Aïki Mag n°13 déc 06 à mai 2007
Aïki Mag n°13 déc 06 à mai 2007
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°13 de déc 06 à mai 2007

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : FFAAA

  • Format : (210 x 285) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 2,0 Mo

  • Dans ce numéro : Aïkibudo, Yudansha l'étape essentielle.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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ENTRETIENPascal GUILLEMIN Pour Pascal Guillemin, 5e dan, la pratique de l’Aïkido doit être une aventure humaine centrée sur un partage sans retenue. Son credo, transformer l’attaque en échange, mettre de la fluidité dans la technique, au dojo comme dans la vie. de la fluidité dans l’échange Quand je vous dis Aïkido, que vous vient-il immédiatement à l’esprit ? Liberté, liberté d’action, non-opposition, échange, fluidité. Un système d’éducation remarquable. Et quand vous pensez à votre premier contact avec l’Aïkido… J’avais 15 ans et, comme pour la plupart des jeunes qui débutent, pour moi c’était au Cercle Tisser à Vincennes, j’ai été impressionné par l’ambiance, le calme, la sérénité. Je venais d’un milieu un peu plus chahuteur. Ça m’a pas mal surpris et surtout bien intéressé. Dès le premier cours, j’ai été séduit par la subtilité de la discipline, à savoir que l’on pouvait immobiliser ou faire chuter quelqu’un très simplement en maîtrisant la mécanique du corps, ce qui n’est pas tout de suite évident. Mais surtout, dès les premiers cours, j’ai pris beaucoup de plaisir, ça a été une révélation pour moi au point que deux mois plus tard je décidais d’être un jour professionnel, sans même savoir si cela existait. J’ai tout de suite cherché à savoir si c’était possible, s’il y avait un cursus particulier. Je suis arrivé à l’Aïkido par hasard, j’étais plutôt un sportif, je faisais du foot, du tennis, j’ai même passé une sélection au PSG. J’ai été pris et renvoyé le même jour, incompatibilité d’humeur. Aujourd’hui, avec mon passé d’Aïkido je gérerais la situation différemment. En fait, je ne me retrouvais pas dans les disciplines collectives. Un copain qui s’était mis au Karaté m’a apporté un magazine spécialisé dans lequel il y avait un article avec une interview de Christian Tissier, il y abordait beaucoup de questions et parlait aussi de Yamaguchi senseï. Je ne suis pas sûr d’avoir tout compris à l’époque, mais je me souviens qu’il s’en dégageait quelque chose de particulier, de nouveau, d’intéressant pour moi. Le Cercle étant à moins d’un 1/4 d’heure de chez nous, je suis allé voir et là j’ai été séduit tout de suite. Un vrai concours de circonstances en somme, un pur hasard, si cela existe vraiment, mais j’avais besoin à ce moment de me recaler, d’aller vers quelque chose d’efficace pour l’ado que j’étais. Dans le foot ou le tennis, il est question de compétition, de victoire, de défaite, je me trouvais subitement dans un univers sans agressivité, où l’harmonie était la valeur de référence. En Aïkido où se trouve la victoire à vos yeux ? S’il y a une victoire, je l’envisage vraiment comme quelque chose de personnel, sur et par rapport à soi. À aucun moment, je ne cherche à être en compétition pour être meilleur que tel ou tel autre. Pour moi, le 8 défi de tous les instants est de chercher à me bonifier, à m’améliorer avec le temps, de gommer toutes les tensions physiques, les velléités. L’Aïkido me permet d’avoir pas mal de recul et de mettre de la fluidité dans la vie de tous les jours. Cet Aïkido que vous avez vu à Vincennes correspondait-il à ce que vous imaginiez ? Si ç’avait été différent, je ne suis pas sûr que j’aurais continué dans cette voie. Je n’imaginais pas quelque chose de particulier en allant voir de l’Aïkido, je n’imaginais pas que ce que j’ai vu et fait pouvait exister. Je dirais que le côté incisif dans la fluidité de notre pratique me convient bien. Certaines formes d’Aïkido, certains enseignements, ne me conviennent pas, même si c’est très bien qu’ils existent pour ceux que cela intéresse. Vous pratiquez beaucoup. L’entraînement, c’est très important ? C’est vrai que, tout de suite, je me suis mis à m’entraîner 3 à 6 heures par jour, pendant plusieurs années, en suivant Christian Tissier partout en France comme à l’étranger, avec la volonté de ne jamais lâcher. Très vite, j’ai compris que, même dans les moments les plus
