Aïki Mag n°19 déc 09 à mai 2010
Aïki Mag n°19 déc 09 à mai 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°19 de déc 09 à mai 2010

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : FFAAA

  • Format : (210 x 285) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 3,7 Mo

  • Dans ce numéro : kinomichi, au regard de la tradition.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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entretien Monique Giradoz - Yolande Sanchez pas été sans retombées sur ma vie sociale et privée. Afin de justifier auprès de mes proches mes déplacements incessants et nos rendez-vous manqués, l’idée m’est venue de comparer Christian Tissier à Garry Kasparov, le joueur d’échecs. Je me suis souvenue de l’analyse d’un journaliste qui me permettait d’étayer ma thèse. Il expliquait que toute la différence entre Garry Kasparov, meilleur joueur d’échecs au monde à cette époque et le second, bien qu’excellent lui aussi, résidait dans son génie. Et bien voilà, pour moi, Christian Tissier a du génie dans sa pratique et il est incontestablement ma référence en sa qualité de sensei. Depuis, je n’ai cessé de participer autant que possible à ses stages mensuels de Vincennes autant qu’en province et à l’étranger, entre autre à Turin que j’affectionne particulièrement en raison des amitiés qui y sont nées. À quel moment avez-vous décidé de vous lancer dans l’enseignement et la création d’un club ? MG : L’envie s’est installée au fil du temps. La proportion hommes/femmes en tant que pratiquants étant de 70 pour 30%, il en va de même, voire moins, pour le nombre d’enseignantes que j’avais l’occasion de rencontrer au gré de mes déplacements. Et c’est lors d’un stage à Annecy, justement animé par une femme, Micheline Vaillant-Tissier, que je me suis décidée à franchir le pas : son exemple me montrait le chemin. Mon 2 e dan en poche en février 2006, j’ai réussi le Brevet Fédéral en mai 2007 puis, galvanisée par les encouragements de mes amis, j’ai enchaîné avec le tronc commun en formation continue et les stages de préparation au Brevet d’État, obtenu en novembre 2007. Parallèlement, je côtoyais Yolande Sanchez en stages de ligue et privés et nous avons été présentées par maître Christian Tissier dont elle est l’élève, sachant qu’elle allait déménager dans ma région. Nous étions sur la même voie et son bagage technique était une véritable mine Ils sont venus nombreux au stage inaugural dirigé par Marc Bachraty. d’or pour moi. Depuis son arrivée en Haute-Savoie, grâce à sa proximité qui multiplie les occasions, j’ai la chance de pouvoir me nourrir de son expérience, sans modération. Bien que nos parcours soient très différents, nos discussions à bâtons rompus ont mis en évidence notre désir commun d’enseigner. Dès le début de la saison dernière, nous avons présenté un dossier motivant notre recherche de dojo, auprès de nombreuses mairies et c’est la municipalité de Cranves-Sales qui nous a mis sur les rails. En effet, un magnifique complexe sportif était en cours de réalisation et, sur le conseil de Monsieur le Maire et de son responsable des sports, nous avons pris contact avec les professeurs d’aïkido en place depuis de nombreuses années, Jean-Michel et Rodolphe Pevel. Notre arrivée au Budokan de Cranves-Sales est née de cette belle rencontre. Nous avons adhéré sans mesure à l’état d’esprit que la famille Pevel souhaitait voir perdurer dans ce club qu’elle a créé et développé avec passion. Dans le climat de confiance mutuelle qui s’est établi, ils nous ont choisies pour leur succéder et nous assurons conjointement les cours depuis septembre 2009. Nous sommes très heureuses et profondément reconnaissantes de l’opportunité qui nous a été offerte. Notre rêve devenu réalité, nous nous engageons activement dans la promotion de notre passion. En effet, après le stage d’inauguration du 27 septembre dernier animé par Marc Bachraty, c’est Michel Erb que nous aurons le plaisir de retrouver à Cranves-Sales le dimanche 13 décembre 2009 de 9h à 13h, puis à nouveau Marc Bachraty les 28, 29 & 30 décembre 2009. L’année prochaine, nous organisons la venue de maître Christian Tissier, en collaboration avec Christine Paubel, professeur d’Aïkido à la MJC de La Roche-sur-Foron qui dispose d’un dojo de 450 m², où nous le recevrons le dimanche 11 avril 2010 pour un stage de 9h à13h. YS : L’envie d’enseigner m’a très rapidement investi. Dans mon premier club, après une année de pratique intensive je suis devenue l’assistante du professeur pour les cours enfants et adolescents. Il savait que 8...Pour une meilleure compréhension nous montrons en parallèle la même technique dans un travail de base et une application ; chacun est ensuite libre de pratiquer l’une, l’autre ou les deux formes démontrées je souhaitais enseigner et m’a donné l’opportunité par cette expérience de confirmer que j’aimais transmettre et partager mon savoir, si petit soit-il. L’objectif étant défini, j’ai présenté le Brevet Fédéral en 1994. Pour cela j’ai assisté à deux écoles des cadres, celle d’Ile-de-France avec Bernard Palmier et celle de Poitou-Charentes avec Jean-Michel Merrit car je trouvais intéressant de voir deux styles d’enseignement différents, basés sur les mêmes principes fondamentaux. En 1998, sans dévier de la ligne de conduite que je m’étais fixée, j’ai passé le Brevet d’État d’Éducateur Sportif 1 er degré Aïkido en candidat libre à Marseille. À mon arrivée dans la région d’Annemasse, cette envie d’enseigner ne m’avait pas quittée mais mes obligations familiales et professionnelles ne me permettaient pas de prendre en charge un club à part entière. J’ai côtoyé Monique dès mon arrivée ne serait-ce qu’à travers notre quête commune dans le sillage de maître Christian Tissier et nous nous sommes rapidement appréciées et rapprochées. Quand elle m’a proposé
