Aïki Mag n°16 jun à nov 2008
Aïki Mag n°16 jun à nov 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°16 de jun à nov 2008

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : FFAAA

  • Format : (210 x 285) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 1,9 Mo

  • Dans ce numéro : entretien avec Christine Sigrist, la communication aux limites.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 18 - 19  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
18 19
KINOMICHI tant que l’instinct de conservation. Alors, cela semble banal, mais les meilleurs stimuli pour nos systèmes de motivation intérieure sont : — l’amour sous toutes ses formes, — l’humour, rire ensemble, — la musique ! Non seulement il y a la résonance physique qui agit directement sur notre cerveau, mais en plus une résonance biologique entre personnes qui l’écoutent ensemble, — la danse et le mouvement, — jouir ensemble (repas, événements culturels et, bien sûr, l’amour et l’érotisme). Ici se ferme un cercle : ces systèmes, créés par l’évolution elle-même, ont pour but de stimuler, de récompenser une attitude de contact, d’écoute, de renforcer le contact social, la relation entre hommes à tous les niveaux. Faux et destructif Cette connaissance est, aussi, peu à peu acceptée dans le monde scientifique. C’est un vrai changement de paradigme, car pendant des siècles il existait dans notre monde occidental un principe idéalisé et vénéré de combat, de lutte et d’aggression. Non seulement le nazisme en Allemagne prêchait que Leben heißt Kämpfen (vivre signifie lutter), mais ce fût surtout Darwin qui postulait au milieu du XIX e siècle l’aggression comme une loi fondamentale de la nature. La lutte des uns contre les autres, entre êtres vivants, était pour lui le principe biologique dominant. Vous savez tous avec quelle vigueur maître Noro a toujours dénoncé ce principe comme étant totalement faux et destructif ! Encore aujourd’hui, surtout dans le domaine des Pour bien s’harmoniser uke et tori doivent être dans un échange réciproque Pourquoi faisons-nous du Kinomichi ? Pour satisfaire à un besoin vital de résonance, de contact,d’orientation dans le temps et dans l’espace,un besoin vital d’amour... affaires, règne la conviction que l’aggressivité est à la base de tout succès. If you can’t beat them, join them, (si tu ne peux les battre, cherche à coopérer). Ce proverbe n’est pas par hasard d’origine américaine. Selon ce qu’on sait aujourd’hui, il serait plus juste de dire : If you can’t join them, beat them (si tu ne trouves pas de moyen de coopérer, va les combattre.) Car, seul celui qui n’a pas réussi à être accepté, qui n’a pas réussi à trouver sa place à l’intérieur d’une communauté ou celui qui risque de perdre des liens essentiels va devenir aggressif (s’ìl ne tombe pas dans une dépression grave). Qu’est-ce que cela signifie pour notre Kinomichi ? Puisque les neurones-miroir sont à la base du processus d’apprentissage, leur connaissance nous offre un autre modèle de compréhension du Kinomichi. Au début nous apprenons les mouvements en tant que tels. Plus tard, nous savons que les mouvements ne sont qu’un instrument. Mais un instrument dans quel but ? Nous apprenons (et enseignons) : — en exécutant un mouvement nous-mêmes, — en observant quelqu’un autre l’exécuter, — en ne voyant ou ne montrant que quelques aspects d’un mouvement, des points caractéristiques, — le son ou le rythme d’un mouvement, — en entendant le nom ou le nommant, — en le visualisant, en en parlant, en discutant, — en l’associant à certaines images ou symboles (ciel et terre, arbre, fleuve, vagues, vent), — en faisant allusion à certaines émotions (joie, amour, paix, sérénité), — en faisant allusion à différents états corporels (vigueur, unité, clarté, extension, expansion), — en voyant/présentant les contraires. Le désir de reconnaissance En tant qu’instructeur/enseignant nous essayons de faire comprendre, de montrer des mouvements ou différents aspects de la technique et peut-être arrivonsnous même à faire sentir l’énergie intérieure, mais tout 18 cela passe, plus que par les paroles, par notre propre manière de bouger. Nous sommes en quelque sorte l’exemple vivant. Nos gestes illustrent nos intentions et produisent une résonance chez nos vis-à-vis et nos élèves, qui sont, en même temps, extrêmement sensibles à toute dissonance, contradiction, tout manque d’authenticité. Encore une fois, au centre de toute motivation de l’homme se trouve le désir de reconnaissance, d’estime, d’affection et de sympathie. Voyons ce qui se passe aux stages d’été ici à Salins-les- Bains. Souvent nous arrivons après de longs voyages, maître Noro nous accueille déjà à l’entrée, les femmes souvent avec une accolade, les hommes par une poignée de main ou une quelconque remarque. Mais déjà, à ce moment, chacun se sent vu et reconnu. Après les retrouvailles, souvent très chaleureuses, beaucoup ne se sont pas revus depuis un an, nous sommes de nouveau arrivés dans un réseau social stable et fiable. Lucien Forni parle toujours de ses amis, nous sommes entre amis ! Ensuite nous mettons nos tenues et hakama et déjà, là, il y a une forme de résonance commune, tous dans des vêtements semblables. Nous nous mettons sur le tatami, position de seiza, tous dans une même posture, salut, contact au maître, contact à l’espace. Commence alors un rituel bien connu et néanmoins chaque fois différent. Nos systèmes internes de neurones-miroir ont déjà un haut niveau d’activité. Nous entrons en mouvement. Contact – mouvement comme devant un miroir, reflété par le partenaire – ton image en moi, mon image en toi ! Une danse de la vie commence que nous connaissons déjà ou qui renvoie à quelque chose très familier. Est-ce que notre fascination pour le Kinomichi provient justement d’un manque de contact et de communication reflétante, du sentiment de ne pas être vu dans notre nature profonde, voire de ne pas la connaître nous-mêmes ? Chacun d’entre nous a déjà subi des traumatismes, soit physiques soit psychiques ou émotionnels. Contact et résonance sont de forts agents de guérison ! Même quand maître Noro ne montre pas de mouvements, il les montre quand même en permanence. Nous sommes dans une relation de résonance avec lui. Comment il marche, comment il s’assoit, comment il se met debout, les
gestes avec lesquels il accompagne ses paroles, tout son corps est tellement parlant et expressif, son sourire, sa musicalité et son humour et, bien sûr, l’incroyable rapidité, habilité et beauté de son mouvement. Quels étaient les meilleures stimuli pour nos systèmes internes ? L’amour (il aime à jouer sur les rôles d’hommes et de femmes, fiancés, made in Kinomichi, etc.), l’humour, rire ensemble, la musique, la danse et le mouvement. Tout cela me semble présent en lui. Quelquefois le Kinomichi me paraît comme une école de résonance. N’est-il pas dit qu’un maître est comme un miroir ? Maître Noro ne parle-t-il pas souvent de purification de notre intérieur grâce aux mouvements, afin que nous devenions purs et clairs comme un miroir ? Et, finalement ce grand miroir, va-t-il nous mettre en résonance avec l’univers entier ? Principes de l’évolution Donc pourquoi faisons-nous du Kinomichi ? Je répondrais pour satisfaire à un besoin vital de résonance, de contact, d’orientation dans le temps et dans l’espace, un besoin vital d’amour. Plus nous pratiquons, plus nous améliorons la synchronisation entre ces réseaux de neurones-miroir, qui sont, comme nous l’avons vu, étroitement liés aux centres de la motricité, centre du langage, des émotions et au centre du Soi global et d’autres. Le Kinomichi est un chemin de re-création et de reconstruction de l’homme. Il serait concevable que la pratique du Kinomichi entraînat une forme de postmaturation et de perfectionnement de notre capacité de réflexion et de résonance, d’empathie et de compassion. Maître Noro le dit toujours : le monde a besoin du Kinomichi. Je l’avais toujours compris dans un sens missionaire et j’avais des doutes. Mais à la lumière de ces récentes decouvertes neurobiologiques, il semble que le Kinomichi corresponde ingénieusement à ces principes de l’évolution. Comme toute activité culturelle il est l’expression d’une quête de ce qui nous détermine au plus profond de notre existence biologique. Aujourd’hui, nous avons la possibilité de nous libérer du cauchemar du Darwinisme. L’alternative consiste en coopération, à toute petite échelle aussi bien qu’à l’échelle mondiale. Le résultat d’une meilleure coopération sera plus d’humanité et je pense que nous nous accorderons à penser que c’est un élément essentiel pour le développement de l’humanité au XXI e siècle. ● Andreas Lange-Böhm Instructeur et responsable du Kinomichi en Allemagne. *Aïkido magazine décembre 2007. une visite à Iwama Pour bon nombre d’entre nous, se rendre au Japon pour visiter ce pays tout en contraste entre tradition et modernité et pratiquer l’Aïkido peut être un rêve. Et quand il se réalise, il faut alors profiter des bons moments et des évènements qui nous permettent de mieux comprendre l’émergence de cette discipline d’abord au Japon puis dans le monde entier. Le 29 avril est la date anniversaire du décès d’O senseï Morihei Ueshiba, le fondateur de l’Aïkido. C’est le jour où les pratiquants convergent vers Iwama pour participer à la cérémonie religieuse suivie d’un après-midi de détente. 8h20 du matin, à la gare de Ueno, à Tokyo, un groupe de pratiquants attend le départ du train sur le quai de la Joban Line en direction d’Iwama, siué à 100 km au nord de Tokyo, dans la province d’Ibaraki, en 1h40 mn. O sensei Morihei Ueshiba vint s'installer à Iwama en 1941. Il enseignait déjà à Tokyo l'Aïkijutsu et l'Aïkibudo. À cette époque, il était reconnu comme un maître incontesté. Il fit construire à Iwama une maison, un dojo et des dépendances et y cultiva la terre. Il y vivra jusqu'à sa mort en 1969. À Iwama Morihei Ueshiba poursuivit sa recherche pour aboutir dans les années 1950 à l'Aïkido en développant les techniques et en clarifiant les principes. Il travailla sur l'utilisation des armes dans la pratique ainsi qu'une symbolique mystique moins connue à ce jour. Différents senseï ont pratiqué à Iwama dont Kishomaru Ueshiba, Kochi Tohei, Tadashi Abe, Gozo Shioda et c'est Morihiro Saïto qui eut la responsabilité, jusqu’à sa mort, du site de Iwama ainsi que l’Aïki jinja, le sanctuaire dédié au fondateur de l’Aïkido. Arrivés à la petite gare d’Iwama, nous longeons la voie ferrée puis la traversons pour rejoindre le sanctuaire signalé par une pierre gravée. Face à nous, une construction en bois avec un autel où des offrandes diverses et variées sont posées. Le long du muret, on peut voir les bouteilles de saké qui ont été apportées. Les participants convergent autour de la construction. Une foule calme et ordonnée prend place pour participer à l’évènement. En maître de séance, Osawa sensei prend la parole puis trois prêtres shinto s’avancent et ouvrent la cérémonie en faisant appel aux kami (les esprits). Le rituel est constitué de lecture de textes dédiés, de gestes symboliques, d'offrandes apportées et déposées face à l'autel. Sur le côté gauche se tient la famille proche et les représentants des différentes branches de l’Aïki. Aprés une longue lecture, le prêtre s’avance face au doshu Moriteru Ueshiba, petit-fils du fondateur et d’un geste sacralise l’évènement. Les prêtres shinto poursuivent alors la cérémonie jusqu’à son terme puis s'effacent. Le doshu prend alors place sur le tatami pour une démonstration d’une quinzaine de minutes en choisissant en premier Waka sensei puis deux autresuchi-deshi. Les trois modes de travail sont présentés, puis vient le tour des armes avec le ken et le jo pour terminer par un travail libre avec deux partenaires juste avant un futari dori. Fin de la cérémonie. Une distribution de bento est organisée sous de grandes tentes à l’attention de tous les participants. Pratiquants et senseï prennent le repas ensemble dans une ambiance conviviale, assis par terre ou sur des chaises pliables autour d’un grand pique-nique. Alain Tisman 19



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :