Aïki Mag n°19 déc 09 à mai 2010
Aïki Mag n°19 déc 09 à mai 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°19 de déc 09 à mai 2010

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : FFAAA

  • Format : (210 x 285) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 3,7 Mo

  • Dans ce numéro : kinomichi, au regard de la tradition.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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entretien Monique Giradoz - Yolande Sanchez La ligue de Rhône-Alpes vient d’enregistrer la création d’un nouveau club d’Aïkido au dojo de Cranves- Sales, né de l’association remarquable entre Monique Girardoz 4 e dan et Yolande Sanchez 3 e dan. Entretien avec deux aïkidokates passionnées qui ont franchi avec succès un parcours de combattantes. l’union fait l’én Comment êtes-vous venues à L’Aïkido ? Monique Girardoz : Adolescente, je souhaitais vivement pratiquer un art martial, en vain, mes parents s’y sont opposés catégoriquement, ce type d’activité n’étant, selon eux, « pas pour les filles ». À défaut, j’ai négocié âprement des cours d’équitation que j’ai obtenus à la seule condition de les financer moi-même. C’est quelque quinze ans plus tard, lorsque j’ai renoncé à pratiquer ce sport pour protéger mon fils des allergies que je suis revenue à mes premières amours et qu’une amie m’a fait découvrir l’Aïkido dont j’ignorais l’existence. J’ai été séduite par la convivialité qui règne sur le tatami. L’absence de compétition au sein de cette discipline et la pratique commune sans distinction de grade, d’âge, de sexe et de poids, les confirmés participant à l’apprentissage des débutants, sont autant d’éléments qui favorisent cette ambiance. J’ai immédiatement pris conscience de la difficulté à se déplacer dans l’espace sous la contrainte d’un partenaire. Mon expérience de quinze ans en tant que cavalière me permettait de maîtriser ma monture, mais ne m’a été d’aucune utilité face à moi-même. L’Aïkido m’a appris avant tout à me remettre en question et à discipliner mon corps. De plus, tout en améliorant la condition physique, il développe indéniablement des qualités mentales telles que la patience (envers soi-même et les autres), l’indulgence, le respect de l’intégrité d’autrui… Pendant les treize années qui ont suivi cette première fois, je me suis entraînée chaque semaine sous la houlette de Daniel Coneggo, professeur à Thonon-les- Bains et Président de la ligue Rhône-Alpes qui m’a dispensé son meilleur enseignement. Au sein de son club, j’ai eu la chance de trouver une équipe de pratiquants animés par la même envie d’apprendre et de s’amuser, des gradés qui m’ont aidée à progresser pour évoluer à leur niveau, dont Roger Cloux, mon sempaï qui a toujours trouvé les mots pour me porter plus loin. Dès le début, j’ai assisté à de nombreux stages dans la région, grâce aux encouragements des élèves expérimentés. Ils proposaient toujours aux débutants de les accompagner et je me souviens de l’importance de leur présence rassurante lorsque nous sortions du club pour nous confronter à l’inconnu, prenant le risque de perdre le peu d’assurance gagné dans notre cocon. 6 Peu à peu, on acquiert la maîtrise de soi et dès que l’appréhension des chutes s’estompe, ces stages deviennent un réel plaisir. Yolande Sanchez : D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours été attirée par les arts martiaux, par le côté initiatique et le chemin à parcourir. S’approcher d’un but dont les images sont transmises par le sensei motive un investissement personnel et une pratique assidue. À 19 ans, je voulais faire du Kung-fu. C’est pourtant en allant m’y inscrire que je suis tombée sur une affiche publicitaire vantant les mérites de l’Aïkido. Ce club se trouvait près de chez moi. J’ai donc décidé d’assister à un cours donné par Pascal Durchon (professeur à Éragny-sur-Oise). Dès les premiers instants, j’ai senti que cet art martial me correspondait parfaitement par les règles qui le régissent comme la volonté de non-violence et le principe de non-opposition. De plus, le message véhiculé et le fait que chacun puisse progresser à son propre rythme sont autant d’éléments qui me parlent. La diversité des partenaires (sans catégorie de poids, d’âge, de sexe) améliore la capacité d’adaptation, sans oublier
le développement de valeurs qui me tiennent particulièrement à cœur à savoir le respect d’autrui, le courage, la modestie, la maîtrise de soi, l’échange avec l’autre. D’autres notions plus concrètes telles que l’équilibre, la disponibilité, le rythme, la coordination physique et mentale occupent également une place importante dans le développement du pratiquant et, comme les précédentes, font l’objet d’un investissement personnel sans mesure et de remises en question fréquentes. Encore aujourd’hui, je pense que l’Aïkido permet l’accomplissement de l’être humain. C’est une façon de concevoir la vie, de l’aimer et de la respecter. Je me suis donc investie rapidement et intensément pendant les premières années en assistant, en plus des cours, à de nombreux stages. C’est dans ce cadre que j’ai rencontré Marc Bachraty qui est devenu un réel soutien pendant mes premières années de pratique. Ensemble, nous avons vécu des moments inoubliables notamment en suivant maître Tissier. Nous étions jeunes et nous partions en stage aussi souvent que nos moyens limités nous le permettaient. Notre engouement nous accompagnait et nous nous souvenons avec joie des nombreuses anecdotes qui ont émaillé notre parcours (camping sous la pluie…). C’est toujours avec autant ergie de plaisir que je pratique avec Marc et que je participe à ses stages car Il fait partie de mes références. Après seulement trois semaines de pratique, sur le conseil de mon professeur, j’ai décidé de participer au stage de Yamaguchi sensei à Paris. J’ai été étonnée du nombre de participants. Nous étions 300, peut-être plus, mais c’était très impressionnant. J’ai été enthousiasmée par son sourire et fascinée par la fluidité de son déplacement. Il me donnait l’impression de glisser sur les tatamis. Après tant d’années, ces images sont encore gravées dans ma mémoire. Suivez-vous un sensei en particulier ? YS : C’est lors de ce stage que j’ai rencontré mon sensei actuel Christian Tissier. Une révélation ! Il avait cette forme de travail qui me correspondait. Cette explosion contrôlée, une telle précision… Sa recherche et sa constante évolution font que je continue à suivre son enseignement avec autant d’intérêt. J’ai d’ailleurs une anecdote sur ce premier stage. Pascal Durchon m’avait parlé de maître Tissier. Il évoluait en tant qu’élève et je me suis décidée à l’inviter ; me voilà, novice, traversant le tatami pour saluer Christian Tissier sensei ! Il me demande de commencer… Mais je n’avais pas reconnu la technique (kote gaeshi) ! Il me propose de l’attaquer… Mais je n’avais pas retenu l’attaque ! Un vrai moment de solitude ! Mais il a été « charmant » et m’a donné les explications me permettant de travailler. Dès lors, j’ai décidé de suivre maître Tissier en stage tant en France qu’à l’étranger et, plus tard, de m’inscrire à ses cours à Vincennes où j’ai pratiqué pendant une dizaine d’années. Depuis mon déménagement en Haute–Savoie, je reste en contact avec son enseignement, par le biais des stages. La voie qu’il propose, sa recherche du geste pur, sa précision, son placement, ses déplacements sont devenus les fondements de ma recherche. Je sais depuis longtemps déjà que c’est le travail d’une vie, de ma vie, même si le chemin à parcourir est encore long. Pour tendre vers cette perfection, tels des stakhanovistes de l’Aïkido, nous répétons sans cesse les mêmes gestes, nous reproduisons les mêmes techniques, pour les intégrer, les investir, les faire vivre, leur donner corps dans l’espoir de s’approcher du geste parfait, sans heurt, sans résistance, dans la souplesse… Nous accédons au monde de la sensation. MG : Au seuil du premier dan, j’ai éprouvé le besoin d’élargir mon horizon. J’avais eu l’occasion de rencontrer maître Christian Tissier en province ou en Suisse, et c’est tout naturellement vers son enseignement que je me suis alors dirigée. Je me suis jetée à l’eau lors d’un stage de Pâques à Vincennes soit trois jours de pratique avec 250 personnes sur le tatami, toutes nationalités confondues et surtout, une concentration impressionnante de ceintures noires. Je suis maintenant convaincue qu’en guise de baptême, il n’y avait pas mieux, même si sur le moment j’étais tétanisée, et je vous assure que le mot n’est pas trop fort ! Ce fût pour moi à la fois un choc et une révélation. Un choc car j’ai pu mesurer le chemin parcouru pendant mes années d’entraînement, mais également constater que j’avais tout à apprendre et qu’une vie n’y suffirait pas. Ne dit-on pas que l’on est débutant à partir du premier dan ? Une révélation car la définition du but à atteindre était précise, le discours limpide, les explications détaillées et d’une logique implacable. Intellectuellement j’étais apte à assimiler ces informations, mais je restais toutefois dans l’incapacité de les mettre en application. Ainsi, pendant cinq ans, j’ai fait le voyage Genève/Paris tous les mois pour m’entraîner à Vincennes. J’avoue avoir fait le forcing, la peur au ventre pour travailler avec les hauts gradés, d’autant que les places étaient 7 Monique Girardoz, Yolande Sanchez dans leur pratique. chères car je n’étais pas la seule à venir de province ou de l’étranger pour les solliciter. Aujourd’hui encore, j’ai une légère appréhension sur le tatami de Vincennes même si je connais maintenant la plupart des élèves. Mon apprentissage a été chaotique, semé de nombreuses périodes de découragements, mais chaque embryon de progression m’encourageait à persister dans la voie que j’avais choisie, sûre que c’était cet aïkido là que je voulais pratiquer. Je suis toujours sur ce chemin et petit à petit il se dégage. Cet investissement temps et énergie n’a bien entendu



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