durs, je ne devais pas lever le pied, non pas par rapport à mon entourage mais par rapport à moi. Je voulais me prouver certaines choses, tant physiquement que mentalement. Mental et physique sont indissociables en Aïkido. Développer des qualités mentales est primordial pour progresser. De plus, en devenant professionnel, je ne pouvais pas me permettre de m’arrêter au premier bobo, au premier coup de blues ou de fatigue. C’est vrai qu’aujourd’hui je suis dans un entraînement de type sportif de haut niveau, avec un suivi médical, une alimentation adaptée. Je n’ai jamais lâché sur le tatami malgré quelques petits problèmes dûs à une pratique intense, jusqu’à 6 heures par jour. Ce n’est peut-être pas ce que je conseillerais à mes élèves, mais je m’applique cette règle. J’ai enchaîné entraînements, cours et démonstrations sans problème, c’est dans mon tempérament. J’avais besoin de ça pour être en accord avec moi-même. L’Aïki peut-il être une forme de dopage ? J’entends bien ce que vous voulez dire. Si c’est un dopage, c’est un bon dopage dans la mesure où il fait avancer, progresser, sainement. La discipline est saine, le message est sain, bien sûr l’entourage a son importance dans la réalisation personnelle La fluidité dans l’application des techniques garantie une pratique de qualité de l’Aïkido. de chacun. J’imagine que les pratiquants viennent tous chercher un peu la même chose. L’Aïkido reste un art martial, mais la technique ne sert pas uniquement à immobiliser, c’est surtout un excellent outil pour une autre recherche, pour développer autre chose comme le bien-être, le relâchement des tensions musculaires, nerveuses ou psychologiques. Dans la pratique de l’Aïkido, la communication, l’échange avec un partenaire doit se prolonger dans la vie courante. En fonction de la qualité de cet échange, on peut presque dire si le partenaire a passé une bonne journée ou pas. Avez-vous le sentiment d’être au cœur de votre projet en Aïkido ? Quand j’ai débuté l’Aïkido, au bout de deux mois je voulais être pro, j’ai « lâchement » laissé de côté mes études. J’ai l’impression d’être tout de suite tombé dans un sportétude Aïkido. Mon premier cours, je l’ai donné à 19 ans « à condition de ne pas prendre sur tes heures d’entraînement », m’avait dit Christian Tissier. J’ai véritablement commencé à enseigner plus tard bien sûr, mais aujourd’hui je crois que je me suis rapproché de ce que j’avais envie de faire en Aïkido. Maintenant, il y a encore plein d’aspects à développer, à mettre en valeur. Pour avoir, par exemple, enseigné en milieu hospitalier ou carcéral, je m’aperçois qu’il y a encore devant nous, devant moi, des champs entiers à défricher, où l’Aïkido peut s’exprimer pleinement. Je ne serai jamais totalement satisfait, mais je progresse tous les jours un peu plus vers le but fixé. Comment définissez-vous le uke idéal, que lui demandez-vous ? D’abord d’avoir une bonne relation avec tori. La notion de contact est primordiale pour moi. Je repense à ce propos au stage avec Endo senseï. Il faut faire en sorte que la technique ne soit pas chorégraphiée, ne pas perdre le lien, l’intention entre uke et tori. J’aime la présence de uke comme la conçoit Endo senseï. Il est important de conserver la notion martiale de fond de l’Aïkido. On parle d’attaque, et même si l’aboutissement n’est pas celui de certains autres arts martiaux, uke comme tori ne peuvent pas négliger cet aspect de notre pratique. C’est un élément de la richesse de l’Aïkido. Quelles ont été vos rencontres 9 fondamentales ? Je dirais une rencontre essentiellement, Christian Tissier. Avec Christian Tissier, j’ai vraiment appris la rigueur. Son exigence de perfection me convient parfaitement. Sa présence est toujours un enrichissement pour moi, ses qualités humaines, sur le tatami comme dans la vie lui confèrent cette facilité à gommer les problèmes et les aspérités. Je me souviens qu’à mes débuts, il y a plus de 20 ans maintenant, j’étais en seiza, on travaillait à trois avec deux partenaires, il me dit : « Ce que tu es en train d’apprendre là, ça te servira dans la vie de tous les jours », il m’a dit ça comme ça, en passant. J’avais 16 ans, j’ai compris après coup qu’il ne parlait pas de résoudre une situation par la confrontation mais qu’il parlait d’échange de respect, de reconnaissance, de partage. Christian Tissier m’a transmis des principes que j’essaie de mettre en pratique dans la vie, au dojo comme à l’intérieur d’une centrale pénitentiaire. Ne pas rester en butée, négocier les problèmes, si ça ne passe pas en omote, passer en ura. Que vous ont apporté des senseï comme Endo ou encore Yasuno ? Entre le dynamisme de Yasuno senseï et le relâchement d’Endo senseï, on a presque toute la gamme de l’Aïkido. Je dirais que le relâchement physique et mental chez Endo senseï, au delà de la technique, nous montre la voie mais aussi le travail qu’il nous reste à faire pour atteindre ce niveau d’expertise. Avec Endo senseï, on se rend compte que la technique est un alibi, un outil pour aller vers d’autres domaines pas très évidents, à première vue, pour certains qui peuvent penser que l’Aïkido se résumerait à une technique pour casser des bras ou immobiliser un agresseur. Endo senseï nous montre que le relâchement en Aïkido est aussi un moyen formidable pour la gestion mentale du stress. C’est là un des bienfaits sur lequel nous devrions, je crois, communiquer davantage.



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