Aïki Mag n°20 jun à nov 2010
Aïki Mag n°20 jun à nov 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°20 de jun à nov 2010

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : FFAAA

  • Format : (210 x 285) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 3,8 Mo

  • Dans ce numéro : rencontre avec Sophie d'Auzac, l'énergie communicative.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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STAGE micheline vaillant-tissier histoire de rencontres : micheline vaillant-tissier en tunisie C’est une longue histoire culturelle commune qui unit les pays du Maghreb et la France, et l’Aïkido n’y déroge pas. De nombreux sensei ont traversé la Méditerranée de part et d’autre mais, pour la première fois, une technicienne, Micheline Vaillant-Tissier, se rend en Tunisie. C’était sur un bout de trottoir, dans la banlieue populaire de Tunis, à Ben Arous, après avoir partagé mon expérience d’Aïkido avec mes amis tunisiens que l’idée me vint à l’esprit : tiens pourquoi donc ne pas inviter Micheline Vaillant-Tissier en Tunisie ? Je venais d’entraîner les élèves d’Abdelaziz Boukhazna et, encore une fois, j’étais sous le charme de la joie de vivre, de l’envie de partage, de l’appétence de vie des Tunisiens. Sur le tapis, une forte proportion de femmes tunisiennes, des femmes sportives pratiquant aussi le handball, des femmes voilées, des jeunes diplômées, toutes souriantes, engagées, sérieuses. Depuis le Président Bourguiba, deux priorités en Tunisie : l’éducation et l’égalité des droits entre les hommes et les femmes. J’aime particulièrement les femmes tunisiennes. Elles font des études, elles continuent une tradition, elles s’intéressent au monde, elles taquinent avec subtilité le machisme des jeunes hommes tunisiens tout en les valorisant. Avouons-le, autour de la Beaucoup de monde sur le tatami de Tunis pour le stage de Micheline Vaillant-Tissier. 8 Méditerranée, nous sommes un tous peu machos… De cette intelligence d’être des femmes tunisiennes, une idée s’imposa donc : Micheline Vaillant-Tissier en Tunisie. Puis on me parla de l’Aïkido au féminin. Mais, l’Aïkido au féminin, cela ne veut pas dire grand chose. Soit nous faisons de l’Aïkido, soit autre chose : un sport, une certaine pratique, une pour les femmes, l’autre pour les hommes. Si l’Aïkido est universel, il y a bien une contradiction dans cette séparation des genres ou des nations... Il y a simplement des femmes pratiquant un art martial : l’Aïkido. Et parmi elles : Micheline Vaillant-Tissier. Avec Micheline, c’est une longue histoire. Sur un bout de tapis à Vincennes, il y a dix, quinze ans, voire sans doute plus, chez notre « référence » en Aïkido : Christian Tissier, j’adorais attaquer Micheline de toutes mes forces : des shomen de bûcheron, des attaques au couteau dignes de la rue, des coups de poing sans merci… Je ne sais pas si cette confidence est à mon avantage… Bref, nous nous entraînions avec un joyeux engagement sous l’œil amusé ou inquiet d’un Christian Tissier qui devait trouver que, décidément, les philosophes sont vraiment des gens à part. À chaque fois, Micheline était parfaitement placée, je me retrouvais déséqui-
Photos Karim Kouri libré, sur une jambe, chutant à droite, à gauche. On aura compris que j’ai pour l’Aïkido de Micheline le plus grand respect. Mais plus que cela, c’est aussi pour la personne, la vraie sensibilité, la force fragile, le sérieux, l’entraînement sans faille, la recherche personnelle voire spirituelle de Micheline que j’ai le plus d’intérêt. Car, pour moi, l’Aïkido, c’est plus qu’une technique, c’est une rigueur, une manière d’être, de pratiquer et de vivre un art. Et Micheline correspond à cette vision. Et quand on aime les gens, il faut les faire rencontrer d’autres gens qu’on aime et partager avec eux une expérience de vie. Voici donc Micheline Vaillant-Tissier invitée à Tunis, les 9, 10 et 11 avril 2010… Grâce, en grande partie, à un autre Abdelaziz, un ami : Abdelaziz Mokhtari, entraîneur d’Aïkido, homme de cœur, de joie et de partage. 9 Techniques et sourires La rencontre fut au-delà des espérances de part et d’autre sans doute. Grâce au Ministère des Sports, à la Fédération de Judo, d’autres appuis institutionnels obligatoires, mais aussi à une femme —encore une femme, je vous disais ces femmes tunisiennes d’exception— Senda Tounsi, directrice d’un foyer universitaire à Tunis, le stage pouvait commencer. Beaucoup de monde, beaucoup de femmes, beaucoup de spectateurs et nos amis d’Algérie faisant le voyage, pour certains un voyage de 1200 km, des aïkidoka de France aussi. Les professeurs algériens de grand renom, Hamid Silem, AhmedMakloufi, Nasser Rouibeh, Djamel Eddine Mekdade apportent un cadeau à Micheline : une photographie du début des années 80, prise lors d’un des premiers stages de Christian Tissier en Algérie. Moment d’émotion. C’est cela aussi la mémoire de l’Aïkido, la durée, les liens indéfectibles malgré les années… La quasi totalité des professeurs d’Aïkido de Tunisie font le déplacement avec leurs élèves. Les techniques s’enchaînent, multiples, rapides, précises. Sur le tapis concentration et sourires de toutes parts. Quel que soit le nombre d’années d’entraînement d’Aïkido, chacun joue le jeu, chacun va à la rencontre de l’Aïkido de l’autre. Micheline passe parmi tous les pratiquants. Je devine le bonheur de part et d’autre. De part et d’autre car nous comprenons ce que représente l’Aïkido pour tous les pratiquants, tous ont fait un gros effort financier, le niveau de vie en Tunisie n’est pas celui de la France. Là encore, l’Aïkido c’est un peu plus que de l’Aïkido, c’est aller à la rencontre de l’autre, de sa culture, de ses joies, de ses difficultés. On ne salue pas une image, fût-elle celle d’O senseï en début de cours, nous sommes en pays musulman, mais on salue l’autre, celui qui nous regarde, celui avec qui on va pratiquer, partager un moment de vie. Je sens Micheline touchée, émue, de cet accueil, de cette chaleur toute méditerranéenne, de ces parcours de vie qui se croisent et s’apprécient. Des invitations après le stage, le partage des mets tunisiens, des expériences qui s’échangent, des confidences qui se font. Bref des êtres humains qui se dévoilent, se rencontrent et sortent de là un peu augmenté de l’autre, d’une parcelle de la vie de l’autre. Je vois, et l’on me confie, que pour beaucoup de ces femmes Micheline est un modèle, qu’elle s’est donnée sans compter et qu’on aime cette franchise, ce don. Nous sommes au Maghreb, là où recevoir et accueillir l’étranger n’est pas un vain mot. Micheline donne tout ce qu’elle a et on l’accueille à cœur ouvert. Fin de stage : cadeaux, multiples photographies, on échange des adresses, encore des impressions, on s’embrasse. C’est sans doute cela un beau stage réussi, partir en emportant avec soi un peu de l’autre, un peu de son sourire, un peu de sa culture, repartir, l’un et l’autre, chez soi, mais pas tout à fait le même. Une belle histoire de rencontres : Micheline Vaillant-Tissier à Tunis. Merci à tous ! ● Daniel Lance



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