Aïki Mag n°14 jun à nov 2007
Aïki Mag n°14 jun à nov 2007
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°14 de jun à nov 2007

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : FFAAA

  • Format : (210 x 285) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 2 Mo

  • Dans ce numéro : entretien avec Michel Erb, à la rencontre de l'apprenant.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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TRIBUNE mission transmission L’axe principal de transmission s’articule sur le transfert des principes de fonctionnement. La technique n’est là que pour illustrer les propos. Ainsi, quand on parle de prise d’angle, il est possible de trouver des situations de travail liées à l’attaque ou à la simple réalisation du mouvement lui-même. On pourrait tout aussi bien illustrer ces principes avec d’autres pratiques martiales. 20 Transmettre une discipline ne se borne pas à démontrer un ensemble de techniques. Si le rôle de l’enseignant parait simple et enviable, il est en pratique détenteur d’une complexité et d’une ambiguïté entre performance instantanée et bien-être à long terme. Par Alain Tisman. Lorsque le pratiquant chercher à réaliser une technique en se débarrassant d’années en années des gestes parasites afin de tendre vers le geste idéal, l’enseignant prend en compte le parcours réalisé, évalue le diagnostic du moment pour accompagner la rectification et le cheminement. C’est donc bien le regard, la posture et le temps qui prennent le pas. L’enseignant se trouve alors dans une posture de spectateur mais aussi d’acteur car il a la capacité d’enrichir l’expérience des pratiquants. À quel modèle d’enseignement pouvons-nous faire appel pour proposer une progression ? Le modèle Japonais d’où sortent les experts actuels semble performant. Ce qui caractérise son enseignement c’est que le pratiquant développe un apprentissage du corps à partir d’une répétition mécanique sans que la réflexion soit un frein. Cet
entraînement est quotidien. Dans ce système c’est le long terme qui est privilégié dans une société où le groupe est plus important que l’individu. La relation mimétique qui existe entre le maître et l’élève perdure comme une filiation. Notre enseignement se présente différemment car le sens de la pratique passe par une réflexion dans la relation corps-esprit. L’élève acquiert l’enseignement de la technique avec un objectif de progression ponctué par des examens. La relation enseignant-enseigné n’est pas la même et chacun conserve ses valeurs. La transmission s’arrête à la porte du dojo. Le modèle pédagogique auquel nous nous référons actuellement (la pédagogie par objectif) s’applique au sport. Il répond à 90% à notre discipline. Il appartient à chaque enseignant de l’acquérir comme il est, de proposer des alternatives ou de le faire évoluer. Rencontre fortuite Le dojo est un lieu d’expérimentation idéal, un laboratoire où l’on peut tester en vase clos des approches différentes. Rien n’empêche l’enseignant de présenter un double thème dans le cadre d’une séance. Par exemple, un thème technique comme shiho nage associé à un principe de fonctionnement comme la verticalité. À ce propos, les principes étant transversaux —c'est-à-dire, omniprésents dans chaque mouvement—, il n’est pas difficile de les appliquer à l’ensemble du répertoire technique. Et puis, on peut aller un peu loin dans la construction d’une séance. Ne rien prévoir, ne rien imaginer comme dans une rencontre fortuite, laisser place à l’imprévu et à la rencontre pour construire la séance du jour. Cette insécurité du moment met l’enseignant dans Chacun peut, au contact des différents partenaires, enrichir sa perception de la technique. 21 une posture d’écoute où chaque détail prend de l’importance et peut être sujet au thème du moment. La réflexion laisse la place à la spontanéité, à l’éveil des sens, à l’instantané. C’est grâce aux années de pratique et d’enseignement qu’il sera alors facile de rebondir pour passer d’un thème à l’autre et donner du sens à la transmission. L’élève y voit un enseignement renouvelé qui sort d’une certaine monotonie et d’un travail prédictible. Pour l’enseignant, c’est comme partir d’une toile blanche, appliquer des couleurs et s’étonner du résultat. Lorsque l’enseignant se met en danger, il repousse les limites de ses compétences. La progression technique et didactique passe par une expérimentation et une curiosité de tous les instants. Laissons les certitudes au vestiaire pour renouveler chaque fois le contenu de l’enseignement. Il en est de même pour l’élève. L’enseignant peut s’appliquer à mettre le pratiquant dans un inconfort, dans un déséquilibre permanent jusqu’à le bousculer afin d’initier un changement d’attitude ou le débarrasser de résistances nuisibles à sa progression ; encore faut-il que ce dernier ait la capacité de discernement nécessaire. Le pratiquant est soumis à des forces importantes de cohésion afin de maintenir l’image extérieure et l’état intérieur. L’enseignement purement technique permet de développer la densité du corps et renforce ce schéma. D’un autre coté, le pratiquant est soumis à des forces « faibles » qui tendent à le déstabiliser, à le libérer de ses peurs, de ses certitudes en l’éloignant des éléments de référence objectivables. C’est le travail du « lâcher prise ». Cette complexité permet de mieux appréhender le discours de l’enseignant dont la tendance sera de renforcer le travail de base ou de faire évoluer le pratiquant sur une autre strate. Ce dernier est dans l’attente d’une construction technique de l’élève. Sa progression pour affirmer son identité passe par un développement interne. Le champ d’action s’élargit avec l’attitude mentale. Le calme intérieur, une stabilité émotionnelle, l’écoute du partenaire, bienveillance et humilité, etc. Le développement des sensations kinesthésiques apporte une dimension supplémentaire au jeu des interactions. Ainsi, on peut transposer une séance sur le thème du ma-aï entre uke et tori à la capacité à prendre de la distance sur les évènements ; une prise d’angle à l’acceptation d’un point de vue différent ou encore la verticalité à la droiture de l’esprit et à la clairvoyance des choses.



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