Aïki Mag n°18 jun à nov 2009
Aïki Mag n°18 jun à nov 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°18 de jun à nov 2009

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : FFAAA

  • Format : (210 x 285) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 2,5 Mo

  • Dans ce numéro : aïkibudo, Alain Floquet, 50 ans de ceinture noire.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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KINOMICHI Lucien Forni...On établit un contact entre deux énergies, quelles qu’elles soient.Cette énergie peut être plus ou moins tonique.On doit se calquer sur elle.Ce qui compte, c’est l’énergie qui vient, c’est unir nos deux énergies... vent cette anecdote : alors qu’il était à Cannes, en 1961, il a observé que la plupart des personnes âgées étaient voûtées, et marchaient avec le poids du corps sur les talons. « J’avais envie de leur crier : réveillez vous ! ». De là est né son projet de réveiller le corps jusqu’aux troisième et quatrième âges. Est-ce que le Kinomichi aurait des vertus thérapeutiques ? C’est certain ! Parce que l’exercice est fondé sur l’étirement en douceur de toutes les chaînes musculaires et sur la mobilisation de toutes les articulations. Parce que l’on prend le temps pour réaliser les mouvements. On apprend tranquillement et doucement au corps à accepter, et surtout, on laisse une grande responsabilité au partenaire et on respecte son rythme corporel. Quelqu’un qui a un blocage dans les épaules, avec plus ou moins de temps, arrivera à se débloquer parce qu’on va lui laisser sa liberté de pratique, sa liberté d’action. On ne va jamais le contraindre à faire. On va toujours lui indiquer le chemin à prendre. À lui de le prendre ou de ne pas le prendre. Mais grâce à la manière dont maître Noro a conçu ses éducatifs, les personnes qui essaient ont envie de prendre ce chemin, parce qu’elles s’aperçoivent au fil du temps que les blocages disparaissent, qu’elles se sentent mieux dans leur corps et, à partir de là, dans leur tête. Et cela d’autant plus que les relations entre pratiquants sont en général très douces, très bonnes. On évolue tous tranquillement avec le sourire et dans la bonne humeur. Maître Noro nous dit régulièrement « Montrez dents ! Avec sourire ! » La notion de contact est donc très importante dans le Kinomichi. Que contacte-t-on, un homme, une femme, une énergie ? On établit un contact entre deux énergies, quelles qu’elles soient. Cette énergie peut être plus ou moins tonique. On doit se calquer sur elle. La difficulté dans le Kinomichi, notamment dans les initiations supérieures, c’est de vraiment arriver à être dans la sensation. Un partenaire qui arrive très vite, il faut pouvoir aller très vite. Un partenaire qui arrive doucement, il faut pouvoir aller plus doucement, sans réflexion. La réflexion est uniquement corporelle, si je puis dire. Donc, établir la sensation dès le départ est très important. Je vais m’adapter et, tous les deux nous allons nous adapter. C’est pourquoi, les notions de masculin et féminin importent peu. Ce qui compte, c’est l’énergie qui vient, c’est unir nos deux énergies, quelle que soit la morphologie. Donc, je ne vois pas de différence. Concernant maître Noro, avez-vous constaté une évolution dans son Art, dans sa recherche ? Seul maître Noro pourrait répondre à cela. En ce qui me concerne, au commencement du 16 Kinomichi, j’ai eu l’impression que maître Noro nous débarrassait de quelque chose, qu’il nous nettoyait le corps, qu’il avait envie de nous reconstruire totalement. Je ne veux pas du tout dire par là qu’il voulait que l’on efface ce que l’on avait appris ! Mais nous devions rendre notre corps de nouveau disponible à une autre évolution de la technique. Il fallait préparer notre corps et notre esprit à évoluer avec les mêmes techniques, mais à évoluer différemment. Cela