d’enseigner, j’ai mûrement réfléchi puis adhéré à cette excellente idée et nous avons décidé de nous associer. Quel est l’intérêt d’avoir deux professeurs dans un même club ? YS et MG : L’enseignement de l’Aïkido est basé sur des principes immuables d’un professeur à l’autre. Seuls les moyens ou techniques utilisés pour les mettre en application sont personnalisés par l’éducateur. En tant que « tandem instructeur » cet échange est très enrichissant et nous nourrit mutuellement en alternant les rôles de pédagogue et d’élève, alors que sur le plan de l’apprentissage pur, une approche différente permet de faire progresser un plus grand nombre de personnes en fonction des aptitudes de chacun. L’adaptabilité est un des principes de base de l’Aïkido qui permet de s’enrichir de nos différences, partenaires ou professeurs. Nous mettons l’une et l’autre systématiquement en valeur autant le rôle de tori que celui de uke et nous étudions invariablement ces deux aspects d’une même technique. D’un point de vue purement pratique dans le cadre de cette activité bénévole, cela nous permet de nous remplacer afin de palier à nos obligations professionnelles ou autres, et de poursuivre régulièrement notre formation en stage le week-end, puisque notre club offre un cours le samedi matin que nous dispensons à tour de rôle. Christian Tissier, Marc Bachraty, des sensei de référence pour Monique et Yolande. Quels sont les principes qui sous-tendent votre pratique ? YS et MG : Sans attaque il n’y pas de technique d’Aïkido possible. Nous insistons donc beaucoup sur l’importance du rôle de uke : Celui-ci doit avant tout s’engager dans ses attaques, mais surtout il doit apprendre à subir les techniques, à se placer pour préserver son intégrité et, de cette façon, rester en contact permanent avec tori, ce qui lui permettra de le contrer à la moindre opportunité. Dans notre club, le travail de base se concentre sur la décomposition de la technique afin de mettre en évidence chaque point-clé (déplacement, placement, déséquilibre), en indiquant avec précision le but à atteindre, ce qui justifie nos attentes en tant qu’enseignantes. La coopération entre uke et tori est incontournable dans ce genre de travail et nous répétons constamment à nos élèves qu’ils doivent pratiquer ensemble et non l’un contre l’autre. Cette consigne prend tout son sens quand un débutant travaille avec un gradé ; ce dernier, par son positionnement donnera la sensation du bon placement pour la réalisation de la technique. N’oublions pas que l’apprentissage passe par le corps ! Notre rôle en tant qu’enseignantes est de donner confiance à l’élève dans sa capacité à appréhender les techniques que ce soit dans son rôle de uke ou de tori, avec en toile de fond la profonde conviction que l’on ne s’améliore en tant que tori que lorsque l’on progresse simultanément dans le rôle de uke. Avez-vous mis en place un programme de progression particulier ? YS et MG : Non, pas de programme à proprement parler. Nos cours sont structurés selon le schéma suivant : une grande partie est consacrée au travail de base, nécessaire et indispensable pour progresser, mais qui exige une grande rigueur et dont l’aspect répétitif peut paraître quelquefois ennuyeux malgré la bonne volonté des élèves, et nous alternons souvent avec des juwaza pour dynamiser nos cours Pour une meilleure compréhension nous montrons en parallèle la même technique dans un travail de base et une application ; chacun est ensuite libre de pratiquer l’une, l’autre ou les deux formes démontrées. Afin que les élèves aient tout le loisir d’expérimenter les différentes techniques et de s’exprimer librement dans leur pratique, les quinze dernières minutes sont consacrées au randori. C’est un moment très attendu de tous, où tout est permis sans toutefois ne jamais perdre de vue la notion d’intégrité. Rien n’est cependant figé ; nous nous adaptons à notre 9 public et c’est en fonction de la progression des élèves sur l’objectif défini pour le cours que nous choisirons le thème du suivant. Le travail des armes est aussi important puisqu’il permet, entre autres, de mettre en évidence des axes, des placements… Les cours d’armes auront lieu à partir du mois de décembre, le temps d’organiser le prêt du matériel afin que chaque élève puisse y participer. Quels sont les pièges à éviter pour ne pas dénaturer l’Aïkido ? YS et MG : L’expérience dans l’enseignement nous manque pour développer ce sujet mais nous avons notre idée sur la question : l’Aïkido est un art martial qui prône la non-violence, le règlement d’un conflit d’une façon mesurée, non par faiblesse mais par magnanimité, plutôt que d’envisager le « matraquage » de son adversaire. C’est ce fil conducteur que nous utilisons dans nos cours. Pour une fois, en tant que femmes et enseignantes d’un art martial, nous avons un réel avantage. En effet, au vu de notre gabarit, rien n’est plus simple pour nous de démontrer que la technique est beaucoup plus efficace que l’usage de la force physique. L’évidence s’impose d’elle-même aux élèves à savoir que la solution réside dans la non confrontation et la communication. Nous sommes d’autant plus crédibles, dans notre position de sexe « dit faible » à travers nos démonstrations, où chaque élève peut s’identifier et surtout se rendre compte que cet art martial est accessible à toutes et tous. C’est là que la philosophie de l’Aïkido prend tout son sens. ● Propos recueillis par Albert Wrac’h Photo de Monique et Yolande en couverture avec l’aimable autorisation de Laurence Durand



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