Aïki Mag n°16 jun à nov 2008
Aïki Mag n°16 jun à nov 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°16 de jun à nov 2008

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : FFAAA

  • Format : (210 x 285) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 1,9 Mo

  • Dans ce numéro : entretien avec Christine Sigrist, la communication aux limites.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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KINOMICHI système de motivation et d’initiation d’action Noro Masamichi, maître et « miroir » du pratiquant. Faisant suite à sa contribution Kinomichi et les neurones-miroir*, Andréas Lange-Böhm conclut sa communication en exposant les résultats de ses recherches sur la pratique et le système de motivation. OOn a pu identifier des substances biochimiques à la base de ce système (le système de motricité et le système langagier)*. En premier lieu la dopamine. Cette substance produit une sensation de bien-être et un état très concentré qui rend prêt à agir. La dopamine influence en même temps la faculté de mouvement de l’organisme, comme nous le constatons, quand il y a carence, dans la maladie de Parkinson. En deuxième lieu il y a les endorphines qui se trouvent dans des concentrations où il n’ont pas d’effets analgésiques ou sédatifs, mais des effets doux, agréables et bienfaisants. Ils agissent sur les centres d’émotions du cerveau, améliorent le sentiment de Soi, l’humeur et la joie de vivre. Ils fortifient le système immunitaire et réduisent la sensibilité à la douleur. En troisième lieu il y a une substance, l’oxytocine, qui devient très importante dans la relation mère-enfant et dans les relations amoureuses. Le pouvoir que ces systèmes exercent sur nous devient évident lorsque nous regardons les toxicomanes. Ils deviennent tellement dépendants qu’ils ne recherchent plus rien d’autre que leur drogue. Ces substances ne sont des drogues que parce qu’elles agissent justement sur ces structures de motivation. Alcool, nicotine et cocaine agissent sur l’axe de la dopamine, héroine et opium sur l’axe des opioides endogènes. Quels sont les contre-joueurs, les antagonistes de ces systèmes ? — Les hormones de stress, la cortisone et le glutamate, adrénaline et noradrénaline. Ils peuvent, selon la durée d’exposition, attaquer les réseaux de neurones. Une courte période de stress n’est pas nuisible, au contraire, elle est nécessaire pour mobiliser notre énergie. Mais une activité permanente à haut niveau de ces systèmes peut devenir dangereuse et créer de gros problèmes de santé pour l’individu. — Le Kinomichi : il est impossible de pratiquer dans des conditions de stress ! Tout ce qu’il nous faut pour apprendre au Kinomichi, vision claire, intuition, finesse, sensibilité, ajustements de mouvements, etc., tout cela est presque rendu impossible dans des situations de peur, d’angoisse, de stress. 16 Hormones du bonheur Peut-on dire que le Kinomichi est une drogue ? Oui, mais on pourrait tout aussi bien dire que l’amour est une drogue, qu’un bon réseau social est une drogue. Est-ce que ce sont les mouvements eux-mêmes qui ont cet effet ? Est-ce que nous aurions les mêmes effets, si nous pratiquions tout seul à la maison ? Je ne crois pas ! Car il nous manqueraient les autres ! Nous avons vu dans le développement des neurones-miroir l’importance du contact primaire avec la mère, le fait d’être vu, d’être reconnu en tant qu’individu et en tant qu’être social, faisant partie de la communauté. Ce processus est accompagné par l’émission de ces substances qu’on pourrait appeler « hormones du bonheur ». Ces systèmes sont, d’un point de vue biologique, au service de toute communication, de la communauté sociale et de toutes les relations personnelles réussies. En tant qu’humains nous vivons toujours dans un espace relationnel commun de significations qui nous permet de comprendre les émotions, les intentions et les actes des autres. Donc la résonance est un besoin vital ! La résonance