voulait dire qu’il fallait avoir la patience de recommencer à zéro. Au départ, pendant longtemps, maître Noro nous a fait travailler statiques pour nous faire évoluer dans les postures, pour assouplir notre corps qui s’était durci. Peut-être n’étionsnous pas assez avancés dans la technique ou pas mentalement disponibles ? Maître Noro savait tout cela. Il nous a donc obligés à nous restructurer, c’està-dire à nous assouplir, à nous permettre d’accéder à une espèce de tranquillité physique, pour pouvoir avoir progressivement cette tranquillité mentale. Il fallait lui faire confiance et continuer à pratiquer. Son évolution : une fois que les personnes qui sont restées avec lui ont commencé à évoluer mentalement et physiquement, il a commencé à donner de la grandeur et de l’espace dans la pratique. Cette grandeur, il l’a d’abord donnée dans les postures statiques et, ensuite, il l’a donnée dans les déplacements et dans le travail dynamique. Cela a pris du temps, quelques années. Nous avons donc passé notre temps à travailler cette grandeur, sans pour cela avancer dans un éventail de techniques. Travailler et retravailler les techniques de base. Et puis petit à petit, j’ai remarqué qu’au fil du temps maître Noro construisait une progression. Depuis quelques années, il a établi les programmes d’initiation 4, 5, c’est-àdire que l’on revient vraiment à l’ensemble des techniques fondamentales avec plus de disponibilité, plus de souffle. Je crois que plus on avance, plus on va devoir être disponible et tranquille. C’est ce que j’ai ressenti au travers de mon évolution personnelle. Il y a vingt-cinq ans, je faisais de l’initiation 1 statique, maintenant, je fais de l’initiation 5, dynamique, avec du souffle, avec un travail corporel important, mais toujours avec ouverture, respect du partenaire, accueil, cœur… Concernant la pratique des armes, est–elle particulière dans le Kinomichi ? J’ai du mal à employer le mot « arme » en Kinomichi. On parle de jo, de boken, de iaï. Le boken nous permet de trouver notre équilibre, nos points d’appui au sol. À aucun moment il n’y a attaque. Les mou-
vements sont faits comme dans la technique du Kinomichi : on utilise le boken peut-être pour avoir une plus grande disponibilité et une plus grande confiance. Car avoir un partenaire avec un boken en face de soi pourrait nous déstabiliser alors qu’ici ce n’est pas le cas, la confiance est entière. La canne ou jo, par la manière de s’en servir, rappelle complètement toutes les techniques de Kinomichi. Elle nous permet d’agrandir tous les mouvements, d’avoir encore plus de disponibilité. Maître Noro ne nous apprend jamais de kata que ce soit de boken ou de canne, car pour lui, la répétition de kata n’est pas essentielle pour notre pratique. On doit pouvoir se servir de canne ou de boken à tout moment, pouvoir faire un mouvement avec, mais pas répéter des kata. Concernant le iaï, c’est une manière de pratiquer seul, de sentir son placement, son équilibre, de développer une dextérité mais il n’a pas pour moi une importance fondamentale. On se doit de pratiquer impérativement la canne et le boken, mais pour le iaï, disons que ce serait pour le plaisir personnel, pour acquérir des connaissances. J’ai appris le iaï il y a longtemps, pas de la même manière ; et maintenant j’ai envie de transformer toutes ces connaissances. Tout ce que maître Noro m’a appris il y a trente ou quarante ans ressort maintenant et je dois l’utiliser de manière différente, que ce soit la canne ou le boken. Maintenant j’ai devant moi un partenaire et je fais tout pour ne pas le toucher, pour éviter de lui donner un coup. Cela peut désarçonner les personnes qui nous regardent lorsqu’on a un boken parce qu’elles peuvent croire que c’est pour donner un coup sur le partenaire ou pour l’attaquer, quand ce n’est pas du tout ça. Donc pour moi