Aïki Mag n°18 jun à nov 2009
Aïki Mag n°18 jun à nov 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°18 de jun à nov 2009

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : FFAAA

  • Format : (210 x 285) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 2,5 Mo

  • Dans ce numéro : aïkibudo, Alain Floquet, 50 ans de ceinture noire.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 4 - 5  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
4 5
AÏKIDO jutsu et do Le cheminement de l’Aïkido dans l’esprit de son fondateur Morihei Ueshiba est passé par différentes étapes avant d’aboutir à la voie d’harmonie que nous pratiquons aujourd’hui. Gillles Rettel, 5 e dan, BE 2 e degré, évoque l’évolution fondamentale du jutsu vers le do. Les textes écrits par O Sensei sont souvent d’une lecture difficile. « Les assertions du fondateur, souvent exprimées dans un styleésotérique qui lui était personnel, n’ont pas toujours une signification très claire. » recon- Q1- Que voit-on dans Budo ? 1.1 Un enracinement profond naît, lui-même, Kisshomaru Ueshiba, son propre fils et second doshu. Les élèves directs avaient, eux aussi, parfois du mal à comprendre comme le raconte Nobuyoshi Tamura : « Il disait : « Ame no ukihashi ni tatete », se tenir sur le pont flottant du paradis. A l’époque on se demandait ce qu’il voulait dire. Aujourd’hui, je comprends mieux […] ». Ce « pont flottant du ciel » (Ame no Ukihashi) c’est le pont dont parle O Sensei dans sa déclaration d’Hawaï en 1961 : « Je construirai à Hawaï un pont d’argent… ». L’utilisation de cette image provient du mythe fondateur du Japon relaté dans le Kojiki (Chronique des faits anciens) et le Nihonshoki ou Nihongi (Annales ou Chroniques du Japon). Ces deux ouvrages – les deux premiers livres du Japon –- mélangent cosmogonie et narration de la naissance, mi-mythologique, mi-historique de l’archipel nippon. Tout au début des ouvrages, Izanagi (ou Izanaki) et Izamani, deux kamis se trouvent sur ce pont, au dessus de la mer primordiale : « … ils plongèrent la hallebarde divine, l’agitèrent en faisant clapoter l’eau. À ce moment-là, les gouttes salées qui tombaient de la hallebarde se superposèrent et devinrent des îles. » C’est la naissance de l’archipel japonais. Cette image du pont est primordiale dans la pensée d’O Sensei et deviendra de plus en plus importante dans son discours vers la fin de sa vie. Le pont permet de relier le passage du jutsu au do dans l’enseignement de Morihei Ueshiba 2 e partie : vers le do deux rives, deux mondes. Il est la « manifestation de la jonction de l’eau et du feu ». Celui qui se tient sur ce pont est un intermédiaire qui évoque l’idée du chaman (signifiant « celui qui connaît »), et qui plonge aux racines du shintô. Le rôle de celui se trouvant sur ce pont est d’établir une relation, une communication sur un mode pacifié, de créer ou de rétablir l’harmonie entre deux mondes. Pour O Sensei, le pratiquant d’Aïkido tente de revivre cette scène originelle et réalise l’union parfaite et ultime : « … en fait tout commence en se tenant sur le « Pont Flottant du Ciel ». » Dans le premier chapitre de Budo —Les enseignements de la voie— les mots « ciel » et « terre » sont cités et associés six fois sur une demie page. Cette concentration démontre l’importance accordée par O Sensei à cette relation entre deux mondes mais il ne parle pas encore du pont. Cette image ne semble s’être imposée à lui que plus tard. Les exemples pourraient être multipliés quasiment à l’infini mais vous l’aurez compris, l’enseignement d’O Sensei s’enracine profondément dans l’histoire du Japon et de sa culture. Les allusions et références explicites et implicites aux Kojiki et Nihonshoki, aux kamis, au shintô, au Kototama, à l’histoire du Japon, au Yamato (Japon ancien), au yin 4 et au yang, au bouddhisme, au confucianisme, et même au christianisme sont permanentes dans ses propos. C’est à partir de cet enracinement culturel, spirituel, intellectuel qu’il va exprimer les valeurs et principes de l’Aïkido. Sans forcément le maîtriser, tous les aïkidoka sont confrontés à cet arrière plan dans la pratique. 1.2 Des signes objectifs d’évolution 1.2.1 Les principes et les valeurs Un des premiers chapitres de Budo s’intitule : Le Principe de l’Unification de l’Esprit et du Corps. Tout est dit. C’est l’un des principes qui va revenir le plus fréquemment. Il était déjà présent dans Budo Renshu : « Le but du bu-jutsu est de former un homme sincère qui a l’unité complète entre le corps et l’âme sans aucune ouverture dans l’esprit et le corps ». Dès ses débuts, le pratiquant actuel est averti, informé de ce fondement de notre discipline. O Sensei donne des exemples concrets pour incarner cette idée d’unification. Un des plus éclairants est celui de la main-sabre (te-gatana). Le dos de la main est « négatif », la paume est « positif ». Les deux côtés représentent deux attributs d’un même principe unifié par le tranchant de la main. Ce sens est toujours bien présent
