Aïki Mag n°16 jun à nov 2008
Aïki Mag n°16 jun à nov 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°16 de jun à nov 2008

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : FFAAA

  • Format : (210 x 285) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 1,9 Mo

  • Dans ce numéro : entretien avec Christine Sigrist, la communication aux limites.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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ENTRETIENGilbert Maillot situant dans le contexte d’un travail sur soi-même. La victoire, la récompense, le succès peuvent trouver leur alternative dans l’évolution personnelle. Les jeux compétitifs, même s’ils sont tolérables, ne doivent pas abonder dans une séance d’Aïkido pour les petits. Il faut garder la logique de ce que véhicule l’Aïkido. La mixité sur le tatami et même la violence sont-elles facilement gérables ? Filles et garçons ne vivent pas de la même façon les impératifs techniques. Le rapport de force apparait fréquemment entre pratiquants masculins alors que les filles auront recours à la finesse technique. On le voit chez les adultes autant que chez les jeunes. La mixité représente une source de richesse sur le tatami permettant d’aborder plusieurs facettes de la pratique. L’Aïkido prône le respect de l’autre. Même si ce n’est pas évident à gérer, il est du devoir de l’enseignant de dispenser ce message et d’exiger des comportements en rapport. Les groupes de jeunes que nous recevons dans nos dojo présentent des caractéristiques variables. Certains sont déjà bien disciplinés. D’autres manifestent une grande agitation avec parfois des éléments perturbateurs difficiles à maîtriser. À nous de faire passer le message de non violence et d’agir en véritables éducateurs. Quelles sont les principales préoccupations du jeune pratiquant ? Il veut découvrir l’Aïkido et se l’approprier. L’enfant est attiré par une activité à travers l’image qui s’en dégage et qui semble lui correspondre. Il attend donc que la pratique le conduise aux qualités qu’il a perçues. C’est à l’instructeur d’apporter ce qui va donner de la motivation : — relationnel : se sentir bien dans le groupe, le plaisir, le jeu… le lien — individuel : apprendre, la discipline, les règles du jeu, la technique… la loi. Il veut grandir, s’affirmer, être reconnu et se sentir exister. Avec arme, la situation de pratique exige encore plus d’attention et de précision. Le besoin de sécurité ? Les parents s’en soucient quelquefois. « Il est timide… Il n’ose pas s’affirmer… Il manque d’assurance… » Quelle place pour les jeunes handicapés ? La limite est appréciée par le médecin qui jugera le pratiquant apte ou non à cette pratique. Ce premier avis est incontournable. On n’insistera jamais assez sur l’exigence du certificat médical dans toute adhésion à un club. Vient ensuite la décision du club lui-même. Il est bon de mesurer, d’une part, la capacité du jeune à s’adapter à l’activité et trouver sa place dans le groupe et, d’autre part, de considérer le bénéfice pour les autres pratiquants. Une prise de position qui ne doit pas se faire à la légère, mais dans l’intérêt du nouvel arrivant autant que des autres adhérents. Il ne suffit pas de se montrer sensible à la souffrance d’autrui mais d’envisager un travail commun qui soit constructif. L’Aïkido peut se situer comme une école de la vie avec l’idée de partage ou de contribution réciproque. Chacun est invité à pratiquer selon ses moyens et accepter les défaillances des autres pour évoluer ensemble. Et… à vrai dire… qui n’a pas de handicap ? 6 À quel moment le jeune aïkidoka estil plus « autonome », majeur ? L’âge de 14 ans est le repère administratif pour basculer sur une licence adulte. Néanmoins, sur le plan physique, affectif et technique ce n’est pas aussi évident que cela. Il faut bien se rendre à l’évidence que les jeunes n’évoluent pas tous de façon identique. Il convient de considérer différents angles : — Appropriation de la technique : pratiquer sans être rappelé à l’ordre. À ce stade, les consignes du professeur suffisent pour que l’élève trouve « du grain à moudre ». — Distanciation psychologique : se dégager de l’image de « père » attribuée au « maître ». Identifier l’adulte dans son rôle pédagogique. — Maturité physique : disposer de ressources pour des efforts physiques durables. Un résultat à apprécier entre le pratiquant, les parents et le professeur. L’accès à l’autonomie concerne aussi le pratiquant adulte dans une évolution où il se responsabilise après avoir intégré l’enseignement du maître. C’est aussi le passage du modèle unique à diverses sources d’informations pour se construire. Le professeur ne devient-il pas un modèle problématique ? L’Aïkido nous vient de la culture japonaise où les pratiques martiales ont longtemps fait appel à la pédagogie par imitation. Le maître fait. L’élève copie. On assiste donc à une identification au maître nécessaire pour que le « disciple » puisse s’approprier la technique. Les méthodes ont bien évolué et, dans notre contexte occidental, nous véhiculons de préférence la pédagogie par objectifs où le rapport professeur/élève est supposé donner plus de distance. La question reste de savoir quel degré de dépendance s’instaure entre les deux personnes concernées et
