Aïki Mag n°15 déc 07 à mai 2008
Aïki Mag n°15 déc 07 à mai 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°15 de déc 07 à mai 2008

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : FFAAA

  • Format : (210 x 285) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 1,9 Mo

  • Dans ce numéro : entretien avec Luc Mathevet, la rencontre des corps.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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AÏKIDO et KATANA de l’art de la guerre à l’art de la paix UUn jour, le hasard me fait tomber sur un recueil de textes d’O sensei Morihei Ueshiba, le fondateur de l’Aïkido. L’un d’eux disait approximativement ceci : « Le but de l’entraînement est de tonifier le mou, renforcer le corps et polir l’esprit. Le fer est rempli d’impuretés qui le fragilisent ; la forge le transforme en acier et en lame tranchante. Les êtres humains se bâtissent de la même manière. » Ceci me ramenait à un texte que nous avions précédemment publié « Définir l’Aïkido ? » que je terminais en précisant : « Attention ! Il n’y a rien ici de surréaliste. Il ne s’agit pas non plus d’un ballet et encore moins d’un romantisme rêveur et idéaliste. L’aïki qui se mérite et nous fascine nécessite un entraînement rigoureux. Mais est-il l’apanage des seuls aïkidoka ? » Je ne crois pas. Peut-on y arriver en pratiquant d’autres activités ou en empruntant des chemins détournés ? Pourquoi pas, on peut toujours en débattre… une autre fois. Cette fois-là vient de se présenter et je la saisis au vol pour développer le fond de ma pensée. Mais pour ce faire il me faut d’abord revenir en arrière. Je retrouvai l’idée, exprimée dans cet article dont je parle plus haut, dans un commentaire réalisé par un grand maître pour une revue d’arts martiaux : « Vous autres Occidentaux vous voulez tout comprendre, tout expliquer… En réalité quand un homme veut exprimer ce qu’il croit avoir compris, il devient comme un Écrivain, pratiquant et enseignant l’Aïkido, Olivier Rousselon explore par le verbe comme sur le tatami toutes les subtilités de la Voie de l’Harmonie. Nous connaissions le lien entre l’Aïkido et le katana, voici, pour cet observateur méticuleux, celui qui lie le pratiquant et le prestigieux sabre japonais. infirme, les mots sont sa prison ». Il ne faut pas forcément le prendre comme une critique, plutôt comme une constatation. Nos conceptions de l’apprentissage sont différentes. Orient et Occident En Orient le maître montre, l’élève fait. L’observation prime sur l’explication. En Occident on dissèque, on décortique, on démontre, on explique, on justifie, on comprend 10 ou on croit comprendre et on fait. Les deux méthodes entraînent leurs lots de frustration ! En Orient, le corps assimile quand il est prêt… et sans explication cela peut être long… En Occident, on croit être prêt à assimiler dès qu’on nous explique, mais expliquer n’égale pas ressentir, intégrer, assimiler… Faut-il pour cela être muet ou trop bavard ? Chacun trouvera le bon rythme en fonction de son expérience, du niveau de ses élèves et de la pédagogie qu’il aura choisie. Deux conceptions différentes pour des résultats similaires, tant au niveau de la progression que de la déception... Expliquer et intégrer, ou bien intégrer et expliquer. Bref, les portes s’ouvrent peu à peu et les précieuses informations pêchées ça et là s’impriment dans notre mémoire et notre chair, l’esprit et le corps. Mais pas seulement. Ce qui se passe pendant cette longue période où se forge peu à peu notre savoir-faire ressemble à la création d’un katana… Un assemblage... maï, intention, centre, axe, captation, équilibre…, saya, tsuba, tsuka ou autre menuki o kashira... La fabrication authentique d’un katana est d’une rare complexité. Pour aboutir au chef-d’œuvre, il faut à divers maîtres artisans des centaines d’heures de travail d’une précision inouïe. Pour former un aïkidoka c’est pareil. À la base, il faut une forge, c’est le tatami. Puis de la matière, c’est vous, c’est nous, c’est moi, c’est le corps et l’esprit, c’est le fer et le charbon. Dans le feu, sur le tatami, on va la travailler la mélanger avec d’autres, les corps vont chauffer, suer, rougir, comme l’acier en fusion. Puis ces corps vont se mêler, se démêler, s’attirer, s’opposer, s’écraser, s’envoler, chuter, exploser comme l’acier chauffé à blanc, plié, martelé, battu puis replié encore jusqu’à le vider de toute impureté et le rendre toujours plus fort, plus résistant. Le travail du forgeron est pénible, repousser ses limites en Aïkido l’est aussi. Mais la satisfaction est si grande ! Entre le marteau et l’enclume La lame peu à peu prend forme, les coups pleuvent, les corps transpirent, on sent bien que quelque chose veut surgir de toute cette débauche d’énergie… Alors on continue entre le marteau et l’enclume à se construire, en souffrant parfois, en ferraillant souvent, mais en grandissant toujours… Jusqu’au moment sublime, mélange d’alchimie et de divin, où le maître artisan trempe la lame incandescente d’un geste sûr dans l’humble liquide pour lui donner sa courbure définitive. Un style est né… C’est bien ce que je dis, né, c’est donc le début. Il va falloir polir, poncer, affûter, lustrer, lui trouver un corps sur mesure à ce style pour que ce corps en devienne son fourreau, comme la saya pour la lame. L’aspiration Encore des heures de travail pour un autre maître artisan, la lame
comme la technique doit surgir sans contrainte comme aspirer par l’intention de l’autre… Une lame, un fourreau… Un aïkidoka, une manière de faire… Mais un savoir-faire et une construction, donc des bases, similaires, qui permettent l’échange, la communication par le geste. En utilisant tout les sens sauf le verbe… un monde de sensation et d’écoute de l’autre. Une fois le chef-d’œuvre terminé, le maître d’arme comme l’aïkidoka devront apprivoiser le katana comme le style. Il faudra le fondre dans ce corps pour ne faire plus qu’un avec lui. Mais il faudra aussi l’entretenir, l’affûter, le démonter, puis poudrer, huiler, bref se remettre en question parfois, car rien n’est définitivement acquis. Revenir aux sources, vérifier la solidité des principes de base, avec la même précaution que l’on use pour contrôler un mekugi… pour éviter que ne se rompe le lien. La coupe Le katana est un produit fini que l’utilisateur va user pour trancher son ego. L’aïkidoka lui, est, si je puis me permettre, non fini. Il évoluera sans cesse. Il est, comme ce katana, au début de son art, à lui de se propulser le plus loin possible, au service des autres dans l’harmonie et la paix comme le voulait O sensei Morihei Ueshiba. J’ai parlé du corps et très peu de l’esprit. Et l’âme ! Car il s’agit aussi de cela. Certes, le katana est un produit fini ; en tant qu’objet c’est un chef-d’œuvre. Il a un père qui lui a donné naissance et un « maître » qui va l’utiliser corps et âme… L’équilibre du geste est une calligraphie spatio-temporelle dans 11 laquelle s’exprime l’âme du maître. Il lui transmet le mouvement c’est à dire la vie, tout comme son moi le plus profond fait de valeurs, d’humilité et de paix. La beauté du katana, comme celle d’un aïkidoka qui pratique ou comme celle d’un artiste dans la maturité de son art réside dans l’équilibre des forces, l’harmonie des proportions, des déplacements, des couleurs. L’équilibre parfait, un moment de grâce que nos yeux, à nouveau d’enfants, découvrent ébahis. Cette émotion c’est notre œil qui nous la procure, c’est le résultat de ce que nous voyons. Nos yeux ont la primeur de la beauté du monde mais il y a tout le reste, ce qui se passe à l’intérieur de nous toute cette alchimie de sensations, cette volupté qui éclate devant le beau, devant l’amour. On ne parle que de ce que l’on voit, et nous sommes si souvent aveugle… et le reste alors, la chimie, les endorphines, l’activité de millions de cellules qui convergent vers un même but, le désir, la passion, l’euphorie parfois, la communion avec l’autre ou les autres, l’énergie qui circule en nous et autour de nous, l’harmonie. Plus tout ce que l’on ne voit pas mais que l’on devine parfois, des bonnes vibrations qui deviennent presque palpables, une sorte de plénitude qui touche parfois au mysticisme et à la spiritualité. Tout cela, le maître artisan, l’aïkidoka ou l’artiste peuvent le ressentir… si leur travail est authentique. Des privilégiés alors ? Non bien sûr, car pour revenir au début, n’importe qui peut atteindre cet état, que ce soit le promeneur solitaire, l’alpiniste chevronné, l’infirmière dévouée ou le membre d’une O.N.G. si leur cœur est ouvert et leur travail sincère. Gravir la montagne Il serait effectivement prétentieux et idiot de dire que seul l’Aïkido permet de découvrir toutes les sensations dont nous avons parlé. Il y a mille manières de gravir la montagne, toutes se valent, à partir du moment où dans la mer de nuage qui précède le sommet, nous déposons nos peurs, nos doutes, nos certitudes et notre ego pour ne plus être qu’à l’écoute de l’un ou de l’autre. « Tous les maîtres, quels que soient l’époque ou le lieu, reçurent l’appel et trouvèrent l’harmonie avec le ciel et la terre. Il y a beaucoup de sentiers qui mènent à la cime du mont Fuiji, mais il y a un seul sommet, l’Amour. » O sensei Morihei Ueshiba. ● Olivier Rousselon Passionné d’ambre, Olivier Rousselon, alias Shaun Oliver, vient de publier son premier roman, en espagnol, Ambar, La Huella del Tiempo, première partie d’une trilogie. Roman d’aventures et d’intrigues où passé et présent s’entremêlent pour mieux appréhender notre futur. www.shaunoliver.com Illustration : Sara Coët



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