ce ne sont pas des armes mais des outils pour se développer. Quelles sont les techniques que vous préférez ? Les techniques, je les apprécie toutes. Mais il y en a quand même pour moi trois privilégiées. Les deux premières sont iten, c’est-à-dire shiho nage et itchi, c’est-à-dire ikkyo. Ces deux techniques, on doit obligatoirement les associer l’une à l’autre, un mouvement de ciel (ten) et un mouvement de terre (chi). Tout ce que nous enseigne maître Noro dans le Kinomichi est pratiquement dans ces deux techniques. Elles doivent servir d’échauffement et doivent être répétées des milliers de fois. Les autres techniques viennent ensuite. Elles nous permettent de faire autre chose. Ma troisième technique privilégiée est goten, c’est-à-dire tenchi nage (ciel-terre). Pour moi, dans ces trois techniques il y a tout. Dans tenchi, il y a terre et ciel et lorsque je la réalise avec mon partenaire, j’ai vraiment l’impression d’une union, j’ai vraiment cette perception de mon corps qui est fixé au sol et qui s’oriente vers le ciel. Si elle s’appelle tenchi (ciel-terre), ce n’est pas par hasard. Finalement, c’est ma technique préférée. 17 La réussite des techniques passe par un contact sincère entre les partenaires. Quel est le rôle de l’enseignant de Kinomichi ? Que pouvez-vous nous dire sur l’enseignement du Kinomichi ? Dans l’enseignement du Kinomichi, la formation de l’enseignant est très importante. Un enseignant ne doit pas montrer ce qu’il sait faire, mais ce que les élèves peuvent faire. Ne jamais se montrer ! L’enseignement est quelque chose de très difficile, car nous avons tous nos faiblesses comme nos qualités. Donc, nous ne devons pas vanter nos qualités aux élèves devant nous, mais faire ressortir ce que eux seront capables d’accomplir. La qualité d’un enseignant est de s’effacer, de ne pas être au premier plan mais d’y placer ses élèves et les pousser vers leur maximum de réalisation. Un enseignant se doit, d’abord, d’être toujours présent. Il doit donner l’exemple. Il doit bien sûr avoir des connaissances techniques, mais la technique ne fait pas tout dans l’enseignement. Maître Noro, l’an passé, m’avait déclaré : « Un enseignant doit être reconnu pour sa personnalité, son sens de l’observation, de l’intelligence de progression de son enseignement, pas seulement être un bon technicien ! Bien sûr, il doit connaître sa technique, mais il doit être un bon pratiquant, un bon partenaire et aimer les gens. Ne jamais prétendre détenir la vérité, se mettre au niveau de ses élèves, ne pas juger un enseignant seulement sur sa technique, utiliser sa technique pour montrer et non pas pour se montrer ». Maître Noro répète souvent : « pas la grosse tête ! » En 2006, je le questionnais : « Maître, Je découvre des techniques que je ne connaissais pas, des mouvements qui viennent spontanément… ». Réponse de maître Noro : « Vous avez compris maintenant. Vous êtes à l’étape de création. N’y pensez pas trop, laissez venir. Les mouvements sont dans votre corps. Est-ce que cela vous arrive souvent ? ». J’ai répondu : « Pas trop, mais ils surgissent parfois la nuit. » Maître Noro : « C’est très bien ; ils arriveront de plus en plus ». Développer l’amitié, le respect, créer la joie et l’harmonie dans son dojo font aussi partie des qualités d’un enseignant. La technique est un outil qui est fait pour embellir, façonner, construire, mais mal utilisée, elle peut aussi détruire ! L’enseignant se doit d’être vigilant à construire. Maître Noro nous cite souvent ces paroles de O’Senseï Morihei Ueshiba : « L’Aïkido est amour, et la technique le moyen d’y parvenir ». ● Stage de Kinomichi à Salins-les-Bains : Trois périodes de 5 jours dirigées par Masamichi Noro du 13 au 29 juillet 2009. Renseignements au : 01 44 70 99 39, e-mail : contact@kinomichi.com



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