(ou devrait l’être) dans notre pratique aujourd’hui. Entre les deux livres, séparés pourtant seulement de cinq ans, l’évolution est évidente. Dans le premier, le langage est plus archaïque et très lié au contexte japonais. Beaucoup de métaphores guerrières sont présentes, par exemple : « Le corps humain est un château fort ». La toute première phrase de Budo est : « Le budo est un chemin divin établi par les dieux, qui conduit à la vérité, à la bonté et à la beauté ; un chemin spirituel qui reflète l’absence de limite, la nature absolue de l’univers et les ultimes secrets de la création ». Il est clair qu’O Sensei n’a plus comme seul objectif l’efficacité du jutsu. 1.2.2 Le cadre général, le mode opératoire La situation d’étude de la discipline n’a pas changé. Il s’agit toujours d’un combat, d’un affrontement ritualisé mais O Sensei insiste de nombreuses fois : « Il faut travailler dans la joie ! » Cette indication était déjà présente dans Budo renshu : « Le vrai budo ce n’est pas seulement d’anéantir les ennemis. Il faut faire disparaître volontairement leur antagoniste avec joie. » O Sensei est le premier à mettre en application son précepte : il existe une photo dans la série dite Noma dojo où il réalise une technique en étant franchement hilare. Mais ce qui apparaît clairement sur les photos de Budo c’est la présence des atemi sur pratiquement toutes les techniques. Parfois, il s’agit même d’un double atemi (face et côte) comme c’est le cas sur shomenuchi ikkyo omote (nom actuel). O Sensei écrit à propos de irimi nage : « En combat réel, frappez de toute votre force le visage de l’adversaire ». L’atemi peut être également donné lors de l’immobilisation comme c’est le cas pour ikkyo. L’immobilisation est réalisée en passant une jambe sur le bras du partenaire. Le poids du corps pèse alors sur le bras par l’intermédiaire du tibia. Tadashi Abe précise : « Il m’est très facile si besoin d’asséner un atémi définitif à uke si ce dernier reste encore agressif. » La bonne humeur est essentielle dans la pratique (page de gauche). Immobilisation en posant un tibia sur le bras de Uke (ci-contre). « Attention coup mortel. » précise t-il plus loin. Ces sont des signes relevant plutôt du jutsu, de fait Morihiro Saïto évoque l’évolution de la réalisation de ikkyo : « Dans les dernières années, le fondateur […] saisissait donc le coude du partenaire sans porter au préalable un atemi dans les côtes » et également en parlant de l’immobilisation « …mais plus tard le fon- Ueshiba, le Morihei dateur modifia cette façon de fondateur, en faire ». Mais il ne faudrait pas se discussion avec tromper, si l’atemi n’est plus Kisshomaru marqué, car la destruction n’est Ueshiba le plus l’objectif, il est présent 2 e doshu. potentiellement. L’oublier serait ne plus être dans un art martial et perdre une dimension essentielle de la discipline. Les termes utilisés vont également évoluer. Hanmi n’est pas utilisé par O Sensei pour parler du kamae. Il parle de position roppo qui signifie : six directions. Les termes employés dans les deux ouvrages pour désigner les deux partenaires sont shite et uke. Les plus communs aujourd’hui sont tori et uke ; certains utilisent également aïte. Ils sont également le signe d’une évolution. Cela mériterait un développement à part. 1.2.3 Les techniques Le nombre de techniques démontrées dans Budo est très petit par rapport à l’ensemble de celles possibles. Même en ajoutant les techniques présentes et différentes de Budo renshu et du Noma dojo, le nombre total est assez limité. 166 techniques sont présentées dans Budo renshu : 22 en suwari waza, 13 en hanmi han dachi waza, 98 en tachi waza et 33 en ushiro waza. 50 exercices 5 sont présentées dans Budo incluant des déplacements, des mouvements d’étirement, du travail d’armes : tanto, ken, juken (baïonnette), yari (lance). Entre les deux ouvrages, la différence est énorme : 18 techniques d’étranglement (kubishime) et 25 attaques à la poitrine avec ou sans frappe (mune, mune menuchi, mune to te) sont présentes dans Budo renshu et absentes de Budo. Ces années 30 sont donc fondamentales dans l’évolution de la discipline. Si l’on compare aux techniques pratiquées aujourd’hui, les enveloppes c'est-à-dire la forme générale des techniques sont les mêmes. Par contre, la réalisation des techniques présente parfois des différences notables : la forte présence des atemi déjà discutée ; sur shomenuchi ikkyo omote, c’est shite (tori) qui initie la technique en menaçant d’une double frappe uke ; sur la forme de travail ushiro waza, uke vient saisir directement par derrière, etc. Les armes sont absentes de Budo renshu, par contre dans Budo O Sensei démontrent des mouvements avec tanto, bokken, yari (lance) et juken (baïonnette). O Sensei note « Contre la lance, à la base, les mouvements sont les mêmes que ceux qu’on utilise contre la baïonnette ». Après 1942, le jo remplacera yari et junken. Ce choix est cohérent avec le cheminement du jutsu vers le do.



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :