Aïki Mag n°18 jun à nov 2009
Aïki Mag n°18 jun à nov 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°18 de jun à nov 2009

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : FFAAA

  • Format : (210 x 285) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 2,5 Mo

  • Dans ce numéro : aïkibudo, Alain Floquet, 50 ans de ceinture noire.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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KINOMICHI Lucien Forni VVous avez débuté la pratique des arts martiaux par le Judo, que vous a apporté cette discipline ? Le Judo, c’est loin, c’était en 1958. Il était alors peu connu et paraissait efficace pour des gens faibles par rapport à des gens forts. Efficace, mais aussi très physique. Cette pratique m’a apporté le contact avec les partenaires, qui, à l’époque, était un peu rugueux… Elle m’a permis aussi de savoir comment éduquer et connaître mon corps, comment approcher un partenaire ou un adversaire et comment contrôler sa force. J’ai découvert que j’avais des possibilités de souplesse qui me permettaient de vaincre une force et des poussées beaucoup plus importantes que les miennes. Pour moi qui ne suis pas très grand, ni très fort, l’apprentissage de ces techniques m’a certainement donné une confiance en moi ! Une confiance physique, ainsi que la rigueur, le respect de l’adversaire pendant les compétitions et du partenaire pendant l’entraînement. En quelle année avez-vous 14 commencé la pratique de l’Aïkido ? De 1961jusqu’en 1972-74, j’ai continué en parallèle les deux disciplines. À cette époque Dominique Balta enseignait aux élèves du Judo Club d’Enghien. À l’arrivée de Masamichi Noro en 1961 il est devenu son élève. En 1965 il l’a fait venir à Enghien. J’ai alors découvert maître Noro, sa pratique. J’ai été profondément touché. Cet homme-là avait quelque chose d’extraordinaire dans son corps. Il a montré un mouvement, c’était shiho-nage. Cette élégance dans le mouvement, cette puissance étaient magnifiques ! Je me suis dit que jamais je n’arriverai à faire ça, mais que, peut-être, je pourrais essayer. En plus des cours de Dominique Balta, j’allais dans les stages de maître Noro à Paris, rue de Constance. Entre les cours de Judo et d’Aïkido à Enghien et les stages à Paris, je pratiquais tous les jours. J’ai succédé à Dominique Balta à Enghien en 1974. En même temps, je me suis inscrit régulièrement aux cours de maître Noro, où je me rendais trois soirs par semaine, soit onze heures de pratique, et cela de 1974 à 1979. À partir de 1978 maître Noro m’a confié des cours d’Aïkido dans son dojo. l’harmonie absolue 50 années de pratique martiale, une fidélité sans réserve à son sensei Noro Masamichi, Lucien Forni est un budoka accompli. Rencontre avec un maître qui a placé l’harmonie au cœur de sa vie. De cette période de l’Aïkido, qui était intensive, que vous reste-t-il aujourd’hui ? Une opiniâtreté dans la pratique. La volonté d’aller toujours plus loin grâce à la répétition des mouvements. Le courage devant l’énorme travail pour progresser. Je crois que ce sont ces qualités que l’on doit inculquer lorsque l’on enseigne. La technique n’arrive pas toute seule ! Cela m’a appris à tenir mes engagements vis-à-vis de maître Noro et des gens qui m’entouraient. J’ai appris le respect devant le travail, devant la technique, devant le partenaire. Lorsque l’on est dans un dojo, on entre dans un autre monde, si on veut bien y entrer ! Tout le monde peut bien pénétrer dans un dojo, mais pour moi, on ne peut pas tous accéder à cet « autre monde ». Entrer dans un dojo, c’est respecter tout ce qui s’y rapporte, c’est-à-dire le travail, l’éthique, « sa » place dans le dojo. C’est vraiment un autre monde pour moi ! Parlez-nous de l’enseignement de Masamichi Noro à cette époque ? Était-il purement technique ou avait-il un enseignement spirituel en parallèle ? À l’époque, maître Noro ne parlait quasiment pas. Il montrait les techniques à pratiquer et donnait peu d’explications. Il disait : « Pas de bla-bla ! Regardez et faites ! ». Pour lui, c’était le travail. Une technique, il fallait la répéter des milliers et des milliers de fois : pas de discussions inutiles !
