Aïki Mag n°2 jui à oct 2001
Aïki Mag n°2 jui à oct 2001
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2 de jui à oct 2001

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : FFAAA

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 2,4 Mo

  • Dans ce numéro : Saotome Mitsugi, l'harmonie dans la pratique.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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entretien Le travail des placements, une notion de distance précise sont des aspects fondamentaux de l’efficacité des techniques d’Aïkido. 10 N'oublions pas pour autant l'entraînement physique. Il est le même pour tous, apprentissage des chutes, répétitions inlassables des techniques, transpiration, bleus, incompréhensions, femmes et hommes ont les mêmes difficultés. Après bien des années de pratique, vous avez décidé d’enseigner votre art, quels sont vos apports spécifiques pour cette transmission ? Je ne pense pas apporter de spécificité particulière dans mon Aïkido, mais par rapport à mon gabarit il y a des aspects que je travaille et enseigne en soulignant fortement la nécessité. Apprendre les techniques et les respecter sans cesse avec un maximum de justesse et sans précipitation. Puis travailler le déséquilibre pendant l'action afin que la puissance ou la force qui vous fait face soit déstabilisée. Le Tai sasaki permet de maîtriser la distance et d'entraîner Uké dans une dynamique qui l'empêche de reprendre ses appuis. Enfin, maîtriser son placement, pour effectuer les techniques dans une attitude la plus juste et la plus pure possible. Sans oublier, la bonne compréhension du rôle de Uké. Après l'apprentissage des chutes, son travail d'attaquant, qui sans montrer de l'agressivité doit donner un certain moteur à la réalisation des mouvements et rester dans cette dynamique jusqu'à la fin de la technique. Il doit réaliser le danger potentiel que représente Tori durant tout le temps de l'action. Tout ceci est bien difficile à réaliser et à transmettre mais avec de la patience et de la volonté… Faut-il privilégier certaines techniques plutôt que d’autres ? Ce n'est que mon avis, mais le travail rigoureux de certaines techniques permet d'appréhender mieux l'étendue des techniques, comme Ikkyo, qui est le mouvement fondamental des techniques de contrôle. Une fois maîtrisée la forme d'entrée de Ikkyo, on pourra aborder les différents contrôles qui s'en déclinent : Nikyo, Sankyo, Yonkyo, Gokyo. Irimi-nage où la fluidité des mouvements exprime le mieux le cercle et la spirale. Les déplacements de Tori amènent Uké si près de lui qu'ils se confondent et ne forment plus qu'un seul corps. Shiho-nage où le travail de sabre d'O-Senseï s'exprime dans toute sa pureté. Entrer dans la saisie de Uké, pivotercouper. Le partenaire est constamment déstabilisé et ne peut que suivre le mouvement. Qu’en est-il des techniques d’armes, que peuvent-elles apporter ? Morihei Ueshiba consacra une partie de sa vie à étudier les armes, particulièrement le sabre. C'est ce qui explique que l’on reconnaît certaines similitudes entre l'art du sabre et l'Aïkido : position de garde, déplacements, distance entre les 2 partenaires. Mes maîtres se servaient d'armes (sabre, couteau, jo) pour expliquer certaines techniques et l'attitude à adopter par rapport aux dangers potentiels qu'elles représentent. Suivant l'arme utilisée les techniques étaient abordées sous divers aspects d'où une infinie richesse de forme. Pendant mes cours, lorsque j'utilise un tanto, je me rends compte que l'attitude de mes élèves change : plus de réalisme, de concentration. Uké devient plus vigilant et comprend mieux le sens de la technique et rentre tout naturellement dans la spirale où l'entraîne Tori. Quant au ken, la répétition des coupes permet de travailler les postures tout en procurant une musculature propre à l'Aïkido. Des exercices simples effectués à deux en se déplaçant correspondent à certaines techniques et déplacement d'Aïkido. A travers ces coupes et ces exercices, on apprend aussi à se servir de ses mains comme d'une arme ou plutôt comme si on tenait constamment le ken entre ses mains. Les mains évoluent libres, mais respectent les
formes de coupes et de saisies du ken, dans un but non pas de destruction, mais pour donner à l'Aïkido une forme épurée où la technique jaillit dans une pureté semblable à la coupe de ken. Certains affirment que la principale efficacité en Aïkido se trouve dans son concept de selfdéfense, plus que dans ses formes d’attaque, est-ce votre avis ? De part sa philosophie faite d’échange, d'harmonie et d'amour, l'Aïkido n'attire pas de pratiquants dont les combats et la victoire sur un advesaire sont les principales motivations, et donc pour la plupart des aïkidoka les attaques sont reléguées au second plan, ce qui peut être compréhensible au début de l'apprentissage. Mais plus on pratique, plus on s'aperçoit que le moteur de l'action vous est donné par votre Uké. Et là, les attaques prennent leur vraies dimensions. Elles doivent donc être travaillées et étudiées, non dans un but destructeur où il faut absolument montrer sa force, mais pour permettre à son partenaire d'évoluer, d'affiner sa vision, d'avoir une attitude toujours plus correcte, réagir au moment opportun. Et c'est en progressant ainsi, que les deux partenaires travaillant chacun l'attaque et la défense arriveront au niveau, où leurs rôles deviendront interchangeables dans l'instant, étant à l'écoute l'un de l'autre. Aujourd’hui, l’Aïkido de Morihei Ueshiba est en constante évolution, cela vous convient-il ? Pour moi, il ne peut en être autrement. O'Senseï lui même n'a pas pratiqué le même Aïkido toute sa vie. À la fin de celle-ci, toutes ces techniques se résumaient à Irimi. Le deuxième Doshu, Kishomaru Ueshiba, a joué un rôle très important de catalyseur dans l'évolution de l'Aïkido. Il en a codifié toutes les techniques et c'est cet Aïkido que nous connaissons aujourd'hui. Je pense aussi que les pratiquants, chacun à son niveau, sont les maillons de cette chaîne de l'évolution de l'Aïkido. De nombreux élèves attirés par cette voie philosophique, d'amour et d'harmonie, ont vu évoluer leur pratique. Après de nombreuses années d'un entraînement sérieux et rigoureux, l'ouverture du corps et l'union "corps-esprit" se réalise. C'est à partir de ces sensations nouvelles que les élèves sont partie prenante de cette évolution. Les enseignements personnels de votre pratique sont-ils transmissibles à vos élèves ? Oui, je pense qu'on peut effectivement transmettre son approche personnelle de l'Aïkido. Mais avant d'enseigner le contenu de ses propres recherches, il faut d'abord apprendre à ses élèves les bases techniques, qui, elles, sont immuables. "Poser les fondations", cette première étape est la plus importante, ensuite on peut se permettre de faire passer les résultats de ses recherches. Ce parcours est long, mais je pense que c'est le bon chemin pour apporter liberté et vie dans la pratique. L’art martial se réfère souvent à « l’esprit samouraï », est-ce en accord avec le message de paix de l’Aïkido telle que l’a voulu O’Senseï Morihei Ueshiba dans les dernières années de sa vie ? Derrière ce message de paix que nous a légué O sensei, il y a tout un processus de transformation personnelle que doit accomplir le pratiquant. Cela passe par un entraînement physique long, répétitif, parfois fastidieux, qui pourra mettre le mental à rude épreuve. C’est durant ce long travail d’apprentissage que l’élève va se confronter à lui-même, défier son ego et lors de ces face-àface ; il découvrira son potentiel, sa force, pourra évaluer sa volonté ; ainsi se mettra en œuvre son évolution psychologique et spirituelle qui le mènera peu à peu à une plus grande maîtrise de son corps, de son esprit, vers l’harmonie recherchée, vers une forme de paix intérieure. Il est probable que le samouraï en son temps n’avait de cesse d’améliorer sa pratique du sabre comme sa maîtrise intérieure. Les valeurs du Bushido, code de référence des samouraïs, mises au service des Daimyo, sont aussi celles des adeptes de notre pratique : loyauté, fidélité, courage etc. Tous ces points ont en commun, avec nous aïkidoka, la volonté d’élever toujours les conditions morales de notre vie, par la méditation, le travail sur soi, pour établir l’harmonie du corps et de l’esprit. ❁ 11



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