Aïki Mag n°15 déc 07 à mai 2008
Aïki Mag n°15 déc 07 à mai 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°15 de déc 07 à mai 2008

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : FFAAA

  • Format : (210 x 285) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 1,9 Mo

  • Dans ce numéro : entretien avec Luc Mathevet, la rencontre des corps.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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ENTRETIENLuc MATHEVET la rencontre des corps Luc Mathevet, 5 e dan, DTR en ligue Rhône-Alpes nous parle, comme il enseigne, avec une grande conviction, des spécificités de l’Aïkido et de sa démarche personnelle dans la Voie de l’Harmonie. Quel souvenir évoque votre « première fois » en Aïkido ? À 18 ans c'était la première fois que je pratiquais avec des adultes voire des "vieux" vu de mon jeune âge ! Jusque là le sport c'était uniquement entre adolescents à l'UNSS hand-ball ou à la gymnastique. De mémoire nous étions deux ou trois ados sur un groupe de vingt, mais l'intégration s'est très bien passée, Philippe Gouttard animait le cours et grâce à sa pratique dynamique et néanmoins conviviale, nous fûmes rapidement socialisés. Je le dis avec un peu d'humour car ce sont de bons souvenirs. La première rencontre en Aïkido est très importante et Philippe, d'emblée, s'est placé dans le rôle du formateur, il a donné toute sa rigueur et son énergie pour nous encadrer et nous amener à nous dépasser, sa culture "sportive" en quelque sorte s'est mise au service de la voie. En y repensant, toutes les dimensions de la pratique étaient là, donner, ne pas s'économiser, pratiquer avec tous et toutes malgré la grande diversité des partenaires et les appréhensions que cela peut engendrer. L'effort demandé à travers les techniques n'était donc pas uniquement physique, mais psychologique et impliquait, de fait, tout l'individu dans la communication de corps à corps, d'être à être. Très tôt il nous a aussi motivés pour suivre des stages et le premier fut avec ChristianTissier à Clermont-Ferrand. Avez-vous de suite saisi et compris la spécificité de l’Aïkido ? Quelle est-elle pour vous aujourd’hui ? Intuitivement je pense que je cherchais déjà une façon originale d'aborder le conflit et la violence auxquels j'étais confronté dans la vie courante. La frustration, la colère et l'esprit de revanche qu'apportait l'emballement émotionnel lors d'échanges informels en boxe, karaté et judo avec mes camarades me laissaient insatisfait et cela m'a incité à chercher autre chose. On se construit étape par étape et après l'acquisition de certaines bases on découvre toujours plus de potentiel, de perspectives à explorer ; ce 6 qui explique mon investissement professionnel. L’Aïkido contrôle-t-il ou s’oppose-t-il à la violence ? Les tensions amènent le conflit, comment réguler les tensions ? S'articuler à l'autre ? Pour le moment, à mon niveau, il me semble que l'Aïkido offre la possibilité de revenir au statu quo, de rétablir une relation acceptable par les deux parties, sachant qu'il n'y a pas d'objectif sportif —gagner—, ni martial au premier degré — détruire. Il ne s'agit pas de contrôler ou de s'opposer mais de transformer le conflit par la communication.
Comment développer le contrôle et la maîtrise de ses pulsions ? À mon sens, il faut essayer d'éliminer la crainte, si l'on est posé, centré il y a moins d'urgence, moins de stress donc pas de nécessité d'être sur-agressif, on arrive à ressentir, grâce à la technique que l'on peut survivre sans avoir besoin de détruire l'autre. Notre discipline est faite de situations concrètes dans lesquelles on étudie des principes pratiques : attitude, placement, déplacement, principe d'économie, d'intégrité, de vigilance, d'écoute, etc. Même si l'on n’en est pas toujours conscient, toutes les dimensions de l'individu sont au travail dans chaque effort pour s'inscrire dans la technique la plus juste, pour tori comme pour uke. Je perçois cela comme la relation directe entre les principes pratiques et les principes philosophiques de l'Aïkido, il ne s'agit pas d'en parler mais de les vivre et les faire vivre, en tant qu'enseignant. Comme formateur à l'école de cadres, j'insiste sur ce fait : la rigueur et la simplicité technique,dès le 1 er dan Brevet fédéral, doivent permettre de transmettre des principes et pas seulement une forme. Le travail développé par Franck Noël et Bernard Palmier m'a aidé à construire ma démarche dans ce sens. De même comme DTR, aujourd'hui, vu le développement de l'Aïkido, il y a un grand nombre de haut gradés dans les ligues et le DTR n'est pas forcément le plus ancien et le plus gradé, j'essaye d'entretenir la cohésion en donnant des directions de travail exploitables en clubs d'une part et qui peuvent se connecter avec des enseignements plus avancés d'autre part. Il n'y a pas de débat stérile sur la forme, l'important est ce que l'on donne à vivre à travers les principes. 7 Chez Luc Mathevet, l’esprit fondamental de l’aïki doit passer dans la réalisation des formes. L’acquisition du « geste parfait » passe-t-elle par la pratique des armes ? Les armes peuvent apporter beaucoup de détermination et d'énergie ainsi qu'une vision plus claire des directions, de la géométrie de l'espace de rencontre des partenaires. Mais suivant le sentiment de chacun, eu égard à la situation martiale très prononcée, ce n'est pas obligatoire. L'école Kashima par exemple m'a permis de travailler l'assise, l'ancrage et la conscience du centre. Le côté explosif de certaines techniques demande une fusion totale corps-mental dans l'instant (kuraï dachi, Kiri wari, etc.), ce qui est très formateur pour la pratique à mains nues dans laquelle on peut avoir tendance à se "diluer". Avec le ken on retrouve tout de suite une intensité de présence à l'autre et un contact plus dense. Le jo, avec ses multiples changements de mains et déplacements est un bon accélérateur d'habiletés et de coordinations, toutes transférables dans l'Aïkido. Dans quelle technique pourrait se résumer l’Aïkido ? Taï atari (rencontre des corps ou percusion des corps), n'est pas une technique en soi, mais cela représente pour moi la quintessence d’une liaison de centre à centre sans forme technique, l'expression du principe sans forme. Je peux l'interpréter comme un "choc" direct ou indirect (après un premier placement), en tous cas c'est un accès à l'essentiel, la manifestation que la communication est établie. J'ai le souvenir de Yamaguchi senseï percutant son uke sur le premier échange pour exprimer l'instant et la pertinence de la rencontre, du moins c'est comme cela que je l'interprète à mon niveau. Que vous apportent les senseï que vous avez rencontrés et photos : Hélène Rival



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