Aïki Mag n°2 jui à oct 2001
Aïki Mag n°2 jui à oct 2001
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2 de jui à oct 2001

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : FFAAA

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 2,4 Mo

  • Dans ce numéro : Saotome Mitsugi, l'harmonie dans la pratique.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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itinéraire AUJOURD’HUI, QUELS CONSEILS DE TRAVAIL DONNEZ-VOUS À VOS ÉLÈVES POUR UNE MEILLEURE PROGRESSION DE LEUR AÏKIDO ? Cette nouvelle approche n’a pas réellement changé mon rapport à l’enseignement ; elle l’a recentré, renforcé, plus particulièrement dans le rapport à l’exigence technique. Il m’a longtemps semblé nécessaire de privilégier, au-delà des formes, un état d’esprit, un sens de l’engagement, du mouvement, une aptitude au déplacement, une capacité à créer disponibilité et service. L’étude technique me paraissait non pas fondatrice, mais consécutive à certains préliminaires. Le travail réalisé, les expériences vécues, les conseils reçus, les explications suggérées ou données, un plus grand recul et une autre réflexion, m’ont aidé à changer de focale, de position, m’ont aidé à repositionner en pensée et en acte l’importance à donner à tel ou tel paramètre. J’ai le sentiment aujourd’hui d’appréhender avec plus de globalité et d’équilibre, même si les résultats ne sont pas toujours à la hauteur de mes attentes, les différents aspects du problème posé par l’élaboration d’un geste, sans pour autant privilégier, un axe au détriment d’un autre. 14 Une véritable indépendance, une véritable ouverture à soi, aux autres, me semble toujours résider dans l’acceptation d’un certain rapport à l’existence. Mais ce rapport ne peut se structurer sans des bases techniques solides, qui portent en elles les fondements d’une pratique, et qui par le cadre normatif volontairement établi, exclut un univers de pensées posé a- priori. Les conseils donnés à mes proches pourraient tenir dans ce célèbre proverbe japonais : « Entre par la forme et sort de la forme ». Ils vont à la recherche, à la construction, à l’étude, à l’approfondissement des principes fondateurs de la pratique. Ils vont également à la prise de distance par rapport à sa propre pratique, au non–attachement à certaines données, attitudes ou certitudes. Ils vont aussi et surtout à la fidélité, à l’engagement, à la prise de responsabilité et à l’honnêteté envers eux-mêmes et ceux qui guident leur parcours. Ces conseils ne sont pas réellement formulés, mais plutôt suggérés. LE TRAVAIL AVEC LES ARMES TRADITIONNELLES DE L’AÏKIDO VOUS SEMBLE-T-IL UNE PRIORITÉ ? Tout phénomène d’apprentissage qu’il soit corporel ou cognitif est le fruit d’un contexte culturel spécifique, déposé sous forme d’expérience et conservé sous forme d’habitudes et de savoir-faire. Le travail et l’étude des armes s’inscrivent à mon sens dans cette perspective de recontextualisation de l’Aïkido. Au-delà du langage et de l’activité réflexive propre à notre système occidental de référence, se joue l’émergence d’une intelligence pratique, cette capacité du corps à invoquer le passé pour produire des actions nouvelles et des conduites qui échappent directement à l’action logique de l’entendement. En un mot, la structuration proposée par le travail des armes vise l’avènement d’une conscience corporelle non pas issue initialement de la pensée, mais point de départ fondateur d’une certaine façon de penser le monde en général. Au-delà de la savante combinaison qui naît de l’approche conjuguée des armes et des techniques à mains nues, du plaisir et de l’exaltation qui en résulte, l’originalité de cette étude renvoie à l’héritage inestimable du Budo, inscrit la pratique Aïkido dans un processus traditionnel de transmission et l’enracine dans une modernité sans pareille. Photos Cyrille Cosmao
QUELLE TECHNIQUE ENTRE TOUTES, VOUS PARAÎT PLUS FON- DAMENTALE ? Plus qu’une technique spécifique, c’est la déclinaison de différentes techniques à partir d’un principe de base qui me paraît fondamental en Aïkido. Cette compréhension induit la globalité au détriment de la singularité, centre la gestuelle autour d’un axe fondateur et favorise une lecture des réalisations techniques en termes d’adaptation et de transfert. EN CES TEMPS DE PARITÉ, QUELLE PLACE FAITES-VOUS À LA PRA- TIQUE FÉMININE ? La pratique de l’Aïkido incorpore dans sa conception une dimension « positive » et « négative » du mouvement, une vision « Yang » et « Yin » de l’énergétique, une « masculinité » et une « féminité » des comportements. A ce titre, la question de la parité ne se pose pas comme en politique. Elle existe de fait, par nature. La sincérité, la droiture, le courage ne sont pas des vertus essentiellement masculines.Les femmes pratiquent l’Aïkido, et leur engagement qui n’a rien à envier à celui des hommes, enrichit la pratique. EST-IL CONCEVABLE DE FAIRE ABS- TRACTION DE SOI-MÊME, DE SON EGO, SUR LE TATAMI COMME DANS LA VIE QUOTIDIENNE ? Si l’on considère l’étude martiale sous l’angle de l’entraînement du corps et de l’esprit, une pratique quotidienne oriente l’existence vers une reconnaissance intime de ce que l’on est. La présence à ce que l’on fait ici et maintenant, la conception sousjacente de l’altérité induite par l’organisation technique, les principes éthiques qui charpentent la démarche Aïki favorisent l’élévation de la personne humaine dans le champ de ses possibles. La pratique rejoint l’humain et à la dimension physique, s’articulent dans le cours d’une vie, des aspects relationnels et spirituels pour une recherche de sobriété et de simplicité. Cette recherche à travers l’Aïkido est une ascèse permanente, et comme toute ascèse qui implique l’humain dans sa relation au monde, elle n’échappe pas à cette « Plus qu’une technique spécifique, c’est la déclinaison de différentes techniques à partir d’un principe de base qui me paraît fondamental en Aïkido. » constante existentielle qui consiste à triompher de son ego pour faire émerger l’être dans sa plénitude. L’ÉTUDE D’UN ART MARTIAL TEL QUE L’AÏKIDO SE RÉFÈRE SOUVENT À « L’ESPRIT GUERRIER DU SAMOU- RAÏ », CELA VOUS SEMBLE-T-IL EN ACCORD AVEC LE MESSAGE DE PAIX CONÇU DANS LES DERNIÈRES ANNÉES DE SA VIE PAR O SENSEÏ MORIHEI UESHIBA ? On parle souvent de « l’esprit samouraï » ; mais qu’est-il vraiment ? L’expression d’une époque où s’incarnaient au sein d’un corps constitué, un idéal de fidélité, d’abnégation et de loyauté ? La qualité de ce corps constitué qui autour d’une représentation sociale donnée, exaltait courage, sens de l’honneur et du sacrifice ? Le fondement d’une culture martiale qui donne sens à l’engagement et qui fait du renoncement un acte d’éternité ? Cet esprit est sans doute tout cela à la fois, mais qu’évoque-t-il réellement aujourd’hui pour un pratiquant qui voit pointer les contours du troisième millénaire ? Il est pour moi le miroir d’une conscience spécifique, le reflet d’une foi insatiable qui traverse les siècles et qui fonde toute démarche d’accomplissement humain.Il est cette inspiration, ce rapport intime à la vie qui oriente et rend possible cet accomplissement. La création de l’Aïkido s’est nourrie de cet « esprit Samouraï » dont Maître Ueshiba était le dépositaire. Mais la foi de ce dernier a transmué le renoncement à soi-même en offrande à autrui. Ce que O Senseï a laissé à l’humanité à travers la pratique, est une vision d’un monde apaisé en absolu de toute situation de conflit. Il nous a laissé les clefs pour traiter ces conflits et transformer un système d’opposition en un monde d’échanges et d’unité. Cette approche ou du moins ce que je peux en comprendre me rend bien souvent perplexe quand je regarde autour de moi, et quand j’analyse mes propres comportements. O Senseï nous a confié les clefs, il ne nous a pas donné le code et les combinaisons s’avèrent multiples… quand la clef ne casse pas ! ❁ 15



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