Aïki Mag n°18 jun à nov 2009
Aïki Mag n°18 jun à nov 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°18 de jun à nov 2009

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : FFAAA

  • Format : (210 x 285) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 2,5 Mo

  • Dans ce numéro : aïkibudo, Alain Floquet, 50 ans de ceinture noire.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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AÏKIDO jutsu et do Il est clair que l’aspect martial est très marqué avec le yari et le juken et que le jo permet une plus grande richesse de situations en travaillant avec les deux extrémités de l’arme. O Sensei y ajoutera une dimension spirituelle de plus en plus marquée comme le kata misogi-no-jo. Quelle illustration de cette évolution que les photos de O Sensei pratiquant avec un éventail contre un ken à la fin de sa vie ! La mise en avant du jo est un choix pédagogique. C’est une arme parfaitement complémentaire du bokken et plus riche en situations pédagogiques que le yari et le juken. Pour le bokken : garde classique à droite, deux mains quasiment fixes, arme tranchante donc pas besoin de puissance et orientation de l’arme dans l’espace, distance spécifique. Pour le jo : garde classique à gauche mais les deux sont possibles, les deux mains peuvent bouger, inversion possible des extrémités grâce aux symétries de l’arme, pas de tranchant donc besoin de puissance, déplacements plus longs, distance spécifique plus longue. 1- 2.4 La transmission Ce qui apparaît d’emblée à la lecture de Budo, c’est la très grande structuration de la méthode de Morihei Ueshiba. Après une introduction générale, il en présente les éléments : Méthodes d’entraînement : irimi, tai no henka, irimi-tenkan, entraînement shomen, entraînement yokomen, techniques de main, entraînement aux techniques arrières. Les directions d’attaques, les situations de travail sont privilégiées par rapport à un simple catalogage de techniques. Il s’agit d’une véritable méthode organisée autour d’exercices progressifs : gardes, déplacements, principes, techniques fondamentales, armes, exercices pour développer la puissance du ki, etc. La dimension pédagogique est évidente. Le travail sur katate dori tenkan (tai no henka) bien connu des pratiquants est l’un des premiers exercices démontré. Sur la photo, O Sensei effectue le travail en ne mobilisant que sa main saisie. Morihiro Saïto remarque que plus tard, O Sensei effectuait cet exercice en mobilisant les deux mains. La justification qu’il donne est d’ordre pédagogique. Deux systèmes de références et d’appels co-existent dans Budo, ils concernent les déplacements/enchaînements et les immobilisations. Les cinquante exercices du livre sont numérotés et lorsque l’un d’eux présentent un déplacement déjà utilisé, il est rappelé par son numéro d’apparition. Par exemple, dans l’exercice n°9, il est noté « comme expliqué dans le 5 e enchaînement ». Les immobilisations n’ont pas de nom, O Sensei leur attribue une numérotation. Exemples : « Ceci est l’immobilisation n°1 (dai ippo) » ou « Ceci est l’immobilisation n°2 (dai niho) ». On entend souvent que c’est le deuxième doshu Kisshomaru Ueshiba qui est l’auteur de la nomenclature actuelle. C’est en grande partie vraie comme nous le verrons plus loin mais O Sensei avait clairement à l’esprit la préoccupation de structurer la discipline sur un support qui pouvait avoir sa propre existence. Les témoignages que nous possédons confirment qu’il utilisait rarement des noms de techniques. « Le fondateur ne nomma précisément les techniques que dans ses dernières années » rapporte Morihiro Saïto. 6 Sans existence hors du dojo d’O Sensei, ce n’était pas le propos. Il s’agissait d’expérimenter dans l’instant et auprès du fondateur, les valeurs et principes au moyen des techniques. Nul besoin de les nommer. Hors du dojo et de la présence du fondateur, il faudra savoir de quoi on parle et donc leur attribuer un nom. 2- Du ryu à une fédération Un double mouvement accompagne le développement de l’Aïkido : le cheminement du jutsu vers le do et l’augmentation des pratiquants ; d’abord dans le dojo, ensuite au niveau national puis international. « Avec le temps et l’accroissement du nombre de pratiquants, il devint nécessaire de définir des règles de conduite à l’intérieur du dojo. Un jour que des élèves gradés allèrent trouver le fondateur pour lui exposer le problème, il sourit et dit : « Ainsi, les temps ont changé ! «. Il prit une feuille de papier et écrivit rapidement six règles. » C’est Kisshomaru Ueshiba qui relate cet événement de 1935.
Tori initie la technique par une double menace (face et côtes). Ces règles sont toujours d’actualité mais on était encore à l’intérieur d’un ryu. Comment accompagner l’augmentation du nombre de pratiquants et leur éloignement physique du fondateur ? C’est une question que s’est posée O Sensei. Il existe une photo remarquable de 1955 réunissant O Sensei et Kisshomaru dont la légende est : Le fondateur et le Doshu débattant du passé et de l’avenir de l’Aïkido lors d’une discussion mémorable qui les amena tard dans la nuit. C’est probablement cette nuit là qu’O Sensei prît une des décisions les plus importantes concernant sa discipline en choisissant de l’ouvrir et de la partager : abandon du secret, démonstrations publiques, publication de livres, envoi de sensei dans d’autres pays, montée en puissance de la structure Aïkikaï, construction d’un nouveau Hombu dojo, etc. Ce n’était pas le choix de son cœur, lui qui répétait : « Je ne suis pas un administratif ». Ce double mouvement conduisit à la naissance de la Fédération Internationale d’Aïkido créée en 1976. Après la mise en place d’une organisation capable d’accompagner le développement mondial de l’Aïkido, il fallait, en complément, réfléchir à une codification pour enseigner au plus grand nombre tout en conservant une cohérence et une unité dans la discipline. C’est lors de la publication de son premier ouvrage en 1957 que Kisshomaru Ueshiba met en place une nomenclature : « Le nombre de pratiquants d’Aïkido augmente rapidement dans le monde entier. Cela me serait une joie immense si cet ouvrage pouvait aider ceux qui s’entraînent loin du dojo central (sic) en les aidant… ». Il n’est pas le seul à faire face à cette nécessité. Envoyé en France par l’Aïkikaï en 1952, Tadashi Abe a la même réflexion et publiera en 1958 avec la collaboration de Jean Zin ce qui est sans doute le premier ouvrage sur l’Aïkido en France : « …adapté par une codification à l’esprit Occidental, chose qui était très difficile à réaliser pour un Japonais… ». La comparaison des deux ouvrages est instructive car les propositions des deux experts sont différentes. Dans la dédicace faite par Kosshimaru Ueshiba dans le second ouvrage de Tadashi Abe (1960), il se plaint de dissidents : « Des nuages obscurcissent nos espoirs en Europe car certains organismes ne suivent pas la voie tracée par notre maître. » Et Tadashi Abe de rajouter : « Toutefois, il est regrettable de voir certains clubs mettre cette discipline au service de leur intérêt personnel et surtout pécunier. » Rien de neuf, donc, sous le soleil. 3- « Toujours, étude intense… » Pour résumer cette étude, deux périodes cruciales se détachent dans l’enseignement de Morihei Ueshiba : 1- Les années 1930 pendant lesquelles O Sensei prend conscience de l’évolution des « conditions sociales » et de la nécessaire adaptation de sa discipline. C’est le passage du jutsu au do. 2- Les années 1950 où cette évolution se traduit par une ouverture au monde et ses conséquences dans l’organisation de la discipline. Peut-on conserver un type de transmission « traditionnel » de type i shin den shin dans un budo ouvert sur le monde et ayant l’ambition d’être universel ? La réponse est concrètement non car c’est impossible. Certains le regrettent mais cette transmission nécessite une proximité physique (un dojo) et un engagement temporel auprès d’un sensei (et pas n’importe lequel) qui n’est plus possible pour tous les pratiquants. Le choix d’O Sensei a été sans ambiguïté, il a souhaité rendre sa discipline accessible au plus grand nombre pour construire une humanité meilleure. Cela a impliqué des modifications dans le type de transmission qu’il a accepté même si ce n’était pas « le choix de son cœur ». Globalement, une transmission « traditionnelle » est verticale du maître au disciple, elle existe toujours —dans un club par exemple— mais elle est rarement i shin den shin. Dans la transmission actuelle s’ajoute, en plus, une dimension horizontale concrétisée par la fédération internationale, les fédérations nationales et tous les échanges possibles : stages, inter-clubs, séminaires, etc. Mais plus le message est loin de sa source – et il le sera inéluctablement, plus il risque d’être déformé, fragmenté, dispersé. Une dérive est alors possible. C’est dans ce cadre que doit s’entendre le rôle du doshu. Il est le gardien de la voie, le repère fédérateur qui assure la cohérence de la discipline dans la dimension horizontale. Sans ce rôle, le risque serait une dérive de chaque expression verticale avec au bout du compte des aïkidoka incapables de pratiquer ensembles alors qu’ils sont censés partager la même discipline. L’inverse du vœu 7...Si l’on compare aux techniques pratiquées aujourd’hui, les enveloppes, c'est-à-dire la forme générale des techniques sont les mêmes. Par contre, la réalisation des techniques présente parfois des différences notables... d’O Sensei. Mon hypothèse est qu’O Sensei a eu pleinement conscience de ces enjeux. Il n’est sans doute pas innocent qu’il s’éloignât du Hombu dojo à la fin de sa vie. Il était sans doute préférable pour lui que la transition se fît de son vivant. Faut-il s’initier au Kototama, lire le Kojiki et le Nihongi, être shintoïste, et cætera pour pratiquer et progresser en Aïkido ? Certains pensent que oui. Ce serait la raison pour laquelle les Occidentaux ne pourront jamais comprendre l’essence de l’Aïkido. D’autres pensent que non, sinon il serait même inutile d’essayer de pratiquer. C’est une question importante, qui mériterait sans doute un développement plus large. Essayons de poser le cadre. Kisshomaru Ueshiba écrit : « De plus, le principe de l’Aïkido est le même pour toutes les couches sociales et toutes les races. » Il précise : « En aïkido, il n’y a ni forme, ni modèle. Les mouvements naturels sont les mouvements de l’Aïkido… » L’Aïkido est universel parce qu’il est conforme aux lois de la nature. Pour le dire pompeusement, le principe est immuable mais l’expression est infinie. L’erreur la plus répandue est de confondre le principe de ses expressions. Attention, pour O Sensei, l’Aïkido n’est pas la mise en application des principes de la nature dans un art martial ! Non, l’Aïkido EST la nature. Il est plus facile alors de comprendre l’idée d’adaptation du budo aux conditions sociales qui changent car ce sont les expressions qui évoluent, pas le principe qui est par définition invariant. Budo, seul véritable livre écrit par O Sensei prend alors toute son importance si on le replace dans cette histoire. L’éloignement physique, temporel de plus en plus grand au fondateur nous fait un devoir de travail, non… Du jutsu au do - suite page 11



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