Aïki Mag n°13 déc 06 à mai 2007
Aïki Mag n°13 déc 06 à mai 2007
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°13 de déc 06 à mai 2007

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : FFAAA

  • Format : (210 x 285) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 2,0 Mo

  • Dans ce numéro : Aïkibudo, Yudansha l'étape essentielle.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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TRIBUNE l’enchaînement des techniques devient plus concret, de même que sous une frappe qui pourrait être définitive, l’esquive devient évidente. La pratique avec armes perse réaliser par la pratique d’une LL’approche de l’Aïkido varie selon chaque individu, sa propre histoire et ses motivations, que l’on soit homme ou femme. De fait, il n’y a pas qu’une seule pratique possible de l’Aïkido. Me concernant, j’ai débuté l’Aïkido en 1985, avec maître Wayne Tourda, en Californie, où je résidais à l’époque. Wayne Tourda pratiquait le style Yoshinkan. Il avait étudié sous la direction de Shioda senseï, à Tokyo de 1969 à 1973. Il étudiait également le bouddhisme zen de la secte Soto. Ses cours étaient caractérisés par la ponctualité, la rigueur et le silence. Cela correspondait parfaitement à ce dont j’avais besoin à cette période de mon existence. Après plusieurs années d’interruption de ma pratique, j’ai intégré, sept ans durant, le dojo d’Irène Lecoq, à Bordeaux. Je lui suis reconnaissante pour sa bienveillance et sa grande disponibilité. Elle m’a amenée au 1er dan et, j’en garde aujourd’hui le souvenir d’une expérience positive. En 1993, j’ai rencontré Philippe Grangé à son retour du Japon. J’avais été subjuguée par la maîtrise de son art. Quatorze ans plus tard, j’ai toujours autant d’émoi à le voir évoluer sur le tatami. Il incarne l’Aïkido tel que je le perçois, avec aisance, puissance et efficacité, sans force externe. L’art martial est un outil de réalisation personnelle mis à la disposition de tous, plus particulièrement l’Aïkido, comme nous le dit Claire Léger pratiquante convaincue de la voie de l’harmonie. S’épanouir par la pratique L’Aïkido est peut-être avant tout une aventure humaine faite de rencontres, d’affinité et de complémentarité, une quête de connaissance de soi, au contact de l’autre. Une tentative de relier le corps et l’esprit, être et faire taire l’ego pour certains, paraître et faire briller l’ego pour d’autres. La recherche d’un maître, d’une appartenance pour quelques-uns, une recherche plus personnelle et intime pour d’autres, où l’enseignant n’est que le chef d’orchestre qui permet la tentative de jouer sa propre musique. Un des buts évidents de la pratique de l’Aïkido est l’épanouissement de l’individu, une démarche personnelle. Cette quête nécessite-elle de se fondre dans un groupe pour y parvenir ? Pour s’épanouir il faut, me semble-t-il, être d’abord en harmonie avec soi-même, et chacun a sa part de responsabilité dans cette démarche. D’où l’importance du choix de son dojo. Que cultive le maître des lieux au-delà des techniques ? Le respect, l’ouverture, l’accomplissement, la bonté, la soumission, l’intimidation, la violence et/ou sa popularité ? Gardons à l’esprit que fréquenter un dojo est un acte volontaire, un choix libre et conscient. Après l’entraînement, c’est un sentiment de plénitude que l’on doit ressentir avec des moments de réflexion, d’évaluation personnelle et de doutes face à sa pratique. Sans remise en question, il y a peu de progression possible. Chaque être souhaite le bonheur. Celui-ci se cultive et se partage, il ne doit pas exister au détriment 18 de l’autre. Il est fait de bienveillance, de connaissance, de reconnaissance et d’altruisme. Alors, se fondre dans un groupe, oui, mais pour faire corps, dans la quête de l’harmonie, de l’équilibre, avec le souci de l’avancement de chacun, et ensemble. Des facteurs, comme la mixité dans le groupe, peuvent également être déterminants. La mixité sur le tatami, cette spécificité de l’Aïkido, enrichit la pratique puisqu’elle crée davantage de paramètres à intégrer dans la manière d’appréhender les forces, les déséquilibres, les réactions, les sensibilités, l’autre. Dans certains sports de combats, il existe des catégories de sexe et de poids, parce qu’il y a confrontation et compétition. L’Aïkido, justement, vise à transcender ces aspects, l’une de ses caractéristiques étant de se préserver tout en respectant l’intégrité de l’adversaire. De même la pratique des armes est un facteur d’évolution positive. Chaque arme ayant sa spécificité, elles nous font appréhender l’espace temps et la distance différemment. La vigilance par exemple est accrue face au tranchant potentiel d’une lame et sur certaines attaques, Claire Léger, pratiquante de l’union de l’énergie et de l’esthétique dans la voie de l’harmonie.
voie martiale met de bien prendre conscience de la valeur des attaques, car trop souvent elles me semblent négligées dans l’Aïkido que je vois ici ou là. Uke n’est que rarement suffisamment présent, sincère et généreux dans son attaque, ou alors, parfois, les attaques sont carrément suicidaires. Il faut mettre un maximum d’attention dans l’attaque. Une manière de se structurer est d’être présent à tous les instants, que l’on soit tori ou uke. Le chemin de la réalisation n’est fait que d’une accumulation d’instant, dans lesquels résident l’éphémère et l’éternel qui se renouvellent sans cesse, sans jamais être tout à fait les mêmes. Tori et uke, deux aspects d’une réalisation harmonieuse L’harmonie est une quête perpétuelle dans l’Aïkido, car même en l’ayant intellectuellement intégrée, il n’est pas toujours aisé de garder le contact, d’être centré, d’avoir les hanches bien orientées, suivre ou emmener l’autre sans le contraindre, d’accepter sans se soumettre, d’être à la fois enraciné et mobile, dans le bon timing. Etre avec, mais pas contre, que l’on soit tori ou uke. Mais la recherche de l’harmonie peut aussi passer par la pratique d’une autre voie, en allant puiser dans un ailleurs très proche les éléments complémentaires. Pour ma part j’étudie le Pakua Tai Chi Chuan, de maître He Fu-Chen (92 postures), enseigné par Philippe Grangé. Le Tai Chi peut être pratiqué seul comme à plusieurs, à l’extérieur comme à l’intérieur, sans structure spécifique. Il nécessite un travail volontaire, indépendant et solitaire, lorsqu’il s’agit par exemple de mémoriser une forme tout en reliant l’infiniment petit, l’écoute de l’intérieur, et un travail de la conscience, notamment lors d’une pratique en extérieur, où l’on est plus sensible au son, à l’ombre et à la lumière, au vent et aux variations climatiques, différents aspects, ayant chacun un ascendant sur notre état d’esprit, de conscience et de sensibilité. La complémentarité des deux arts est réelle, mais pour moi, c’est plus encore une question de liberté. C’est aussi un outil pour le développement de l’énergie interne qui permet d’enrichir et de nourrir sa pratique, énergie qui apporte plus de profondeur et d’autres perspectives à notre art. Le corps s’use au fil du temps et, face à cette réalité, il n’y aura que la maîtrise de l’énergie interne acquise qui maintiendra la pratique en éveil. Si la pratique se résume à un travail mécanique de l’enchaînement des techniques, à d’inlassables chutes et contraintes aux articulations, celle-ci ne servira, en finalité, qu’à contribuer à l’usure prématurée du corps. 19 ▼…L’harmonie est une quête perpétuelle dans l’Aïkido,car même en l’ayant intellectuellement intégrée,il n’est pas toujours aisé de garder le contact, d’être centré,d’avoir les hanches bien orientées,suivre ou emmener l’autre sans le contraindre… ▲ Esthétique martiale et réalisation De plus l’esthétique des arts chinois rejoint, dans la réalisation personnelle, celle de l’Aïkido. Dans tous les arts martiaux, la beauté a sa place. Ce qui est beau plaît à l’œil et à l’esprit. L’Aïkido est japonais et lorsque l’on connaît un peu le Japon, on peut constater que l’esthétique n’y est pas considérée à la légère. Elle n’a rien de superficiel, ce serait même l’inverse, plutôt une marque de respect, de dignité, d’amour propre, voire de divin. L’emballage, même d’un produit courant, devient presque une œuvre d’art dans sa conception. N’oublions pas que l’art est un aspect constitutif de l’humain qui le différencie de l’animal. Ensuite, si l’on veut parler de l’efficacité martiale, j’ai seulement envie de dire que la beauté du geste technique n’a rien d’incompatible. Au contact, sur le tatami, j’ai eu des partenaires efficaces avec la beauté du geste et j’ai aussi rencontré l’inverse… Mais, avec la beauté du geste, c’est tellement plus agréable ! En tout cas, il suffit de regarder Morihei Ueshiba O senseï, pour se faire sa propre idée… ● Claire Léger



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