Aïki Mag n°16 jun à nov 2008
Aïki Mag n°16 jun à nov 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°16 de jun à nov 2008

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : FFAAA

  • Format : (210 x 285) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 1,9 Mo

  • Dans ce numéro : entretien avec Christine Sigrist, la communication aux limites.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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GROS PLAN SUR Summer Camp Plus de trente ans que le Summer Camp a vu le jour en Californie ! Le rendezvous estival avec les shihan Franck Doran, Bob Nadeau, Hiroshi Ikeda, ainsi qu’avec Mary Heiny et Francis Takashi. Ambiance assurée, mais travail intense que Daniel Lance ne saurait manquer et nous fait partager. I Il est des moments rares comme ceux passés depuis plus de trente ans au mois de juin, en Californie, auprès de shihan dont certains ont connu le fondateur de l’Aïkido Morihei Ueshiba. Voilà donc longtemps que Franck Doran puis Robert Nadeau organisent « une retraite » d’Aïkido d’une semaine où des aïkidoka viennent du monde entier suivre leur enseignement près de San-Francisco. Ces moments sont rares et privilégiés à plus d’un titre : certes par la qualité extraordinaire de l’Aïkido pratiqué mais aussi par cette « retraite » où une centaine de « happy few » se retrouvent dans un même lieu pour échanger, pratiquer, déjeuner, dîner, boire, sortir ensemble. Et ces shihan sont là, présents, généreux, prêts à offrir tout leur temps, leurs années de pratique. De 6h30 du matin jusqu’à tard le soir les professeurs se succèdent. Intelligence de l’Aïkido où plusieurs styles, au lieu de s’opposer, se complètent, se respectent… et... s’apprécient. En effet, passer, par exemple, de l’enseignement de Bob Nadeau à celui de Franck Doran c’est réellement changer d’univers, d’Aïkido, de sensations, et, pourtant, les deux hommes ont l’un pour l’autre la plus grande amitié, la plus grande fidélité… Une amitié de trente ans qui dure… Bob Nadeau explore une voie de l’Aïkido fondée sur l’aboutissement du mouvement, sur la manière de trouver la plus grande liberté. Qu’estce que nous dit le « système », « comment communiquer dans la plus extrême précision, comment laisser le corps, la relation s’exprimer dans sa plus grande force, sa plus grande liberté ? Comment grandir, comment utiliser l’Aïkido pour être un meilleur homme, complètement à l’écoute ? » Bob Nadeau a développé tout un vocabulaire qui lui est propre. Bob regarde les aïkidoka, et, très tactile, leur dit leur blocage. Que ressentezvous ? « What the system tells us ? » — oui Bob a réellement sa façon d’enseigner… Et, petit témoignage, voilà 14 bien longtemps que je suis ce shihan d’exception et je n’ai toujours pas compris ce qui m’arrivait sur un kotegaeshi, sur une technique, lorsque je me retrouvai deux mètres plus loin après avoir voltigé dans les airs… Une question de ki Donc je retourne fidèlement au Summer Camp, à défaut d’être doué je conseille la persévérance. Persévérance, surtout même si certains pensent être doués… Une telle puissance se dégage de cet homme. Une question de ki, de liberté de mouvement, de regard, d’attention à l’autre, de construction d’un Aïkido étonnant ? Bob Nadeau a suivi l’enseignement d’O Sensei Morihei Ueshiba. Il raconte souvent qu’O Sensei se plaignait de ce que personne ne voulait suivre sa voie, celle de la spiritualité, du labeur quotidien. Il semble bien qu’il ait trouvé en Bob Nadeau quelqu’un qui représente magnifiquement un des aspects, peut-être caché de l’Aïkido. Franck Doran, voici un autre monde, tout aussi passionnant ! Cet ancien marine est pour moi le « Gentleman absolu de l’Aïkido », la gentillesse même, l’attention, le placement exact à tout moment, la présence bienveillante car prête à chaque instant à toute éventualité. Certains shihan nomment Franck Doran the american doshu. Oui, Franck Doran est bien le gardien de la Voie. Le connaître est un honneur rare. Homme d’humilité, toujours en remise en question pour l’été californien atteindre la plus grande justesse dans son enseignement. Une anecdote que Franck Doran me narrait au dernier stage pour mieux comprendre la qualité humaine de cet homme : Franck Doran est donc un shihan absolument respecté, à la fin d’un stage, il tend son hakama afin qu’un de ses élèves, stagiaire, le plie. Tout d’un coup, il s’aperçoit d’un décalage. Mais qui suis-je se dit-il pour tendre mon hakama en l’air et penser que quelqu’un va se précipiter pour le plier ? Pendant six mois, il a interdit à tous de plier