est peut-être le plus grand cadeau que nous pouvons faire à quelqu’un d’autre. Cela signifie que notre attitude envers l’autre peut à la rigueur décider de la vie ou de la mort. Cela devient évident lorsqu’il y a des situations dans lesquelles on exclut quelqu’un de cet espace. Dans les sociétés modernes, connu sous la forme du mobbing, dans l’ancien temps, ce fut le bannissement ou, par exemple aux Caraïbes, dans le culte du Voodoo. On refuse le regard, le contact visuel et on signale par là l’exclusion. On ne répond ni au salut, ni aux gestes. Réactions gelées, plus de réflexions (reflets). La victime de ces pratiques peut en devenir malade ou même se suicider. Si nous refusons cette vibration ou résonance, nous avons un effet négatif, nuisible, nous diminuons non seulement l’énergie de l’autre, mais aussi notre propre énergie. Un et un font plus que deux, un moins un font moins que zéro. Si on oppose deux miroirs l’un vis-à-vis de l’autre, on aura d’innombrables images de réflexions. Plus de résonance égale plus d’énergie. Énergie équivalent au taux d’« hormones du bonheur ». L’exigence de maître Noro et d’autres traditions spirituelles de devenir comme un miroir devient ainsi plus compréhensible. Les « neurones-miroir » constituent la base matérielle, physique de cette résonance. Cette résonance va encore plus loin ! Dès qu’une personne entre dans notre horizon, il y a en nous immédiatement une résonance neurobiologique et ceci indépendemment de notre intention ou volonté. Différents aspects de son comportement le *Voir AIkido Magazine de décembre 2007, p.16
regard, la voix, l’expression de son visage, sa posture etc., laissent en nous surgir une série de réactions miroitantes/reflétantes, accompagnées de réactions biochimiques. En ce qui concerne nos proches cela n’en reste pas là. Non seulement nous pouvons sentir ce qui se passe en eux, mais le modèle de résonance qu’ils font surgir en nous devient en peu de temps une installation fixe. Il se développe une représentation dynamique intérieure de cet homme en nous, avec ses idées et ses conceptions, ses sentiments et sensations corporelles, ses désirs ardents et ses émotions. Avoir une telle représentation interne d’un être proche en revient à porter une deuxième personne en soi. Cela se produit aussi dans la relation maître-disciple, instructeur-élève. Maître Noro nous dit souvent que maître Ueshiba est toujours avec lui. À la lumière de ce qu’on vient de dire, il le porte quasiment comme une deuxième personne en lui, résultat de six années d’uchi-dechi (élève résident) près de lui, jour et nuit. Notre relation avec maître Noro n’est pas aussi proche, néanmoins nous tous qui l’accompagnons, dont certains depuis plus de quarante ans, portons en nous une représentation plus ou moins forte de lui, qui nous restera aussi quand il sera parti. Six fantômes Évidemment ces représentations ne sont que des constructions de notre cerveau comme les reflets d’un miroir et jamais identiques avec les vraies personnes. Mais il n’existe aucune instance objective qui saurait nous dire qui nous sommes réellement. Sinon il n’y aurait pas tant de situations dans lesquelles on nous dirait que nous ne sommes pas comme nous nous voyons ou que d’autres nous disent qu’ils ne sont pas comme nous les voyons. Le philosophe Martin Buber a dit : « Lorsque deux êtres vivants se rencontrent, il y a six fantômes en apparence dans le jeu. » D’un point de vue neurobiologique ils participent à une rencontre : 1- Les deux personnes, comme ils se voient eux-mêmes dans leurs représentations respectives (c’est-à-dire comment ils se croient être eux-mêmes). 2- Les deux personnes, selon l’image de l’autre qu’elles portent réciproquement en elles (c’est-à-dire comment elles croient que l’autre est). 3- Les deux personnes comme elles sont physiquement (qui d’un point vue neurobiologique ne sont pas existantes, car elles n’entrent dans aucune représentation, donc elles n’existent pour ces cerveaux que virtuellement). Comme différents examens de l’activité cérébrale le montrent, plusieurs réseaux neuronaux contribuent à l’image que le cerveau se fait d’une personne : — le cortex prémoteur (planification d’action), — cortex pariétal-inférieur (sensations du corps et sentiment de soi global), — insula : cartographie d’états corporels — amygdala : émotions de peur et d’angoisse, — gyrus cinguli : émotions vitales de base, sentiment de soi émotionnel. Toutes ensembles, ces instances engendrent des représentations de nous-mêmes, du Soi et des autres. Les neurones-miroir sont alors, en plus de ce que nous avons déjà vu, actifs : — lorsque nous éprouvons de la joie ou de la peur, — lorsque nous voyons quelqu’un qui éprouve ces sentiments, — lorsque nous éprouvons des sensations liées à une situation définie (catastrophe, accident), — lorsque nous voyons que quelqu’un d’autre se trouve dans une telle situation. Il s’ensuit directement : — que la bonne ou mauvaise humeur de quelqu’un peut devenir la nôtre, — que la joie, la peur, la douleur ou le dégoût éprouvés par quelqu’un d’autre peuvent produire en nous les mêmes sentiments (réflexion de sentiments). Donc, sans cette résonance neuro-biologique en nous, pas de cinéma, pas d’opéra, pas de théâtre, pas de poésie, pas de musique, pas d’art, pas de sport et certainement pas de Kinomichi non plus ! Reste à retenir : des liens familiaux fiables et des réseaux sociaux qui fonctionnent bien, c’est à dire, qui ont une bonne communication interne sont des conditions indispensables pour un bon développement du système de neurones-miroir. Ils sont en plus aussi, plus tard dans la vie, des facteurs protecteurs de notre équilibre, de notre santé. La solitude involontaire, par contre, rend malade et diminue la durée de la vie. Elle fait croître le taux des hormones de stress, ce qui favorise les problèmes de tension artérielle, les problèmes cardiaques, pulmonaires, les dépressions, etc. 17 Ce qui est intéressant : même la suggestion de solitude dans un état d’hypnose peut déjà produire ces effets physiologiques. Donc, d’un point de vue biologique, il y a de forts arguments pour affirmert que l’homme est avant tout un être relationnel : — les systèmes de motivation et de récompense de notre cerveau sont adaptés pour la coopération et le contact affectif et ils cessent de fonctionner dans des situations d’isolement, — de fortes perturbations ou une perte totale de relations personnelles importantes mettent en action les systèmes de stress biologiques du corps, — l’homme possède, comme beaucoup de mammifères d’ailleurs, avec ses neurones- miroir, un système intuitif d’harmonisation réciproque. Ce système constitue la base de l’empathie et de la compassion. Mais ce système ne fonctionnera bien que lorsque l’individu aura réussi á developper des relations personnelles satisfaisantes dans l’enfance et qu’il n’aura pas subi de forts traumatismes physiques ou psychiques plus tard. Les meilleurs stimuli Au centre de toute motivation de l’homme se trouve le désir de reconnaissance, d’estime, d’affection et de sympathie. D’un point de vue neurobiologique nous sommes des êtres qui sont programmés à entrer en coopération et en résonance sociale. Ceci à un tel point que les chercheurs ont même créé la notion de social brain, car rien ne nous stimule autant que le désir d’être vu par autrui, la possibilité de trouver une reconnaissance sociale, d’être aimé ou de pouvoir aimer. En revanche, être isolé ou proscrit socialement, surtout quand cela dure longtemps, peut nous rendre totalement apathique et nous priver de toute motivation. Il semble même que toutes les aspirations que nous poursuivons dans notre vie quotidienne, soient-elles de nature professionelle, économique ou financière ou relationelle, ne visent qu’à nous mettre en état de garder ou de pouvoir établir des relations humaines satisfaisantes. Pour notre cerveau cela est encore plus impor-



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