Aïki Mag n°19 déc 09 à mai 2010
Aïki Mag n°19 déc 09 à mai 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°19 de déc 09 à mai 2010

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : FFAAA

  • Format : (210 x 285) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 3,7 Mo

  • Dans ce numéro : kinomichi, au regard de la tradition.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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Aïkido Tout comme l’homo sapiens qui était dans la martialité pour survivre, nous aussi, « homo modernus », nous faisons de la martialité sans le savoir, le plus naturellement du monde et sans y réfléchir une seconde, à une seule condition, c’est que notre vie soit menacée… Et c’est aujourd’hui encore ce qui nous permet de rester vivant, comme autrefois, si ce n’est que les prédateurs et les dangers ont changé. Prenons un exemple que tout le monde sans exception saura apprécier pour y être confronté plusieurs fois par jour… Lorsque nous sommes piétons et que nous nous apprêtons à traverser une route, à franchir un passage clouté, à attendre que le feu passe au vert, la foule d’informations que capte et classifie notre cerveau par ordre de priorité est incroyable dans un laps de temps de quelques secondes, pour passer immédiatement à un autre contexte et ainsi successivement, sans la moindre fatigue et avec une naturalité instinctive digne des premiers hommes. Comme quoi, c’est la notion de danger qui créait dans un premier temps la martialité. Dans ce contexte, debout sur le bord du trottoir, nous analysons tout ce qui se passe autour de nous, le bruit, la lumière, la climatologie, la densité humaine, le trafic, l’état de la chaussée… puis quand nous nous décidons à traverser, le danger sur quatre roues se faisant plus précis, nous analysons le véhicule, son état général, sa puissanl’homme préhistorique DDepuis son apparition l’hominidé a suivi un processus évolutif qui englobe de nombreux paramètres mais que l’on pourrait réduire à un seul : sa faculté incroyable d’adaptation au milieu. Depuis la nuit des temps il est imprégné de ce désir de « survivance ». Pour y arriver, son comportement devait à l’aube de l’humanité être martial, c'est-à-dire d’une vigilance instinctive pour affronter tous les dangers de la préhistoire et s’en prémunir. À cette époque l’homme était considéré par d’autres espèces animales comme une proie potentielle. Habitué à changer de biotope au cours de son évolution et à être en permanence sur le qui-vive, il a sans doute développé une prédisposition génétique à la martialité que l’actualité ne dément malheureusement pas. Zanshin et gaeshi ou vigilance et adaptation existent depuis l’origine des temps. C’est grâce à eux que nous sommes là aujourd’hui… À eux seuls, ils définissent la précarité de notre existence et sous-entendent la lutte pour notre survie. L’observation aidant, l’homme préhistorique ajoutera au fil des temps l’anticipation, ce qui lui permettra de développer encore davantage son adaptation. Cela ne vous rappelle rien ? C’est de l’Aïkido. Vigilance, adaptation, anticipation. Avec une différence de taille, c’est qu’aujourd’hui nous sommes dans le rituel alors qu’avant nous étions dans la survie, nous y sommes toujours dans certaines parties du monde… et le Japon des samouraï n’est pas si loin. Hallucinant ! Depuis que l’homme est sur terre, les conflits terrestres n’ont jamais cessé, provoquant des milliers d’années de survivance pour des millions d’hommes… pendant lesquelles il a dégagé des trésors d’ingéniosité pour liquider son prochain. Ce que ne font jamais ou presque les mammifères d’une même espèce animale... De la guerre à la paix En fait, nous sommes les seuls êtres vivants à n’être pas entrés dans l’équilibre naturel de notre planète…Il semble que si les extraterrestres existent… l’homme pourrait très bien être en tête de liste… Les arts martiaux japonais codifiés et sportifs sont nés de cette violence que l’on a essayé de canaliser Depuis les temps les plus reculés, bien avant même la Guerre du feu, l’humain a développé des techniques de combats… Peut-être même en s’inspirant des techniques de chasse des animaux qui l’entouraient, la vigilance, l’adaptation, etc. grâce aux compétitions et aux règles toujours plus strictes. L’Aïkido d’O sensei apparaît plus tard et émerge lui aussi de cette violence en bannissant la compétition et en remplaçant le jutsu par le do. C’est cela qui est d’ailleurs fascinant dans l’Aïkido d’O sensei, il ne s’oppose jamais, il absorbe et dissout l’agressivité en harmonie avec ce qui l’entoure, sans heurt, spontanément. Une révolution pour l’époque. Il est donc entré dans le rythme naturel de l’univers. Et c’est cela aussi qu’il nous est si difficile d’intégrer car nous sommes beaucoup plus proche de l’homme préhistorique que d’O sensei… Cela ne nous empêche pas de pratiquer et d’en retirer beaucoup de plaisir, le but étant de tendre vers… l’excellence. Mais pour cela il faut la sueur du tatami, le respect des principes de base, laisser faire le temps sans brûler les étapes, être à l’écoute de son corps et de celui de son partenaire. Je me permets ici un aparté sur la lenteur des mouvements quand on pratique les arts internes chinois. Au début, on a un mal fou à ralentir les gestes, à respecter tous les préceptes essentiels, on veut aller vite, très vite…c’était mon cas. Hors, il n’y a que dans la lenteur ou l’extrême lenteur maintes fois répétée que la clef pourra tourner dans la serrure. Il en va de même pour l’Aïkido, même si nous pratiquons à « vitesse réelle », il faut rechercher cette lenteur dans la rapidité, qui est en fait la résultante de la coordination des principes de base, zanshin, anticipation, adaptation, distance, respiration, rythme etc … et qui débouche sur la fluidité, l’aisance, l’élégance, l’harmonie, l’efficacité à 16 quelque vitesse d’exécution que ce soit. C’est notre vigilance qui nous permet de prendre la mesure des choses, des risques, du danger. Le kaeshi dans l’Aïkido, comme dans la vie, c’est, pour moi, l’adaptation au sens large dans notre capacité à lire les ouvertures et les fermetures, mais aussi à contourner un blocage en adaptant la technique s’il le faut. En fait le kaeshi est dans la nature même de l’être humain, fidèle à ses origines : résister à ce qui est imposé, contester l’ordre établi, retourner une situation, ne pas se laisser faire, se glisser dans l’ouverture. À consommer avec prudence sans se laisser griser par des envies de revanche, en oubliant l’harmonie recherchée. L’homme moderne fait-il aussi dans la martialité ?
faisait-il de l’aïkido ? ce, sa vitesse et nous essayons de capter le regard du conducteur pour en déduire sa volonté de s’arrêter ou celle de brûler le feu rouge. Là, la communication muette est intense, le piéton comme le chauffeur se jaugent et un rien dans la posture de l’un ou de l’autre créera l’action adéquate. La martialité est ici à fleur de peau et nous le savons, la martialité c’est d’abord se protéger soi même. Le résultat, si le danger se confirme, sera un brusque retrait en arrière de tout le corps, comme un hikiashi sur un suihei kiritsuke en Iaïdo. (Un pas en arrière sur une attaque horizontale au sabre). Regardez avec vos yeux ! Cette captation du regard est primordiale en Aïkido et dans les arts martiaux en général. Le regard c’est l’intention, et l’intention précède l’action, donc ne soyez pas trop confiant et ne perdez jamais le regard de votre partenaire. Cette vigilance précise deviendra avec le temps plus globale pour prendre en compte une silhouette, puis le partenaire dans son environnement, puis tous les facteurs susceptibles de perturber notre action, sans oublier bien sûr le paramètre souvent le plus dur à analyser… nous-même… avec notre génétique bien particulière, notre expérience, nos doutes, nos peurs, notre stratégie, notre ego. L’interrupteur de ce regard périphérique, c’est le danger. Notre vue se brouillera légèrement, mais notre angle de vision sera beaucoup plus grand, nous aurons dès lors des réactions instinctives et des capacités d’anticipation. Le piéton, comme uke, doit garder la relation avec le risque qui se rapproche, sans cette vigilance il y aura accident ou lésion. La preuve en est que le plus grand nombre d’accrochages de piétons en ville (des milliers chaque année) survient sur les passages cloutés. Sans doute le fait d’avoir la priorité endort notre attention et nous déconnecte de la réalité. C’est ce qui se passe d’ailleurs aussi en Aïkido pour tori et uke, déconnectés eux aussi de ce qu’est une attaque authentique. Plus le corps sera relâché, plus l’analyse immédiate de la situation sera rapide et la réponse adaptée. Notre cerveau reptilien donnera le meilleur de lui-même. 17 Vous devez vous demander à ce moment du récit, c’est bien beau tout cela mais que veut-il nous dire ? Ceci : nous avons développé ci-dessus l’homme préhistorique, tout comme le piéton moyen est capable dans des circonstances précises de réagir instinctivement pour sa survie. Mais qu’en est-il pour nous aïkidoka ? Non pas pour critiquer notre manière de pratiquer, mais plutôt pour essayer de bousculer le conformisme et pour savoir si ces notions de zanshin et de kaeshi, chères à nos ancêtres, sont toujours d’actualité dans les différents rituels de nos dojos. Il n’y a pas que tori qui fait de l’Aïkido, uke aussi ! Le fait de définir un attaquant et un défenseur, et c’est très bien, nous enferme dans une pratique établie qui peut nous tromper. Nous savons par avance que rien ne doit venir perturber notre mouvement… et si c’est le cas c’est la faute de uke… Ne trouvez-vous pas que nous sommes là loin de la réalité ? Nous rapprochons souvent l’Aïkido de la vie de tous les jours, comme je l’ai fait moi-même plus haut, mais celle-ci est pleine de surprises. Les situations auxquelles nous devons nous adapter ne sont-elles pas aussi variées, nombreuses, répétitives parfois et souvent contrariées ou incontrôlables. Il n’y a pas là de faux-semblants. Autant dans la vie que sur le tatami nous réagirons, en harmonie, en opposition, en acceptant, en contournant, en s’énervant, etc. Pourtant, et c’est un fait, les attaques en Aïkido sont variées et nombreuses, pas moins d’une trentaine, là n’est pas le problème. En fait, nous apprenons à uke à suivre du mieux possible, mais dans la passivité, pour nous installer plus confortablement dans nos certitudes, et, bien sûr, il est hors de question qu’uke fasse preuve d’initiative. Que restera-t-il des fondements de l’Aïkido dans quelques années si nous continuons dans cette voie ? Car l’évolution de notre art depuis le début du siècle est indéniable. Amusez-vous à regarder des CD ou des vidéo clips sur You Tube et à étudier les postures des uke. La plupart, après la première attaque, subissent tête illustration : Claude Seyfried



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