Aïki Mag n°20 jun à nov 2010
Aïki Mag n°20 jun à nov 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°20 de jun à nov 2010

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : FFAAA

  • Format : (210 x 285) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 3,8 Mo

  • Dans ce numéro : rencontre avec Sophie d'Auzac, l'énergie communicative.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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AÏKIBUDO primordiale. C’est ainsi qu’évolua l’enseignement d’Alain Floquet dont la pratique, bien que s’appuyant fondamentalement sur le contenu de l’Aïkido-yoseikan du maître Mochizuki, a peu à peu acquis un style, une forme de corps caractéristique et un esprit spécifique. En 1981 lors d’un cocktail organisé en l’honneur du maître Mochizuki Minoru par l’UNA (Union Nationale d’Aïkido) de la FFJDA, en présence et à la demande de ses représentants officiels celui-ci dit à Alain Floquet : « Ce que tu pratiques n’est pas de l’Aïkido ». Alain Floquet répondit : « Je sais, c’est votre enseignement ». Le maître lui dit encore : « Il faut que tu changes de nom ». Il fut alors proposé à Alain Floquet l’appellation « Aïki-jujutsu » qu’il rejeta. Quelqu’un lança alors « Yoseikan Budo ! ». Deux « non » se firent écho, celui d’Alain Floquet et celui d’Hiroo Mochizuki. Alain Floquet proposa alors celui qu’il avait en tête depuis quelques années déjà et qui compose idéalement le sens, l’esprit et le fond de sa pratique : AÏ-KI-BU-DO. C’est ainsi qu’il choisit de nommer sa pratique et l’art qui en découle « Aïkibudo », proposition qui reçut l’aval de ses interlocuteurs. 3 Les caractéristiques de l’Aïkibudo...La forme de corps de l’Aïkibudo vient d’une part de l’art du Ken-jutsu,de l’art de la verticalité et de l’état mental, shisei, zanshin, irimi... Comme se plaît à l’expliquer régulièrement Alain Floquet, les techniques pratiquées au sein des arts martiaux (ou sports de combat) n’appartiennent à personne en particulier, ou plutôt elles appartiennent au patrimoine humain. En tout lieu, à toute époque, les techniques de combat utilisées sont proches, voire même parfois identiques. Pourquoi ? Tout simplement parce que le corps humain est fait de la même façon que ce soit dans l’Egypte ancienne, le Japon médiéval ou l’Europe occidentale du XV e siècle. Par conséquent, à différentes époques, en différents lieux, les individus ont su empiriquement comment tordre un poignet, déséquilibrer un adversaire ou utiliser une arme tranchante. De même, quotidiennement, dans toutes les écoles de la planète, des enfants qui chahutent redécouvrent des clés de bras, des projections de hanche, des torsions de poignet, etc. Bien entendu, des individus ont consacré leur vie à comprendre la mécanique du corps pour parfaire leur technique, l’exercice quotidien leur permettant d’acquérir une dextérité et une maîtrise motrice exceptionnelles. Ils ont approfondi leur connaissance du corps et de ses principes biomécaniques. Enfin, par l’expérience, certains acquièrent un talent particulier qui transcende la pure pratique qui devient alors véritablement un art. Cette même expérience leur permet parfois d’outrepasser la simple connaissance intellectuelle des choses et les mène vers une perception intuitive, supérieure de la pratique et de l’art martial. Ainsi, maître Minoru Mochizuki a-t-il parfois affirmé qu’Alain Floquet avait atteint un sens supérieur de la pratique. Coutumier des formules imagées, il disait de son élève qu’il avait atteint un septième sens ! C’est cette recherche d’une pratique authentique et réaliste, parce que tenant compte des spécificités du corps humain, qui caractérise l’Aïkibudo. La démarche d’Alain Floquet visa avant tout à approfondir cette connaissance grâce à la pratique à haut niveau du Kendo et à l’étude technique, historique et culturelle des arts traditionnels. C’est le Ken-jutsu (l’art du sabre) du Katori shintô ryu et sa maîtrise de la verticalité qui, en outre, conférèrent à sa pratique une forme spécifique et un esprit particulier, soucieux d’appréhender l’humain avec une disponibilité totale. Dans sa forme la plus évoluée, la pratique de l’Aïkibudo doit libérer le pratiquant de toute intention, le conduire à une ouverture totale lui permettant de s’adapter parfaitement à la situation et au moment. La forme de l’Aïkibudo Comme le précise Alain Floquet, chaque art martial développe une attitude, un comportement physique, découlant de la nature profonde de sa pratique, qui permet d’identifier celle-ci et qu’il nomme « forme de corps ». On reconnaît un boxeur ou un judoka à leur attitude corporelle, à une physiologie construite par la pratique. Il en est de même pour l’Aïkibudo : sa forme vient, d’une part, de l’art du sabre, du Kenjutsu, et, d’autre part, de l’art de la verticalité et de l’état mental « shisei » « zanshin » et « irimi ». Les épaules sont basses, le corps est droit, le pratiquant est légèrement descendu sur ses appuis sans avoir les jambes trop écartées pour garder l’entière disponibilité du bassin, les coudes positionnés en avant du thorax ne sont jamais pliés à moins de 90°. Ainsi, c’est cette forme spécifique, cette allure générale qui fait qu’un mouvement est de l’Aïkibudo. Un judoka, un 20 Démonstration de Kendo, Alain Floquet et Corinne Plaisance, mai 2009. boxeur, un karatéka peuvent faire une technique d’Aïkibudo mais qui restera marquée par la forme Judo, la forme Karaté ou la forme Boxe dans l’esprit et dans le style. De la même façon, un pratiquant d’Aïkibudo pourra exécuter une technique de hanche de type Judo ou le contrôle d’un coup de poing comme au Karaté mais dans la forme, dans l’allure, ça restera de l’Aïkibudo.
Le vainqueur est… Personne Nous évoquions, au début de cet article, la richesse de l’information que l’on peut trouver sur internet. Malheureusement, parfois, on tombe sur des documents qu’on aimerait voir disparaître au plus vite : une vidéo où l’on tente de simuler un combat entre un aïkibudoka et un boxeur pour savoir lequel des deux va gagner ; des articles qui tentent de mettre en concurrence les disciplines. On peut ainsi lire ou entendre parfois : « l’Aïkido, le Karaté et le Judo sont enfermés dans leur discipline, nous, on est un mélange des trois de telle sorte qu’on peut s’adapter à toute situation… la preuve, dans l’ultimate fight, c’est toujours quelqu’un de notre discipline qui gagne ». Des propos de ce type sont simplement faux et erronés. Tout art martial, quel qu’il soit, se pratique dans un contexte donné avec des codes et des règles bien loin des conditions du combat réel. Sorti de ce contexte, le plus habile des pratiquants peut se retrouver totalement déboussolé et perdre ses moyens. Par ailleurs, on confond la technique et l’individu. Dans une situation de combat, c’est l’individu qui est déterminant, son tempérament, son histoire : il y a des enfants bagarreurs, des enfants qui, par nécessité parfois (et malheureusement), ont développé un instinct de survie tel, qu’au-delà de toute technique, ils sont devenus déjà des combattants redoutables. A contrario, dans le cadre d’un ring ou d’un tatami, il suffit de modifier certaines règles pour transformer les conditions du combat et augmenter ou réduire considérablement les chances des uns ou des autres. Le grade, en Judo, représente une triple valeur SHIN (valeur morale, esprit, caractère), GHI (valeur technique), TAI (valeur corporelle). Cette triple valeur peut exister, pour chaque pratiquant, en proportion variable selon l'âge, la santé, le sexe. La valeur SHIN domine L’art de la verticalité et de l’état mental « shisei », « zanshin », « irimi ». et commande les autres. Un pratiquant sans valeur SHIN, et qui posséderait seulement les deux autres, serait un être dangereux et nuisible pour tous, et finalement pour lui-même. 5 Par conséquent, ces ultimate fights n’ont aucun sens, aucun sens du point de vue technique, aucun sens du point de vue moral ni aucun sens du point de vue de l’évolution. Alors que les fédérations s’attachent à éditer des codes moraux, à vanter les vertus éducatives de leurs disciplines, on peut s’interroger sur des professeurs dont l’objectif est d’apprendre à leurs élèves à détruire les autres. Une telle démarche est régressive, elle va à l’encontre même des règles sociales d’une société comme la nôtre où chaque enseignant a un devoir de socialisation et de transmission de ces règles. Eduquer, c’est le but ultime du budo « La nature même du budo est la tradition. La tradition en est le fluide vital. […] Le but actuel du budo, et a fortiori de l’Aïkibudo, m’apparaît n’être ni la guerre, ni la violence, ni même le combat sportif, mais l’édification d’un être humain solidement équilibré et apte à vivre en toute harmonie et à répandre cette harmonie autour de lui. » 2 Tout pratiquant et, a fortiori, tout enseignant d’un budo ou d’un art de combat, quel qu’il soit, doit s’interroger sur le sens de ce qu’il enseigne et sur sa responsabilité vis-à-vis de ses élèves. Le sociologue Loïc Wacquant 4 qui a passé plusieurs années dans les salles de boxe des quartiers noirs de Chicago montre que par l’élaboration de règles strictes, le ring est le lieu de canalisation d’une agressivité exacerbée par une vie souvent prématurément éprouvée par la misère et la violence. Dans des zones de non-droit que les institutions publiques ont très souvent désertées, la 21 salle d’entraînement reste souvent le dernier lieu de sociabilité, de respect des règles collectives et de maintien d’une forme d’autorité. Au fin fond du ghetto, l’entraîneur de boxe est avant tout un éducateur, le club un espace protégé et le ring un espace de maîtrise de la violence. Se dispenser de cette réflexion, c’est faire preuve d’une irresponsabilité patente. Aller à l’encontre de ce devoir éducatif du budo, c’est avoir une approche nuisible d’un art martial dont les vertus peuvent permettre de grandir l’individu et d’en faire un citoyen responsable. Quel gâchis ! ● Christophe Gobbé, 4 e dan, avec la participation de Daniel Dubreuil, 6 e dan Photos Céra Stages d’été dirigés par Alain Floquet : - Temple-sur-Lot (Lot-et-Garonne) du 18 au 23 juillet et du 26 au 30 juillet 2010. - Lagord (Charente-maritime) du 2 au 6 aout 2010. Pour toute information complémentaire, www.aikibudo.com : rubrique les infos pratiques. 1- « Yoseikan Shinto Ryu » terme créé et utilisé par le maître Minoru Mochizuki lors de la rédaction manuscrite du « menjo » exclusif par lequel il décernait le grade de 5 e Dan de Iai-jutsu de Katori shinto ryu à son disciple Alain Floquet. Ce dernier a adopté cette dénomination pour désigner et identifier le Iaï-jutsu de l’Aïkibudo. 2- Alain Floquet, Pensées en mouvement, éd. Budo, 2006. 3- Alain Floquet, Préface d’Aïkibudo, Connaissances élémentaires, éd. Budo, 2007. 4- Loïc Wacquant, Corps et âme, Carnets ethnographiques d’un apprenti boxeur, éd. Agonie, 2000. 5- Code d’honneur et de morale traditionnelle du Collège national des ceintures noires de France.



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