Aïki Mag n°16 jun à nov 2008
Aïki Mag n°16 jun à nov 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°16 de jun à nov 2008

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : FFAAA

  • Format : (210 x 285) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 1,9 Mo

  • Dans ce numéro : entretien avec Christine Sigrist, la communication aux limites.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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RENCONTRE Christine Sigrist L’Aïkido n’est pas, par essence, un art simple et facile à acquérir et maîtriser, même quand, par bonheur, on est en possession de tous ses moyens. Alors imaginez la difficulté pour ceux qui, comme Christine Sigrist, doivent surmonter un handicap sensoriel majeur. la communication aux limites C Comment avez-vous débuté la pratique de l’Aïkido ? J’ai commencé l’Aïkido en janvier 1994 dans un petit club situé à côté de Colmar. Mes 3 enfants étant en âge d’être scolarisés, j’avais un peu plus de temps et c’est avant tout un besoin de bouger qui se faisait ressentir. J’avais fait de la danse classique auparavant pendant 13 ans. C’était beaucoup plus qu’une activité extra-scolaire pour moi : je souhaitais en faire ma profession. J’ai toujours gardé durant ces 13 années une part de rêve caché au fond de moi. Ainsi je m’appliquais, je m’investissais davantage toujours dans cet espoir-là. Je recherchais une activité où je pouvais aussi faire travailler mon « esprit » ! Mon choix s’est arrêté sur trois disciplines : Tir à l’arc, Escrime et Aïkido. Je ne connaissais aucune des trois. Tout naturellement, j’ai franchi un jour la porte d’un dojo pour voir ce que pouvait être l’Aïkido. J’ai immédiatement été impressionnée par la gestuelle, la rondeur et la douceur de certains mouvements, je ressentais la danse que j’avais enfouie au fond de moi. Il m’a fallu encore un peu laisser mûrir ma réflexion et donc j’ai commencé au début de l’année 1994. Quelles ont été vos premières sensations ? Les premières sensations furent excellentes, j’ai su rapidement que j’avais trouvé là ce que je recherchais. J’ai retrouvé certains réflexes que j’avais acquis à la danse, le travail du bassin notamment. J’ai ressenti le besoin d’avoir un « support supplémentaire » pour compléter les cours. Je me suis dirigée vers un support écrit et j’ai trouvé un livre « Découvrir l’Aïkido ». Chaque soir après le cours, je me remémorais les mouvements que nous avions faits, je recherchais ce qui me semblait être l’équivalent dans le livre et surtout j’apprenais les noms techniques, ceux que je n’avais pas entendus durant le cours. Avec la grande disponibilité du moment — je ne travaillais pas encore —, j’ai pu rapidement évoluer. Un travail à la maison, de mémorisation essentiellement, venait compléter les cours. C’est vrai que la baisse d’audition n’était pas ce qu’elle est maintenant et j’arrivais facilement à combler cette perte. Mais j’ai surtout senti que l’Aïkido véhiculait autre chose qu’une simple gestuelle technique sans pouvoir y mettre un mot dessus. Mon professeur de l’époque m’a ouvert les yeux à ce sujet puis j’ai complété par des lectures appropriées. Vous parlez de problèmes d’audition. Quels sont-ils ? C’est durant mes années « collège », 4 e et 3e, que j’ai commencé à me rendre compte que j’étais différente des autres, que ce soit au niveau de mon audition ou des bruits que j’avais dans les oreilles. L’entrée au lycée de Colmar allait marquer pour moi cette difficulté : lors de la prise des notes j’étais toujours en retard et j’en arrivais à détester tout ce qui était interrogation orale ! Il m’a fallu attendre l’âge de 17 ans pour consulter le premier ORL, et le diagnostic fut sévère, surtout pour la jeune adolescente que j’étais : « Vous êtes sourde comme une vieille dame de 90ans et, en plus, vous avez des acouphènes. On ne peut rien faire ». Autrement dit, j’ai une surdité congénitale bilatérale accompagnée d’acouphènes. La surdité est le plus lourd handicap sensoriel. La principale conséquence est l’exclusion progressive dont elle frappe celui qui en est atteint lorsqu’elle devient trop importante. Avec le temps, j’ai acquis une certitude : cela ne va pas empirer. Les acouphènes sont liés aux émotions que nous pouvons éprouver. Je suis actuellement une Thérapie Comportementale et Cognitive (TCC) pour 8 arriver à gérer mes propres émotions. Mais la meilleure des « thérapies » que j’ai pu trouver, c’est quand même l’Aïkido ! J’arrive maintenant à tout laisser aux vestiaires, acouphènes et compagnie, monter sur le tatami et tout oublier pendant le temps de la pratique ! Cela représente un réel handicap… mais cela ne vous a pas empêché, semble-t-il, de progresser dans la pratique. Parlez-nous de vos passages de grade. C’est munie d’un certificat médical supplémentaire et avec les recommandations aux membres du jury, que parfois j’entends mal, qu’il faut répéter, que je me suis présentée au passage du 1er dan à la fin de la 4e saison. Le fait de ne pas toujours entendre ne me gênait pas outre mesure, je ne devinais pas encore que j’allais vers la surdité. Ce 1er dan représentait bien sûr une satisfaction personnelle, mais aussi la récompense d’un travail personnel. C’est à ce moment-là, que je commençais à parfois « sentir » les mouvements, « sentir » l’Aïkido. Il m’est un peu difficile de décrire précisément ce que cela signifie pour moi, il serait plus facile de le signer (en langue des signes) ! C’est tout naturellement que je me suis présentée au 2 e dan trois
ans après. À ce moment-là, beaucoup de choses avaient changé pour moi. L’année 2000 marquait le début de la réelle prise de conscience de ma surdité, de ma différence mais aussi autre chose de très positif : je suis arrivée le jour du passage de grade le sourire aux lèvres tant j’étais contente d’en être arrivée là. Ce moment allait être un plaisir plus qu’une épreuve pour moi, une immense satisfaction. Je ne m’étais pas autant préparée comme pour le 1er dan, par manque de temps essentiellement. Je n’avais pas encore réalisé, ce n’est que bien longtemps après, que l’Aïkido est ce lien ! L’après 2 e dan fut plus difficile pour bien des raisons : comme je l’ai dit par prise de conscience de ma surdité et des acouphènes. Au niveau de ce que j’appelle la vie dans le club, j’étais devenue la plus gradée, après le prof, et femme de surcroît ! En stage avec Christian Tissier comme en cours avec Pierre Roussel- Galle, l’interprète est un partenaire indispensable pour Christine. Comment avez-vous progressé dans ce contexte difficile ? S’en sont suivies des années de recherches, de compréhension, au niveau de ma vie personnelle, professionnelle et de ma pratique, et bien que pendant certaines périodes je pratiquais peu, je me savais toujours liée, non pas enchaînée, à l’Aïkido. 2005 allait donc être le début d’une période pendant laquelle, j’ai commencé à construire mon identité, j’avais compris, je m’étais acceptée, et j’ai trouvé le professeur qui me convenait. Il s’agit de Pierre Roussel-Galle. J’ai trouvé chez lui, comme auprès des pratiquants, cette harmonie que je recherchais tant, je me sentais bien. J’ai émis le désir de me présenter au 3 e dan en 2006, mais là, je me suis trouvée confrontée à un problème qui me semblait insurmontable : comment faire lors de l’examen pour entendre et donc comprendre les techniques demandées, alors que je savais, en plus, que les membres du jury m’étaient totalement inconnus, et la difficulté que pouvait représenter la lecture labiale dans ce cas-là. Je me trouvais face à un problème de communication. J’avais des solutions, mais elles me semblaient toutes irréalisables. J’ai essayé de trouver des personnes sourdes pratiquant également de l’Aïkido, sans succès. Mais j’ai trouvé autre chose : ma pratique est bel et bien différente, mais en quoi ? ? ? Ce n’est que ces derniers mois que je l’ai compris ! L’année dernière, lors de mes nombreuses recherches sur internet pour essayer de trouver d’autres pratiquants sourds ainsi qu’une traduction ou codification des techniques en LSF (Langue des Signes Française), j’ai fait la connaissance de Daniel Lance et surtout de son dernier livre Vous avez dit élèves difficiles* (recherche qui a été complétée par la lecture de l’article paru dans « Energies Hors séries Aïkido »). Je me suis adressée à lui pour avoir son avis sur une éventuelle traduction. Il m’a répondu en m’indiquant un club où pratiquent des sourds et le professeur, une femme entendante, enseigne en LSF !!! Pour la traduction, il pensait qu’il fallait que je cherche du côté du Japon pour voir si quelque chose existait déjà. Finalement, après mes recherches qui sont restées sans réponse, je crois qu’il est mieux de créer notre propre codification, la traduction étant un travail trop long, quoique fort intéressant. J’avais donc enfin trouvé des sourds pratiquant l’Aïkido. Bien sûr, je me suis empressée de me mettre en contact avec eux, et surtout avec Sylvie Guillard, leur professeur, que je tiens à féliciter pour son investissement personnel et qui enseigne donc en langue des signes. Elle les accompagne aux passages de grades, aux stages !!! Ils ont mis au point une codification qui leur est propre. Je n’ai hélas pas encore pu les rencontrer et les échanges par courriels sont nombreux, certes, mais restent quand même limités. J’ai lu le livre de Daniel Lance à trois reprises et j’ai fait le rapprochement entre ces jeunes dont il parle et moi-même. 9... Avec le temps, j’ai acquis une certitude : cela ne va pas empirer. Les acouphènes sont liés aux émotions. Mais la meilleure des « thérapies » que j’ai pu trouver, c’est quand même l’Aïkido !... Comment avez-vous fait évoluer votre communication ? Ma communication était devenue et est toujours précaire, à sens unique de moi vers les autres, puisque je parle bien, mais dans l’autre sens, elle n’est possible qu’avec une seule personne située bien en face de moi. Je suis donc, comme me l’a dit Daniel Lance, en situation de communication aux limites. Que faire pour rétablir cette communication ? Impossible de vivre 24h/24 avec une interprète, ni même de demander à mon mari, qui connaît un peu la LSF, d’être toujours à mes côtés. Réponse : la trouver là elle est, en pratiquant l’Aïkido. Je peux rétablir une forme de communication, une communication de corps, ma sensibilité peut ainsi s’exprimer. Mais cette communication



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