Aïki Mag n°14 jun à nov 2007
Aïki Mag n°14 jun à nov 2007
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°14 de jun à nov 2007

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : FFAAA

  • Format : (210 x 285) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 2 Mo

  • Dans ce numéro : entretien avec Michel Erb, à la rencontre de l'apprenant.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 14 - 15  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
14 15
ENTRETIENMichel ERB tenaire. Souvent, lors de l’apprentissage, on se trouve confronté au problème de la technique qui ne fonctionne pas et, on est tenté de considérer que cette difficulté vient du partenaire (trop raide, trop souple, pas assez disponible, etc.) et non de soi-même. Le partenaire, devenant en quelque sorte notre propre reflet, nous aide à nous élever dans notre pratique. Pour cela, j’invite mes élèves à réfléchir sur eux même et sur ce qu’ils apportent dans l’échange qu’ils désirent établir avec leur partenaire, qui doit servir de support, afin de se construire et de découvrir leurs limites. Cela nous amène à un troisième type d’échange, que l’on peut qualifier d’introspection : l’échange avec soi-même. L’apprenant est amené à assimiler divers éléments nouveaux à chaque cours et des difficultés peuvent survenir dans sa capacité à apprendre, ayant pour effet, là encore, de lui fixer des limites. Une fois ce constat établit, il convient de les repousser et pour cela une seule méthode : le travail. La notion de travail effectué en toute sincérité nous fait prendre conscience de nous même et de nos limites. En ce sens, on peut dire que l’apprentissage est un véritable parcours initiatique dont le fondement serait de cultiver en soi l’esprit de l’apprenant. Ainsi, on ne doit pas craindre de se mettre à nu, ni de paraître ridicule, ce qui nous permet de garder un esprit d’humilité ; mais on doit également conserver une curiosité naturelle qui exclut toute forme de stagnation et qui se traduit par l’acceptation de nouveaux stimuli, la mise en situation et l’ouverture vers les autres. La réflexion et l’observation me permettent de constater régulièrement que l’objectif, tout en restant capital, est souvent moins important que la méthode ou les moyens mis en œuvre pour l’atteindre. Que pouvez-vous nous dire sur votre méthode de travail ? En tant qu’enseignant, ma pédagogie repose sur la gestion du concept triangulaire suivant : objectifs, moyens employés et vérification des habiletés acquises. La réflexion et l’observation me permettent de constater régulièrement que l’objectif, tout en restant capital, est souvent moins important que la méthode ou les moyens mis en œuvre pour l’atteindre. Ainsi, l’expérience nous enseigne qu’une véritable méthode, voire une habitude de travail, doit nous permettre, non pas simplement de conserver en mémoire pendant un certain temps des habiletés techniques acquises, mais nous donner les moyens de renouveler ces connaissances, de les vérifier, de les corriger et de les améliorer. Cela implique une véritable démarche de la part de l’apprenant. Quelle est l’importance de la notion de partenaire sur le chemin de l’apprenant ? Il ne faut pas perdre de vue qu’uke comme tori sont tous deux des apprenants. Ainsi, grâce aux conseils de l’enseignant, l’échange entre les deux partenaires, au travers du mouvement d’Aïkido, devient source d’inspiration et de perfectionnement. La relation entre uke et tori est basée sur une recherche de complémentarité, tout comme la relation enseignant et apprenant. En fait, l’acceptation des qualités et des modes de fonction-
nement de chacun devient source d’enrichissement et stimule notre apprentissage. Cependant, le chemin de l’apprenant est souvent parsemé de peurs et de doutes. En fait, ces émotions négatives sont toujours de nature à nous ralentir dans notre progression, car elles installent en nous des barrières et des limites. C’est par le travail et surtout la volonté que l’on peut transformer ces émotions négatives en un courant positif pour notre apprentissage. Ainsi, par la volonté, on développera un sentiment de courage qui fera disparaître les peurs et les doutes deviendront des certitudes. On ne cherche pas à supprimer les émotions négatives pour aller de l’avant de manière inconsciente et naïve, mais plutôt à les transformer et cela sans se laisser parasiter par un conditionnement. Une grande sincérité et beaucoup d’humilité sont les ingrédiendients de la réussite d’une transmission de qualité auprès des jeunes comme des anciens aïkidoka. ▼…La réflexion et l’observation me permettent de constater régulièrement que l’objectif,tout en restant capital,est souvent moins important que la méthode ou les moyens mis en œuvre pour l’atteindre… ▲ 15 Qu’entendez-vous par conditionnement ? Notre façon de penser est souvent gérée par notre système émotionnel. Or, cette tendance à nous identifier à nos émotions va nous bloquer dans notre progression d’apprenant. Cela découle de nos conditionnements socioculturels et même dogmatiques qui nous formatent dès notre plus jeune âge. Bien souvent, nous pensons être maître de notre vie et libre de nos choix, alors que, prisonniers de notre formatage, nos réactions et notre mode de fonctionnement deviennent, pour un œil aguerri, parfaitement prévisibles. D’un autre coté, si le formatage n’est pas dogmatique mais au contraire positif et laisse le libre arbitre à l’individu en lui permettant de développer sa créativité, il peut devenir un élément d’apprentissage bénéfique. En effet, tout enseignement repose sur la mise en place d’un cadre qui, même si au départ peut sembler rigide, sert à nous construire et à nous apprendre à fonctionner avec des repères clairs. Par la suite, et c’est là toute la difficulté de l’enseignant, le cadre installé doit pouvoir devenir suffisamment flexible, afin qu’en tant qu’apprenant, on n’ait pas à le subir, mais qu’on puisse le vivre consciemment. C’est ainsi que l’apprenant gagnera une forme de liberté qui lui permettra d’entrevoir des applications spontanées et parfaitement efficaces. Pour ma part, j’ai la chance de pouvoir vivre cela en ma qualité d’élève de Christian Tissier qui, à travers son enseignement, continue à me surprendre à chacune de nos rencontres. Il représente pour moi un véritable accélérateur dans ma recherche d’aïkidoka. Il suffit bien souvent de prendre conscience que, tirant notre nourriture du passé devenu un présent qui se doit d’être vécu intensément, nous avons la capacité d’entrevoir notre futur. Comment appliquez-vous cela dans votre pratique quotidienne ? Le véritable danger est de se figer à un moment donné de son évolution, en perdant de vue le principe de mouvement. L’Aïkido nous enseigne le mouvement, le déplacement, la vigilance, la présence et la bienveillance à travers l’échange et le partage. Or, il suffit bien souvent de prendre conscience que, tirant notre nourriture du passé devenu un présent qui se doit d’être vécu intensément, nous avons la capacité d’entrevoir notre futur. Cela nous donne les moyens d’être maître de notre vie et libre de nos choix… C’est ce que j’essaie aujourd’hui de mettre en application dans ma pratique de l’Aïkido. ●



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :