Aïki Mag n°17 déc 08 à mai 2009
Aïki Mag n°17 déc 08 à mai 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°17 de déc 08 à mai 2009

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : FFAAA

  • Format : (210 x 285) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 3,5 Mo

  • Dans ce numéro : entretien avec Dominique Peinturier, le lien fondamental.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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ENTRETIEN dominique peinturier le lien fondamental QQuelle est pour vous la principale dimension de l’Aïkido ? Je rencontre de plus en plus de personnes qui franchissent la porte du dojo, non pour venir apprendre à se battre, à se défendre, mais parce qu’elles ont lu, découvert des ouvrages sur l’état d’esprit de l’Aïkido, sa philosophie. À travers une activité physique non négligeable, elles viennent chercher la maîtrise de soi, le respect. Effectivement même après des années de pratique, cette lente mais certaine métamorphose reste pour moi un enrichissement permanent. De plus, il y a la nécessité de communiquer ces valeurs à l’autre, de les partager pour que naissent un échange, une satisfaction d’accomplir ensemble une technique : un instant d’échange intense. En tant que professeur, il me paraît important aussi d’encourager cet éveil de soi à l’autre, en minimisant l’attrait des grades, en désamorçant rapidement toute tentative de dualité : dominant – dominé, en encourageant dans un esprit chaleureux toute progression. Pratiquer et transmettre dans la joie les valeurs fondamentales de l’Aïkido, voilà le fondement de l’engagement de Dominique Peinturier, 4 e dan, BE 1. Entretien avec une passionnée qui place l’harmonie entre uke et tori au centre de la pratique. 8 Y a-t-il un principe fondamental que l’aïkidoka doit travailler en priorité ? Sans hésitation, le principeIRIMI*. Mais toujours dans le même état d’esprit. Alors il se décompose en deux temps. Dans un premier temps, c’est entrer mais en esquivant la force qui se voulait attaquante-opposante de uke. Il y a donc une recherche d’intégrité de soi de la part de tori. Il se préserve. Dans un deuxième temps, par ce déplacement-placement, tori se retrouve en position favorable pour agir sur uke. C’est là qu’un choix s’opère : la mise en place d’un partenariat - une deuxième tentative d’attaque – un abandon pur et simple – une frappe décisive. C’est à cet instant qu’il y a la prise de décision entre : échange – combat – rupture entre les deux protagonistes. La technique d’Aïkido naît s’ils choisissent le partenariat. J’intègre de plus en plus précocement cette vision aux pratiquants, même débutants. Cela permet de ne pas se tromper de discipline et d’entrer plus acti-
vement dans l’apprentissage de l’Aïkido. Par ailleurs, dans ma pratique, depuis quelques années, c’est le principe KOKYU qui m’interpelle le plus. J’y vois une forme de travail plus pure, plus aboutie, du partenariat. La non contrainte articulaire, l’obligation d’accentuer le rythme, l’assise sur les hanches, le déséquilibre deviennent indispensables pour aboutir à une projection. L’investissement, l’accord entre les deux êtres doivent être plus actifs plus entiers. L’imitation comme technique d’apprentissage vous convient-elle ? Pour les premiers pas d’un aïkidoka, l’imitation me semble une méthode efficace. Copier les autres. Par exemple quand faut-il saluer ? Comment ? Cela permet de s’intégrer rapidement au groupe à travers les rituels du Reïshiki. Concernant les enfants, les nouveaux venus se rendent compte au contact des plus gradés que la turbulence n’est pas de mise sur un tatami. Il y a des règles qui les attirent, les font fuir ou les assagissent. J’interviens exceptionnellement. Copier la technique présentée par le professeur, c’est se mouvoir, faire bouger l’autre, avoir quelques satisfactions dès les premiers cours. Globalement on esquisse une technique. Ensuite vient le besoin de comprendre, d’améliorer. Une phase analytique se fait alors sentir. Quand on a l’impression d’avoir compris le mécanisme, « ça fonctionne », il faut s’obliger de nouveau à l’imitation. Ne pas se cantonner à ses certitudes pour découvrir d’autres formes, d’autres possibilités. La progression passe par ces va-et-vient perpétuels avec parfois un objectif particulier à atteindre comme un passage de grade. Enfin, imiter ne veut pas dire être comme le professeur. Celui-ci est un simple guide sur le chemin de chacun. Le ki est-il au cœur de l’Aïkido ? Il est au cœur du cycle de la vie. Une simple feuille participe à cette énergie globale (croissance – photosynthèse – humus). Je pense qu’un musicien qui fait corps avec son instrument, une soprano qui fait jaillir sa voix sont dans la notion de ki. En général, les arts martiaux cherchent à développer, à maîtriser cette énergie par le biais d’actions brèves et intenses. En Aïkido, j’ai l’impression que le ki devient plus palpable quand uke et tori sont réellement concentrés, centrés l’un sur l’autre. Un transfert de chaleur, une activation (stimulation) du tonus se produisent à travers le contact et le mouvement. Puisque nous sommes partenaires, cela aboutit à une revitalisation de chacun. Où se situe l’harmonie revendiquée ? Avant tout dans la tête. Y a-t-il adéquation dans l’intention, la disponibilité, la confiance ? Il faut qu’il y ait accord entre uke et tori sur ce qu’ils vont construire ensemble. Bien sûr on n’en discute pas au préalable. C’est dans la concrétisation de la technique que l’on atteint ou pas cet objectif. Bien souvent, après le salut, on manifeste sa satisfaction de l’échange par une tape amicale, un sourire, un « merci ». Quel est le lien fondamental qui unit uke et tori ? C’est au niveau tactile que uke et tori communiquent. C’est à travers la création puis la réponse au contact que les partenaires manifestent ce lien. En se rendant plus attentif, la sensibilité augmente. L’action et la réaction s’affinent et rendent ainsi l’échange plus subtil plus harmonieux. Cela est bien sûr de l’ordre de l’éphémère. Alors à chaque fois qu’on salue un nouveau partenaire, on cherche à recréer cette alchimie. En biologie, on dirait que uke et tori doivent chercher à devenir des symbiotes. 9 Établir la confiance entre uke et tori pour construire un Aïkido fluide et harmonieux. La beauté du geste nuit-elle à l’efficacité ? Je pense qu’au lieu d’être opposés, « art » et « martial » sont complémentaires en Aïkido. C’est une recherche permanente d’équilibre entre un idéal et une gestuelle guerrière. On emplit régulièrement les deux plateaux de la balance pour maintenir l’aiguille au centre. Porté par l’absence de compétition et l’éloignement vis-à-vis du Budo, on peut s’attarder sur des valeurs morales (intégrité, respect, sérénité) et esthétiques (rythme, harmonie). Les samouraïs s’adonnaient bien à d’autres arts en période de paix. On recherche un accord entre le mental et le physique pour entrer dans une dimension de « mieux-être ». La pratique de l’Aïkido se poursuitelle hors du dojo ? Un collègue véhément… On le laisse vociférer (esquive, intégrité de soi). Un problème administratif… On sourit, on contourne d’une voix calme (adaptation). Une discussion animée… On écoute attentivement (tolérance) et on exprime son opinion (irimi sans atemi si possible). Ça ne fonctionne pas à chaque fois… C’est pourquoi je retourne régulièrement sur le tatami (rires). Je crois que les échanges qu’on découvre et construit avec les autres dans un dojo dans un contexte défini (Reïshiki, mixité, partenariat, inversion des rôles) améliorent grandement le sens du relationnel et de la communication.



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