les arts corporels, kinésithérapeutes, professeurs d’E.P.S., eutonistes, danseurs, etc. Le Kinomichi se développe en France et à l’étranger. Mouvements de ciel, mouvements de terre, la nouvelle nomenclature. L’union des deux souffles Aujourd’hui, plusieurs points me paraissent essentiels dans les propositions du Kinomichi. C’est d’abord le travail sur nous-mêmes, sur notre ego, auquel il nous amène. Par son approche fondée sur le contact, il ne permet plus d’exercer sa puissance sur des partenaires par l’apprentissage de techniques efficaces. L’exercice de contact proposé par maître Noro est simple. Pas de saisies ; les deux partenaires sont paumes contre paumes, dans un mouvement commun d’expansion des pieds à la tête. À partir du point de contact des paumes de mains, un partenaire prend l’initiative de



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :