Aïki Mag n°15 déc 07 à mai 2008
Aïki Mag n°15 déc 07 à mai 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°15 de déc 07 à mai 2008

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : FFAAA

  • Format : (210 x 285) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 1,9 Mo

  • Dans ce numéro : entretien avec Luc Mathevet, la rencontre des corps.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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RENCONTRE Nadia KORICHI que je faisais, j’ai même songé à tout arrêter. À présent, je suis intimement convaincue que seul le sensei que vous suivez régulièrement vous guide. Depuis quelques années, celui qui me guide le mieux est incontestablement Christian Tissier. Il me permet de structurer ma pratique, de progresser, j’espère, et surtout d’aborder l’Aïkido avec un autre état d’esprit. Oui assurément, cette rencontre a changé beaucoup de choses. Et puis je n’oublie pas le travail que je fais avec Pascal Guillemin et Bruno Gonzalez qui est en lien direct avec celui de Christian Tissier. Enfin il y a des personnes que j’admire et qui, à leur manière, me guident telles que Philippe Bersani ou Dominique Mazereau. Chaque échange, toujours très enrichissant, m’apporte une certaine sérénité. Ils ne cherchent jamais à imposer un point de vue, mais vous aident à vous approcher le plus possible de votre but. Ou encore Micheline Vaillant-Tissier, Yoko Okamoto qui, à travers leur parcours respectif et leur personnalité, m’inspirent admiration, respect et constituent de véritables repères pour moi. Vous suivez Christian Tissier avec une grande fidélité. Quel Aïkido fait-il naître en vous ? Pensez-vous digérer cet Aïkido remarquable et pouvoir petit à petit créer le vôtre, celui d’une femme qui a choisi de devenir une professionnelle de l’Aïkido ? Oui c’est vrai, comment pourrait-il en être autrement ? Quand on a la chance de pouvoir travailler avec l’un des plus grands maîtres, on ne se pose pas de question, on fonce ! J’aimerais pouvoir travailler davantage encore avec lui ! J’ai un profond respect pour l’homme et le maître qu’il est. Lorsque j’ai commencé l’Aïkido j’entendais dire Dans son dojo comme en stage avec Christian Tissier, Nadia Korichi, enseignante ou pratiquante, profite de chaque instant de pratique pour avancer dans la voie. de lui « il est fort, il est doué », mais c’est très en dessous de ce qu’il est réellement et ça ne suffit pas à expliquer son rayonnement. Il est tout simplement exceptionnel. J’ai eu l’occasion de rencontrer des personnes qui excellaient dans d’autres disciplines sportives, c’est ce qui me permet de dire que Christian Tissier, assurément, appartient à cette catégorie d’hommes qui marquent à tout jamais leur discipline. Riche de son itinéraire, de son expérience et de ses rencontres, il sait captiver, simplifier et rendre accessible l’Aïkido même au simple spectateur dans les tribunes. Il nous invite constamment à nous remettre en cause, à ne pas nous satisfaire de l’acquis. Il faut pétrir le corps, développer l’esprit et mettre tout ceci en concordance. Je suis à chaque fois éblouie et bluffée par ce que je vois, par tant d’intelligence. Chaque cours vous apporte de nouveaux axes de réflexion, de travail. Jamais on ne s’ennuie. Chaque aspect du travail est bien distinct, pas d’ambiguïté entre les exercices éducatifs, les techniques de bases et les applications. Il n’y a pas de tricherie dans l’Aïkido que Christian Tissier nous propose et ça, à mes yeux, c’est très estimable. 14 Je ne sais pas si je digère cet Aïkido exceptionnel —je l’espère— mais je suis sûre qu’à son contact j’apprends énormément même au-delà du tatami. Ma tête est pleine de belles images, alors… Faut-il chercher à inventer pour progresser ? Morihei Ueshiba, le fondateur de l’Aïkido, a développé un certain nombre de techniques qui découlent de principes naturels. Son fils Kisshomaru Ueshiba a ensuite codifié toutes ces techniques qui elles-même se déclinent en une infinité de variations. Nous avons là de quoi nous occuper suffisamment et pour longtemps. En fait, il ne s’agit pas d’inventer en réalité, mais de découvrir et de redécouvrir ces techniques. À force de travail, nous finissons par acquérir un savoir-faire et ce savoir-faire nous permet d’avoir une nouvelle lecture de ces techniques et cela nous rapproche progressivement des variations. Pourquoi inventer ou réinventer ce qui existe déjà ? La progression est certainement liée à ce savoir-faire et à ce que nous en faisons. Votre recherche passe-t-elle par une autre pratique ? Actuellement non, le champ d’investigation proposé par l’Aïkido me paraît suffisant et complet. Et puis, franchement, je ne dispose pas d’assez de temps pour me consacrer à une autre pratique de manière sérieuse. J’aimerais pouvoir faire autre chose simplement par curiosité mais pas nécessairement pour compléter ma recherche en Aïkido. En revanche, si j’ai l’occasion de pouvoir observer d’autres disciplines, je le fais toujours avec intérêt car parfois cela me permet de mieux comprendre quelque chose en rapport avec l’Aïkido.
Illustration : Corinne Hennequin Vous avez ouvert votre lieu pour enseigner, comment cela s’est-il passé, pas mal de difficultés à surmonter j’imagine ? Je n’ai pas pu mener à bien le projet d’ouvrir mon propre dojo, mais j’ai repris des cours, en plus de ceux que je donne à Sainte-Geneviève-des-Bois, dans le club de Longpont-sur-Orge qui venait de fermer. J’ai surtout été confrontée aux regards sceptiques de certains. Mais pour moi il n’était pas question de démontrer quoi que se soit. J’ai proposé simplement un enseignement, le plus sincère possible, et, en témoignant d’un réel intérêt pour mes élèves, un climat de confiance s’est naturellement instauré. Parfois, certains ne comprennent pas l’échange proposé et le rendent stérile. Fort heureusement l’Aïkido ne repose pas sur des rapports d’opposition ! À qui s’adresse votre enseignement ? À ceux qui pensent que je peux leur apporter quelque chose ! L’Aïkido se veut dans une universalité. Est-ce qu’il vous aide à approfondir cette harmonie au sein même de votre identité ? Vous faites (petit sourire) allusion à mes origines maghrébines et à ma double culture. En fait je suis née et j’ai grandi en France. Naturellement mes parents m’ont transmis nos coutumes et notre culture tout en me laissant évoluer dans la culture française. Aujourd’hui je n’en suis que plus riche. J’ai grandi comme beaucoup d’autres personnes d’origines maghrébines dans un foyer tolérant où les valeurs ne différaient pas tant que cela de celles des foyers français. Le souci de mes parents a été de veiller à la santé, l’éducation et l’instruction de chacun de leurs enfants afin de nous armer au mieux pour notre vie d’adulte et ils ont réussi. En réalité l’Aïkido ne me permet pas 15 ▼…Là où on crée la frustration on favorise la violence et la radicalisation. Je crois en la communication, la tolérance et l’indulgence. L’Aïkido aide sans aucun doute à approfondir ces notions… ▲ d’approfondir quoi que ce soit en rapport avec mes origines ou mon identité tout simplement parce que ce n’est pas nécessaire au sein de mes origines ou de mon identité. Précisément parce que l’Aïkido se veut dans une universalité, il devrait permettre à tous d’approfondir la notion d’harmonie. Là où on crée la frustration, on favorise la violence et la radicalisation. Je crois en la communication, la tolérance et l’indulgence. L’Aïkido aide sans aucun doute à approfondir ces notions. J’ai lu ceci dans le livre Aïkido officiel de Kisshomaru et Moriteru Ueshiba : « L’étiquette est une création de l’homme et n’existe nulle part ailleurs dans le royaume animal. La notion de ce qui est correct par rapport à l’étiquette varie énormément d’une culture à l’autre, et il est impossible d’affirmer qu’un mode de comportement particulier est le mode de référence correct. L’approche de l’Aïkido consiste à laisser le sens de l’étiquette se développer naturellement… » C’est tellement vrai, pour tous les aspects de la vie, des relations entre les personnes. Je m’applique à toujours comprendre la culture des autres et à ne jamais les offenser par des interprétations erronées. Je ne sombre jamais dans des japonaiseries au dojo et en dehors, d’aucuns diraient des japoniaiseries, qui me contraindraient à être dans le déni de qui je suis en réalité. Pour moi c’est ça aussi l’Aïkido. ●



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