Aïki Mag n°17 déc 08 à mai 2009
Aïki Mag n°17 déc 08 à mai 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°17 de déc 08 à mai 2009

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : FFAAA

  • Format : (210 x 285) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 3,5 Mo

  • Dans ce numéro : entretien avec Dominique Peinturier, le lien fondamental.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 20 - 21  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
20 21
LKINOMICHI L’époque moderne nous invite à repenser les rapports entre l’intelligence, toujours dite supérieure, l’affectivité et le corps. Ne pas être dépendant de nos sentiments et de notre corps a été érigé en valeur suprême.Il ne s’agit pas de les détruire mais d’en étioler les manifestations. L’affectivité doit être refoulée. Dans l’univers du bureau, de l’atelier, il faut être précis, froid, logique et d’humeur égale, la règle et la bonne attitude étant de contrôler les émotions et les sentiments qui n’y ont pas leur place. Les sentiments sont réservés, en principe, à la « vie privée », le soir, le weekend. Quant à notre corps, que nous avons bien maltraité au cours des âges, pire est le sort que nous lui réservons. Il semble que l’on ne puisse atteindre les hautes sphères de l’esprit qu’en le trahissant, le contraignant, « le torturant ? », pour mieux le maîtriser. Les axes de travail et de réflexion C’est justement à redécouvrir notre corps que nous invite le Kinomichi, à exploiter son potentiel de sensations, de jouissance et d’équilibre, en prenant simplement conscience de sa totalité. Nous y redessinons un schéma corporel complet où sont inscrites des possibilités d’expression, des sensations revitalisant un corps moribond qui se met en mouvement. Le Kinomichi est un art essentiellement vivant dont l’instrument est le corps même du pratiquant. C’est « Découvrez dans la répétition votre KI, votre énergie. Avec cette énergie vous pouvez aller vers la création de l’espace. » Masamichi Noro au travers de l’entraînement et dans son inlassable réitération que les rythmes du monde s’infusent dans l’être du pratiquant de Kinomichi. Le Kinomichi, tel un violon qui transmet ses vibrations intérieures au violoniste, indissociable de lui-même, exige une participation totale de la conscience à son instrument corps, qui ouvre sur la découverte de soi dans une pratique où s’établit un dialogue avec le partenaire. La recherche d’harmonie à deux dans le mouvement, intensifie le ressenti et l’adhésion à soi-même, où chacun se réapproprie son schéma corporel. Le respect de son corps et le respect du corps de l’autre, c’est notre personnalité retrouvée. Entraîné dans le mouvement du corps total, l’individu se libère de la 20 dichotomie arbitraire entre le corps et l’esprit et se reconnaît dans un tout intégré. C’est à partir de ce moment qu’il peut réellement partager. Ce travail et cette réflexion autour d’une reconstruction de la personnalité intégrée, se concrétisent sur trois axes : 1- La découverte du travail corporel spécifique du Kinomichi, fondée sur les sensations, la perception du mouvement et des lois qui l’organisent. L’objectif est que le pratiquant atteigne l’harmonie avec lui-même et parvienne à l’harmonie avec l’autre. Il affine et structure ainsi la prise de conscience de sa « corporatio », acquiert la maîtrise du mouvement et la confiance nécessaire pour se l’approprier. L’accent est mis sur le plaisir de la découverte du mouvement au travers de l’apprentissage de la technique. Ces repères kinesthésiques sont l’ébauche de la réappropriation corporelle qui se développera par l’habileté progressive dans la pratique. 2- Un corps plus disponible et plus réactif. En libérant les énergies bloquées, le pratiquant découvre et explore les éléments fondamentaux du Kinomichi : l’espace, le rythme et l’énergie. La relation à l’espace, appréhendée comme monde sensible et partenaire de jeu, est un moment essentiel de la prise de conscience du corps animé par le plaisir du mouvement et de l’exploration. Habitant l’espace, le pratiquant s’ouvre à une autre réalité, celle de la créativité, car l’espace, de la relation à soi à la relation à l’autre élément intangible, s’habite en même temps qu’il se crée. Le travail sur l’espace s’inscrit et s’éprouve dans la relation avec le partenaire où s’opèrent simultanément la structuration du pratiquant et celles des acteurs par rapport à lui. Le rythme donne naturellement vie et sens au temps, auquel il est intimement lié. La répétition du mouvement induit un lâcher-prise qui permet à chacun d’aller au bout de son geste et de son extension. Le rythme naît d’un mouvement exécuté à fond et n’appartient qu’à celui qui l’exécute. L’alternance dans le mouvement crée le rythme et soutient la gestuelle, lui conférant un phrasé. L’intention portée sur le souffle, plus précisément sur l’expiration, en relation avec l’harmonie du mouvement, sous-tend cette dynamique du
rythme et donne vie et présence au travail dans l’espace. De l’énergie coule la qualité dynamique du mouvement liée à la sensation née de son propre corps et aux impulsions provenant de celui du partenaire. Elle est en relation étroite avec les forces pulsionnelles et le champ émotionnel. Rappelons, ici, que la pulsion, dans sa définition psychologique, est un concept limite qui assure l’unité du sujet entre le psychique et le somatique dont la coïncidence n’est possible que dans le rythme et le mouvement. L’émotion, étymologiquement, signifie mouvement hors de soi et « sortir de soi », être pleinement présent à soi-même et à son partenaire. Pulsion et émotion sont la métaphore du Kinomichi. 3- Jouer de tous ces éléments et de leurs différents liens. Cette alchimie révèle l’expression et les ressources du corps de chacun. Dans la pratique du Kinomichi, sont d’abord recherchées la justesse et l’harmonie du mouvement. Chacun est invité à découvrir la qualité du geste capable de devenir langage pour soi et pour l’autre. Le côté ludique de la relation n’est pas négligé pour autant, ouverture indirecte, et combien importante, au monde émotionnel. Nous partons d’une attention dirigée sur le corps et non de l’émotion, pour aller vers l’expression par le geste et l’action, dépasser les résistances émotionnelles. L’alternance des positions entre uke et nage offre une autre possibilité de concentration sur le corps et sur la relation physique à soi et à l’autre. La communication ainsi établie reflète à la fois l’aire du réel et celle de l’imaginaire créatif où, d’image en impulsion, chacun s’approprie, par son intégration corporelle, la richesse du Kinomichi. Notre pratique se situe à la croisée de l’éprouvé, de la connaissance de soi et de l’être. En permettant à chacun de redécouvrir son corps, à quels niveaux le Kinomichi participe-t-il au développement personnel de l’individu ? La canne (jo) et le sabre (boken) Dans l’utilisation du jo et du boken en Kinomichi, ce qui importe est d’acquérir une certaine attitude mentale que nous pouvons nommer « sagesse immuable ». Immuable ne signifie pas rigide, lourd et sans vie, mais, bien au contraire, le plus haut degré de mobilité autour d’un centre immuable. Jo et boken utilisés sans jamais les penser armes, deviennent, pour le pratiquant, le prolongement de luimême et de ses possibilités de percevoir l’essentiel du Kinomichi, c’est-à-dire l’unité, l’énergie, l’espace, la spirale d’expansion. Le corps en jeu Le Kinomichi, art martial, est en marge des mots. Il met en œuvre un travail fondé sur l’éprouvé corporel et participe essentiellement d’une pensée non verbale et visuelle, plus proche des processus de perception sensoriels que d’une pensée verbalisée. Notre hypothèse est que la pratique du Kinomichi, surtout dans ses débuts, entre plus particulièrement en résonance avec les temps originaires de la constitution du sujet, laquelle assure la primauté de l’ancrage corporel et peut constituer un support susceptible d’organiser des changements profonds dans notre relation à nous-mêmes, aux autres et 21 au monde. Par ailleurs, en mettant constamment en jeu le corps, l’espace, le rythme et l’énergie, le Kinomichi induit des remaniements de notre vécu, non seulement corporel, mais aussi psychique. De tous nos sens, les sens kinesthésique et visuel sont prioritairement sollicités. Le sens kinesthésique est, par sa nature, un riche pourvoyeur de sensations que la pratique du Kinomichi permet d’explorer et de développer. La pratique en groupe assure des repères spatiaux qui sollicitent et permettent l’élargissement de notre temps visuel. Nous sommes renvoyés à la notion de « bulle », espace intérieur, espace extérieur, où nous trouvons nos limites et notre sécurité. L’espace intérieur ne se conçoit bien que si l’espace extérieur est construit et la structuration de l’espace ne s’opère qu’à travers l’expérience kinesthésique de l’environnement et en fonction de la qualité de la relation établie avec le partenaire. Nous avons souvent observé, chez les débutants, d’abord l’appréhension puis le plaisir de la découverte du déplacement dans l’espace en relation avec le partenaire. La prise de conscience du manque d’aisance dans le déplacement, puis de la progression vers le geste juste et un savoir devenu inconscient du déplacement, permettent l’émergence d’une réorganisation et d’un relâchement corporels, modifiant, dans le même temps, la réalité psychique du pratiquant. Ainsi le Kinomichi touche-t-il au substrat d’individuation. Sa spécificité de techniques gestuelles et non ver- Le contact : un art de vie sinon un art de vivre Le contact, point de rencontre entre l’intérieur et l’extérieur, est l’une des premières expériences du débutant en Kinomichi. Contact avec le sol, l’espace, l’environnement et, surtout, contact avec un partenaire. Dans la recherche du contact, le participant apprend le juste équilibre entre tension et relâchement, pour que le souffle devienne énergie qui, partant du diaphragme pour aller jusqu’à la main et se prolonger à la sensation du contact, nous fait dépasser les limites de notre corps et rencontrer l’autre, au-delà du simple toucher. En réalité, tout se passe à partir des pieds : lorsque la partie inférieure du corps est fermement en contact avec la terre, la partie supérieure est libérée. La mobilité et la sensualité du contact viennent de là et ce simple contact avec le partenaire devient l’aboutissement d’un mouvement de tout le corps, transformé en véhicule d’élan et de circulation parfaite, entraîné de bout en bout par la respiration. Nous pouvons considérer que le contact est l’incarnation même de la recherche de l’harmonie. Il s’agit d’une recherche de complète entente, de parfaite unité dans le même instant. Sans heurt dans l’action, le contact vise l’amplification de l’énergie pour effacer l’opposition au profit d’une recherche de synchronisation. Ainsi se formera une unité, à la fois forme et mouvement, plein et délié. Un dialogue silencieux, entre partenaires, entre visible et invisible. La réunion de deux êtres en une unité vivante dont la réalisation suprême est l’harmonie du corps, du cœur et de l’esprit.



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :