Aïki Mag n°2 jui à oct 2001
Aïki Mag n°2 jui à oct 2001
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2 de jui à oct 2001

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : FFAAA

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 2,4 Mo

  • Dans ce numéro : Saotome Mitsugi, l'harmonie dans la pratique.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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itinéraire philippe corre LA VOIE DU DON C’est à Quimper que Philippe Corre, 4ème dan, se consacre aujourd’hui à la diffusion de l’Aïkido. Fidèle à l’enseignement de ses maîtres, il développe un art martial emprunt de nuance et d’harmonie veillant scrupuleusement à ne pas s’éloigner du message fondamental de Morihei Ueshiba. AQUEL MOMENT DE VOTRE ITI- NÉRAIRE AVEZ-VOUS DÉCIDÉ D’ÉTUDIER L’AÏKIDO ? CELA CORRESPONDAIT-IL À UNE NÉCESSITÉ ABSOLUE, QUELS SOU- VENIRS ET PRINCIPES GARDEZ- VOUS DE CETTE PÉRIODE ? J’ai découvert l’Aïkido à une période de ma vie où certaines grandes questions existentielles se posaient avec force : la vie, la mort, l’engagement, la foi… De cette période, je retiens la découverte d’une atmosphère spécifique créée par une conjugaison de paramètres (la pratique, les pratiquants, le maître) qui unissaient en un lieu donné, le Dojo, un effort, un savoir et une transmission. Mon rapport à la pratique s’instaura sous l’ordre de la fascination : fascination pour le discours d’un ami et pour ce qu’il était devenu grâce à son investissement dans la pratique. Sans lui, je n’aurais sans doute pas mis de mots sur mes actes, je n’aurai pas perçu le sens d’une tradition, l’importance d’une transmission, le respect d’une filiation. Fascination également pour ce Dojo que le professeur avait contribué à façonner, aboutissement d’une recherche, d’un engagement personnel. Son espace de pratique avait une âme, il en était l’incarnation. Il avait réussi à faire de ce Dojo un lieu d’étude, de travail, porteur d’énergie, de convivialité, et mobilisateur de conscience. 12 Fascination enfin pour l’engagement physique et technique qui émanait de la pratique, pour la sobriété, l’élégance et l’aisance qui se dégageaient des mouvements exécutés. Conscient que l’imitation et l’action pouvaient s’articuler afin de m’aider à appréhender la réalité sous le couvert du geste, je laissai mes interrogations initiales sans réponses, et rentrai dans la pratique avec l’enthousiasme de quelqu’un qui pense avoir trouvé un chemin pour guider ses pas et éclairer son quotidien. AVEC QUELS MAÎTRES AVEZ-VOUS PRINCIPALEMENT ÉTUDIÉ ? J’ai pratiqué avec Toshiro Suga avant de découvrir Maître Tamura que j’ai suivi dans la mesure de ma disponibilité aux quatre coins de l’hexagone. Ces deux personnages me paraissaient de par leur origine, les dépositaires de cette tradition martiale que je souhaitais appréhender. Je me sentais donc conforté dans mes choix, malgré les multiples dissensions idéologiques et politiques qui émaillaient la vie de la région. Je me sentais conforté dans mes choix, parce que mes amis proches semblaient confortés eux aussi dans les leurs et que cette convergence d’idées était source d’exaltation, de confiance et de travail. PARLEZ-NOUS DES PRINCIPALES CARACTÉRISTIQUES DE LEURS ENSEIGNEMENTS. J’ai pratiqué pendant environ quinze ans dans un système de codification qui faute d’en connaître un autre, me convenait parfaitement et au sein duquel j’ai pu donner forme à un ensemble de réalisations. La fidélité à des engagements, le sens d’une discipline et le respect d’une filiation équilibraient le cours de ma démarche. Je ne peux pas dire qu’à un moment précis de mon étude, j’ai consciemment analysé les contenus qui m’étaient proposés. Le problème ne se posait pas alors en ces termes. La conscience Aïkido me paraissait Moment magique en Bretagne ou la pratique, avec ou sans armes, de l’Aïkido est en phase avec une énergie naturelle remarquable. résider dans une mobilisation plus spontanée, plus intuitive que raisonnée. Le sens d’un rapport au maître me paraissait source unique d’engagement. Cette approche m’a permis d’être naïf quand il m’était bon d’être naïf, d’être respectueux et travailleur quand il m’était bon d’être respectueux et travailleur, d’être actif et engagé quand il m’était bon d’être actif et engagé. Elle a alimenté mes réflexions, les a conjuguées à celles de mes proches, et fait naître toutes sortes d’initiatives et de projets qui ont dans le temps trouvé un cadre d’action et d’expression et favorisé à un moment donné, l’émergence d’une vision moins idéaliste et plus lucide de la pratique. Je pense avoir alors plus intimement reconnu et légitimé, l’idée de rechercher avec plus d’intensité et de discernement, les tenants et les aboutissants de ma propre pratique… et à travers elle de ma propre existence.