Aujourd’hui, il explique beaucoup, il utilise beaucoup de métaphores pour faire comprendre le sens de la pratique ; alors qu’à l’époque, ce n’était pas faire comprendre, mais faire sentir ? C’est toujours faire sentir, mais à l’époque, on était beaucoup plus centré sur notre technique. Maître Noro donne beaucoup d’explications, mais c’est encore et toujours la répétition du mouvement qui nous fait avancer, c’est l’observation du partenaire, l’observation de maître Noro. Il faut apprendre à observer, et surtout pratiquer, pratiquer et répéter. Donc, pour moi, il n’y a pas vraiment de différence de fond même si, bien sûr, il y a des distinctions ! En 1979 Masamichi Noro décide de créer le Kinomichi. Quels en sont les principes fondamentaux ? Quelles différences avec l’Aïkido ? Pour moi, comme je viens de le dire, il n’y a pas vraiment de différences. La différence technique ? Les mouvements sont les mêmes. Il y a surtout une pratique tout autre. Les principes du Kinomichi ? La première chose, c’est la notion de partenaire et de contact avec celui-ci qui est très importante. Si je parle uniquement du Kinomichi, ce qui est déterminant c’est ce contact avec le partenaire. Mais c’est un contact au sens large. Il se fait même avant de toucher le partenaire. Il s’établit déjà entre pratiquants en entrant dans le dojo : contact avec la salle, avec le tapis, avec le maître s’il est là, avec l’enseignant. C’est, pour moi, le premier contact, empli de paix et de tranquillité. Nous ne pouvons pratiquer le Kinomichi que grâce à un partenaire, sinon, c’est impossible. Le Kinomichi développe cette sensation de travail avec un partenaire, qui n’est possible que par cette recherche de contact réciproque. La deuxième chose, c’est la poussée terre à ciel. Dans l’enseignement de maître Noro, l’énergie circule des pieds vers la tête. Il nous cite souvent l’exemple de l’arbre qui puise son énergie dans la terre par les racines et la diffuse à travers le tronc, le feuillage, jusqu’au ciel. Cette énergie permet l’épanouissement de l’arbre. Il en est de même dans notre pratique. Maître Noro nous dit : « Il n’y a rien de plus beau que le ki, c’est l’équilibre, le rayonnement et donc la paix », « la technique est un outil pour réveiller et manifester le ki ». La troisième chose, c’est l’esthétique des mouvements sur laquelle maître Noro insiste souvent. Il souhaite que les mouvements soient beaux, agréables à regarder. Avez-vous renoncé au caractère plus martial de l’Aïkido ? Renoncé n’est pas le mot juste. J’ai simplement transformé ma manière d’utiliser ma technique par la sensation, la recherche de la spirale et la recherche du souffle. Le Kinomichi est considéré comme un art martial. Pour moi, l’essence de l’Aïkido et du Kinomichi est la même. Tout est question d’utilisation de la technique. Dans différentes disciplines, on peut utiliser la technique à des fins personnelles, mais maître Noro a été formé par Morihei Ueshiba qui a bien dit que sa technique était « Amour » et donc, pour moi, tout au long de ma pratique, il en a toujours été ainsi. Mais la pédagogie du Kinomichi enseignée par À mains nues, avec un boken où au jo, le sourire est constitutif de la pratique. maître Noro n’est pas la même que celle de l’Aïkido, il y a donc bien quelque chose qui a changé ? Dans le Kinomichi, ce qui a changé, c’est la manière d’aborder le partenaire. Disons qu’on s’occupe beaucoup plus du corps du partenaire, de ses positions. On lui laisse le temps, surtout le temps de s’exprimer même s’il n’a pas beaucoup de 15 pratique. Son corps a une manière de s’exprimer, que l’on respecte. Je ne pense pas qu’il y ait d’un côté le Kinomichi et de l’autre l’Aïkido. Pour moi, ce sont deux pratiques qui suivent des routes distinctes mais qui vont au même endroit. Elles n’ont pas la même pédagogie, c’est certain ! Quelle est l’évolution de la relation entre tori et uke ? Cette relation qui suppose un attaquant et un défenseur se retrouve-t-elle dans le Kinomichi ? Pour moi, non. La différence est là aussi. C’est qu’on est alternativement tori ou uke. Le mouvement est réalisé par deux partenaires. C’est difficile d’utiliser encore les termes de tori et uke. À tout moment uke peut se transformer en tori et inversement. Pour réaliser un mouvement, j’ai besoin de mon partenaire non pas pour le dominer ou le mettre au sol, non ! Je veux réaliser un mouvement, je veux faire entrer mon partenaire dans mon espace et, une fois qu’il s’y trouve, nous sommes aussi bien tori que uke, peu importe, car nous sommes dans le même espace et évoluons dans la même sphère, dans le même souffle, dans la même spirale, dans la même sensation. À partir de ce moment, c’est le vide total, il n’y a plus d’agression, plus d’attaque et plus de défense. Il n’y a qu’un mouvement, et maître Noro nous en parle souvent : il existe LE mouvement, UN mouvement ! Maître Noro dit : « Lorsqu’on connaît le mouvement, il n’y a plus de mouvement. Lorsqu’on connaît la technique, il n’y a plus de technique ». À partir du moment où l’on est lié l’un à l’autre dans cet espace ou dans ce souffle, il n’y a plus rien. C’est le vide total. C’est la construction entre deux souffles, entre deux sensations, de cœur à cœur (ki dit l’énergie et shin exprime le cœur). Mais pour cela, il faut pratiquer longtemps ! Lors des Journées portes ouvertes au Korindo dojo, maître Noro rappelle sou-



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