son hakama, il apprenait, il recommençait, à genoux, du début. Cet homme est rare. Autre anecdote : Une de ses amies et élève, professeur d’Aïkido a eu un très grave accident de voiture après un stage. Elle se déplace aujourd’hui en chaise roulante. Et cette femme d’exception, paralysée, depuis le cou, a décidé de s’en sortir… elle s’entraîne et se présente chaque jour sur le tatami. Franck arrive, nous sommes tous assis, en rang, il s’arrête et avant chaque cours embrasse son amie-élève sur le front avant de traverser la salle et saluer O sensei. Hommage au courage, à l’intelligence, à l’amitié, à la fidélité, à l’Aïkido. Oui ! Cet homme a des valeurs humaines qui font grandir, qui donnent envie de continuer l’Aïkido et de suivre « Le » chemin longtemps encore. Cet homme est véritablement un shihan, un guide, celui qui vous élève avec la subtilité de l’attention et de l’ironie surtout sur lui-même. Dernière anecdote, « mon » professeur-shihan, Christian Tissier, est souvent invité en Californie. Franck Doran le regarde, admire la précision, la maestria de Christian et me dit, autour d’un café, qu’il a travaillé pendant des mois après sur les techniques de Christian, les faisant devenir siennes. Voilà donc qui est Franck Doran capable de voir, d’admirer, de sortir d’un ego et de dire son admiration. Christian Tissier m’a confié d’ailleurs que l’admiration était réciproque. On s’en doutait. Et il me semble parfois reconnaître chez Christian Tissier certaines techniques de Franck Doran revisitées… ou me trompé-je ? D’autres conseils sur l’Aïkido… les voici… recueillis auprès de Franck encore, autour d’un café. Pour Franck Doran l’Aïkido se fonde sur trois grands principes : aïki, kuzushi et shisei. Aïki c’est l’idée de blending with, de yielding, de s’harmoniser avec le partenaire, de se fondre avec le mouvement. Franck donne l’exemple d’un enfant sur une balançoire ou de deux bûcherons coupant un tronc avec la même scie dans un même mouvement d’aller-retour, ou des oiseaux suivant le mouvement des vagues s’avançant et se retirant de la berge au rythme de la mer. Autre exemple celui du Yin et du Yang se complétant. Kusushi, c’est l’art de trouver le point de déséquilibre sans utiliser de force, the art of balance breaking. Shisei, c’est l’art de la bonne posture. Et Franck d’ajouter : kusushi et shisei sont deux sœurs jumelles, deux sœurs inséparables. Le sourire permanent Présent également lors de chaque retraite, Hiroshi Ikeda représente sans doute le shihan qui maîtrise et joue le plus de cet art du kusushi, cet art du déséquilibre, l’art de trouver le point de rupture. Mais il est sans doute plus connu des aïkidoka français car Christian Tissier l’invite chaque année en France. Mais Hiroshi Ikeda, comme 15 Bob Nadeau, Francis Takashi, Frank Doran, Hiroshi Ikeda et Mary Heyni, de gauche à droite. ses amis, est aussi cet homme de la plus grande humilité, du sourire aux lèvres permanent, celui qui se rend aux cours de ses amis shihan et s’entraîne, comme un « simple » pratiquant. Il semblerait que plus les professeurs sont grands et plus ils sont humbles : serait-ce une marque de ces shihan ou plus généralement de toute personne qui n’a plus rien à prouver, à part cette chose essentielle, montrer et assumer le maximum d’humanité, de simplicité ? Une leçon, n’estce pas ? Professeur invitée, Mary Heyni, le mouvement à l’état pur. Femme qui, en dépit de graves problèmes aux hanches, sur le tapis redevient mouvement, voltige… Mary Heyni a, elle aussi, connu O sensei. Dans son enseignement, elle tente elle aussi de montrer la plus grande liberté de mouvement. Enfin Francis Takahashi, certes l’homme de tous les bons mots, mais surtout l’homme de l’amitié, un autre gardien de la Voie. Nous sommes devenus amis et je me rappelle sa manière de se présenter : « Bonjour je m’appelle Francis, je suis né avec rien et, à ce jour, il m’en reste la plus grande partie ». Et certains ont en mémoire sans doute sa manière de comprendre les armes, en irimi, toujours en avant, peu ou personne n’a su résister à sa vision de la pratique des armes. Francis, montagne physique et montagne de tendresse, représente la générosité. Là encore, « persévérant », je me souviens des cours particuliers où Francis me montrait le placement juste, comment être le plus martial, le plus irimi. Il ne comptait pas son temps, heureux de partager son enseignement. Leçon de vie Et au summer camp, il y a aussi les Aïkifolies, le vendredi soir, où les professeurs se moquent d’eux-mêmes, où les pratiquants jouent à les imiter… où il y a aussi d’immenses moments d’émotion par certaines chansons, par certaines scènes. Il faut être capable d’auto-dérision, car il faut autant travailler la technique qu’il faut développer ses capacités d’autodérision, ses capacités artistiques. En 2007, Allejandroétait aux commandes de la soirée, artiste subtil et extraordinairement sensible, ce professeur d’Aïkido, dont un bras est atrophié, donnait une leçon d’humour, de distance sur soi et d’art en jouant d’un instrument de musique traditionnel… Le Summer Camp attire des aïkidoka d’une même famille, d’une famille sensible, attentive, artiste. On l’aura compris, j’ai pour ces êtres rares une admiration sans faille, une admiration à laquelle se mêle une tendresse… certaine… L’Aïkido comme leçon de vie, comme leçon d’humanité… ● Daniel Lance



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