DANS QUEL SENS LES PRINCIPES MAJEURS DE L’AÏKIDO ONT-ILS PRÉVALU DANS VOTRE ORGANISA- TION ACTUELLE ? Le chemin parcouru dans la sphère Aïkido a pris peu à peu pour moi valeur d’enracinement, le temps et les efforts consentis valeur d’engagement. Après de multiples expériences d’enseignement à Quimperlé, Lanester, Lorient, la rénovation avec quelques amis d’un premier Dojo à Quimper puis la construction d’un second, je me suis impliqué avec d’autres enseignants de la région, dans la mise en œuvre d’un collectif d’associations : Le Dojo Centre Bretagne (regroupant 380 licenciés) et la création partagée d’un autre Dojo à Carhaix. Au fil des années, fort de l’expérience acquise, ma vision de la pratique s’est transformée, m’aidant à approcher l’existence sous l’angle d’une quête, d’une rencontre de soi, de l’autre, de l’exprimable et, ou de l’indicible. L’exaltation des premières années, a laissé la place à une plus grande retenue, une plus grande humilité. Si la terminologie utilisée : sincéritéfidélité- intégrité se veut la même qu’aux premiers instants ; elle se préfère pensée d’une manière éthique et animée d’une foi sans partage. Soucieux de prolonger la quête, d’appréhender une union plus intime de conscience, de décision et d’action, désireux de découvrir un autre système de codification et de référence, j’ai un jour franchi la porte du Dojo de Vincennes. La rencontre avec Christian Tissier, renouait avec cette vision intérieure et antérieure d’une expérience personnelle conjuguée à un lieu, nourri de recherche, de travail et d’accomplissement humain. Je me retrouvais presque 15 ans en arrière, à ma première entrée dans un Dojo. Les jeux étaient faits, une étape s’était achevée. Une nouvelle étape pouvait commencer. Je me faisais une idée du travail. Je pensais avoir un sens de la pratique, avoir compris le rôle attribué à tous et à chacun. Et je découvrais, un autre regard, un autre langage, une autre réflexion, une autre construction technique et humaine élaborée avec intelligence, compétence, rigueur et indépendance. J’éprouve aujourd’hui une grande joie d’avoir pu pénétrer un jour dans ce Dojo de Vincennes. J’éprouve une profonde gratitude envers Christian Tissier qui m’a permis de venir reconsidérer ma pratique et découvrir une réalité que je ne soupçonnais pas réfléchie de la sorte. J’éprouve toutefois quelques regrets, celui d’une part de ne pas avoir franchi plus tôt cette porte et de n’avoir pu, avec quelques années de moins, appréhender les exigences et le travail de Christian Tissier, sous le couvert d’une pratique plus régulière et « Après de multiples expériences d’enseignement à Quimperlé, Lanester, Lorient, la rénovation avec quelques amis d’un premier Dojo à Quimper puis la construction d’un second, je me suis impliqué avec d’autres enseignants de la région, dans la mise en œuvre d’un collectif d’associations… » plus intensive. Mais la vie est ainsi faite, et le chemin de chacun appartient à chacun. Les épreuves surviennent à des moments où le cours des choses semble pourtant vouloir les ignorer. Il en va de même des rencontres. L’approche de la pratique proposée à Vincennes et la rencontre avec bon nombre de pratiquants de grande valeur, français et étrangers, m’ont tout de suite séduit et interpellé. Ils m’ont incité à réorganiser l’étude, à me replonger dans les fondamentaux, à redéfinir ma pratique, à reconsidérer l’idée que je me faisais de moi- même et de la compréhension que je pensais avoir de l’Aïkido. Je me suis non seulement senti tout de suite concerné par ce qui m’était proposé de travailler, mais aussi immédiatement engagé dans un processus de transmission, émanant d’une sincérité, témoignage d’un rapport profond et essentiel à la vie. « Il faut persévérer dans son être, si on veut être homme », disait Spinoza. C’est ce que j’ai l’impression d’entendre quand je rencontre Christian Tissier ; c’est ce que j’ai envie de faire dans la mesure de mes capacités et de la compréhension que je peux en avoir. Ce précepte me remplit de force, de volonté, mais l’ampleur de la tâche m’anéantit parfois. 13 Photos Cyrille Cosmao



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