Aïki Mag n°15 déc 07 à mai 2008
Aïki Mag n°15 déc 07 à mai 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°15 de déc 07 à mai 2008

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : FFAAA

  • Format : (210 x 285) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 1,9 Mo

  • Dans ce numéro : entretien avec Luc Mathevet, la rencontre des corps.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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KINOMICHI neurobiologiques découverts ces dernières années : en premier lieu un système d’apprentissage, d’imitation et de résonance basé sur des réseaux de neurones dits « de miroir », puis un système, déjà connu depuis un peu plus de temps, système de récompense, de motivation et d’impulsion, basé sur les neurotransmetteurs à dopamine, les endorphines (opioides endogènes) et l’oxytocine. 1- Neurones-miroir ou cellules de miroir L’histoire de la découverte de ces neurones est passionante, mais nous n’avons pas le temps aujourd’hui. Juste un nom : Giacomo Rizolatti, chef de l’institut de physiologie de l’Université de Parme/Italie, a longuement examiné comment notre cerveau exécute et planifie une action dirigée sur un but bien précis (par exemple : contact première forme, deuxième forme, etc.) Donc les « neurones-miroir » sont des neurones spécialisés pour réaliser un certain programme d’action. On a pu montrer que ces neurones sont actifs : - lorsque nous exécutons une action, (un mouvement, i-ten par exemple), nous-mêmes, - lorsque nous observons quelqu’un d’autre l’exécuter, - lorsque nous ne voyons que quelques points caractéristiques du même mouvement, - lorsque nous entendons le nom, percevons un son ou un rhythme correspondant, - et même en le visualisant, en en parlant avec d’autres, etc. La résonance Donc, non seulement l’exécution, mais aussi l’observation et toute perception d’une action chez un autre individu engendre une reflexion en nous (c’est là ce qu’on appelle résonance neurobiologique), qui est créée par les neurones-miroir et ceci instantanément, quasi simultanément et instinctivement. Ce système réagit avant même que notre appareil intellectuel et analytique se soit mis en route. N’était-ce pas justement cette capacité-là qu’on a entrainée depuis toujours dans les arts martiaux ? Dans toutes ces situations différentes ces neurones activent en nous le même modèle de motricité que si nous agissions nous-mêmes. Même lorsque nous n’avons pu observer qu’une partie d’un événement, de cette courte impression notre cerveau va la compléter et nous donner une image, une impression, une idée du déroulement de tout l’événement. Ce système est à la base de toute intuition, compréhension, finesse et finalement de toute forme d’apprentissage. Il y a une loi biologique : « Use it or loose it ! ». Cela veut dire que l’équipement en neurones de miroir du nouveau-né doit être mis en marche, activé, utilisé dès le premier jour. Un nouveauné commence déjà très tôt, dans les premiers jours, à imiter certaines expressions de visage, il ouvre la bouche, montre un bout de la langue, etc. Commence alors tout un jeu entre mère et nouveau-né peut-être comparable au jeu entre amants. Très vite, le bébé montre des réactions motrices quand on lui présente des mouvements expressifs. En correspondance, la mère, elle aussi, a tendance à refléter et à imiter les expressions et les gestes du bébé et à lui refléter ainsi des signaux qu’elle a reçus. Ainsi le nouveau-né développe un sentiment d’être vu et compris. Cela correspond à un besoin émotionnel neurobiologique de base, visible, entre autres, aux réactions ravies et heureuses du bébé. Tout cela se passe inconsciemment et est accompagné par la production des endorphines. Cela explique aussi pourquoi une communication affective interpersonnelle contribue à la réduction de douleurs et que, biologiquement parlant, nous sommes programmés pour de bonnes relations sociales. En revanche il y a preuve que le refus de cette 18 Le partage des acquis génère des réactions et des comportements à forte résonance émotionnelle. forme de résonance émotionnelle produit de forte réactions d’ennui. Il y a la fameuse « still face procedure ». Une personne bien connue se met face au bébé à une certaine distance. Si l’adulte, contrairement à son intuition émotionnelle, garde un visage impassible, l’enfant va très vite se détourner et perdre tout intérêt. Or, le sourire que nous demande souvent maître Noro est important, l’expression de notre visage,
▼…Non seulement l’exécution,mais aussi l’observation et toute perception d’une action chez un autre individu engendre une réflexion en nous,c’est là ce qu’on appelle résonance neurobiologique … ▲ La recherche du Claude Perrain nos regards, nos gestes, nos postures, tout notre comportement est vu, enregistré par les « neurones-miroir » de nos vis-à-vis. Il est probablement plus important pour l’image que l’autre a de nous, que toutes les paroles. Nous y reviendrons. Alors « use it or loose it ! ». Comment se développent ces neurones ? À l’âge de 6 mois : l’enfant commence à pouvoir reconnaître une séquence de mouvements (par exemple attendre la réapparition d’une balle roulante qui a disparu derrière un paravent). En même temps, il commence à faire des mouvements rythmés, des battements de mains qu’il accompagne par des sons comme da-da-da, etc. À 9 mois : il est capable de savoir qu’un objet ou une personne continue à exister, même si elle n’est pas visible (il va par exemple déballer une balle cachée dans une serviette…). Et peu après il fait les premiers gestes dirigés. Il montre dans une direction et dit « là » « Ada » ou « bas-bas », etc. ou il fait les premiers gestes d’au revoir, bye-bye… et chaque fois quand il imite pour la première fois des actions inconnues, il commencera parallèlement à articuler de nouveaux mots. De 12 à 18 mois : il développe l’intuition d’une identité sociale (je fais partie du monde des autres) et un peu plus tard une identité individuelle (je suis différent des autres). Pour tout cela l’enfant a besoin d’avoir autour de lui des relations stables et fiables. L’enfant observe et imite le comportement des personnes autour de lui, comment ils bougent, comment ils se traitent entre eux, comment ils utilisent les objets et surtout leurs mimiques et regards. Pendant tout ce temps se construit en lui un réseau neuronal qui finalement lui donnera la possibilité de comprendre et d’interpréter le monde qui l’entoure. L’exemple suivant illustre à quel point cela dépend des parents : L’enfant se cogne pour la première fois la tête : il va immédiatement diriger son regard vers sa mère pour savoir, si cela lui a fait juste un peu ou bien très, très mal. C’est normalement à l’âge de 2 à 3 ans, que l’enfant acquiert un sentiment d’empathie. Pour cela il est indispensable qu’il ait déjà fait lui-même l’expérience, qu’il ait déjà pu sentir l’empathie des autres pour lui. Le système de motricité Donc l’évolution de la motricité et de l’articulation de mots sont étroitement liées. Une explication se trouve dans l’anatomie et la morphologie de notre cerveau : les réseaux neuronaux responsables du langage se trouvent dans notre cerveau tout près des neurones-miroir du système de motricité, il n’est pas exclu qu’ìls soient identiques ! Cela mène les scientifiques à la conclusion que le langage s’est, au cours de l’évolution, formée à partir du système moteur du cerveau ! Mais plus tard dans la vie, le langage prend de plus en plus le dessus sur les gestes, mais les gestes resteront tout au long de la vie musique d’accompagnement du langage (chez les Français, 19 Italiens ou Espagnols beaucoup plus que chez les Allemands). Grâce à ces neurones la langue est un instrument geste parfait passe par une observation minutieuse avant exécution des formes. rapide et puissant pour engendrer des réflexions et communiquer ainsi nos idées et conceptions à d’autres. Le potentiel d’intuition et de suggestion de la langue est la base de toute littérature et poésie. Langage et actions sont fortement associés, le langage transporte toujours des images d’actions. Souvent le langage transporte un dynamisme, un potentiel d’action, il peut littéralement nous mettre en action, émouvoir, il peut même devenir l’équivalent d’une action (une parole, comme un coup, comme une gifle). Reste à retenir : Il y a un parallélisme, une interdépendence de développement entre les systèmes de neuronesmiroir, le système de motricité et le système langagier. ● Andreas Lange-Böhm Instructeur et responsable du Kinomichi en Allemagne. 2 e partie : Système de motivation et d’initiation d’actions. *Conférence donnée lors du stage d’été de Salins en août 2007.



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