... La pratique de l’Aïkido trouve son expression dans toutes les techniques étudiées.À vrai dire,les techniques ne sont que des outils pour travailler sur des principes et des valeurs. Peu importe celle qui sera choisie... quelle en sera la durée ? Le concept japonais de Shu Ha Ri nous aide à comprendre le cheminement utile : — au départ imiter totalement son professeur… Shu — dans un deuxième temps expérimenter des approches différentes… Ha — puis construire sa propre vision… Ri. Ce schéma n’est pas sans rappeler celui de l’enfant dans son évolution psychologique : — la dépendance à l’adulte pendant la petite enfance — la période contestataire de l’adolescence — l’accès à l’autonomie à l’âge adulte. Éclairés par ces modèles nous sommes en mesure de construire le parcours du pratiquant. Dans quel état d’esprit doit se présenter le pratiquant en montant sur le tatami ? Pratiquer l’Aïkido signifie l’adhésion à un certain nombre de règles et de valeurs. Elles se révèlent à travers l’enseignement. Le pratiquant les découvre au fur et à mesure de son expérience. Il rencontre un contexte qui se veut celui d’une discipline, d’une recherche sur soi-même et d’un engagement dans le respect des autres. C’est l’environnement qui doit indiquer au pratiquant quelle attitude avoir quand il se présente sur le tatami. On voit bien le malaise du « nouveau » qui ne connait pas encore les rituels, la gaucherie de ce débutant face à l’assurance des anciens. Oui c’est là que tout se mesure. Mais au bout de quelque temps, il aura compris que cette discipline ouvre la porte à une recherche orientée vers la qualité des rapports humains. Il lui faut donc aborder l’apprentissage de l’Aïkido avec, à la fois, de la détermination pour affronter les difficultés, mais aussi avec humilité et ouverture pour dépasser ses propres résistances. Quelles techniques fondamentales faites-vous travailler en priorité ? La pratique de l’Aïkido trouve son expression dans toutes les techniques étudiées. À vrai dire, les techniques ne sont que des outils pour travailler sur des principes et des valeurs. Peu importe celle qui sera choisie. Elle sera au service de cette étude. À partir de là ce n’est plus qu’une question de cohérence pédagogique, c’est-à-dire d’alternance de consignes, de formes d’attaque et de techniques pour illustrer le sujet sur lequel on se penche. La technique par elle-même est à concevoir comme une mécanique à découvrir mais qu’il faut aussi enrichir en lui donnant du sens. Les techniques avec armes sont-elles indispensables à une bonne pratique de l’Aïkido ? La pratique des armes représente une situation de travail qui apporte sa contribution aux progrès du pratiquant. Elle la complète en lui donnant des atouts supplémentaires. Elle éveille, on ne peut le nier, la vigilance et fait prendre 7 conscience du danger. Son étude forge des aptitudes dans l’évaluation de la distance, la prudence dans l’action. La négliger serait dommage. Mais pour autant on ne peut pas affirmer que celui qui s’en dispense sera un mauvais pratiquant. La bonne pratique de l’Aïkido passe par des qualités qu’on peut acquérir dans des activités annexes… ou par une compréhension directe de la pratique à mains nues. Ce qui importe c’est d’avoir forgé des comportements utiles pour que l’Aïkido trouve son expression. Sur quels points ou techniques faut-il se concentrer pour bien comprendre et assimiler l’Aïkido ? Comprendre l’Aïkido c’est construire une attitude mentale qui se ressent et se construit à travers le corps. La non opposition en est le fil conducteur. Elle s’entoure de qualités qu’on peut regrouper autour des principes : — La construction technique comme schéma de référence. — La notion de contact pour situer la pratique de l’Aïkido en termes d’échange. — Le principe d’intégrité avec l’attention soutenue qu’elle réclame. — L’attitude au service du respect de l’autre et de soi-même. Quelle est, de nos jours, la finalité de l’Aïkido ? L’Aïkido, dans le contexte actuel, enseigne la juste appréciation des conflits, la gestion du stress et amène à se sentir bien en toutes circonstances. Il développe la faculté à anticiper. Il donne du recul en regard des risques et des réactions à envisager en cas de litige. Une activité mettant à l’épreuve le corps sur fond de martialité mais qui vise la réconciliation. Tout compte fait, sa finalité est le bien-être ! C’est ce que l’essentiel des pratiquants vient chercher dans un dojo en fin de journée. Se dégager des contraintes subies mentalement et se débarrasser de la fatigue physique. Pour tout dire on est sur le versant de la santé. À travers la maîtrise de ses faits et gestes l’aïkidoka cherche à être bien dans sa peau et à gagner de la confiance dans son vécu quotidien. Un aïkidoka est-il la somme de ses techniques ? Fort heureusement non !!! Connaître les techniques constitue la base de l’étude. C’est un support, un point de départ. La mise en application importe plus. Les techniques que nous étudions existent depuis bien avant la création de l’Aïkido et elles subsistent dans d’autres disciplines. Ce qui fait l’Aïkido, et donc l’aïkidoka, c’est la manière de mettre en application ces techniques. C’est donc plus le « savoir-être » qui va situer l’aïkidoka dans son talent. ●



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