Aïki Mag n°13 déc 06 à mai 2007
Aïki Mag n°13 déc 06 à mai 2007
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°13 de déc 06 à mai 2007

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : FFAAA

  • Format : (210 x 285) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 2,0 Mo

  • Dans ce numéro : Aïkibudo, Yudansha l'étape essentielle.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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KINOMICHI une culture de l’accueil En quoi les techniques du Kinomichi sont-elles différentes de celles de l’Aïkido ? La voie de l’union des souffles se distingue-t-elle du Chemin de l’énergie, certainement, mais la source d’inspiration est la même, Morihei Ueshiba. En 1973 j’ai commencé à pratiquer « l’Aïkido de Noro » comme on disait alors, pour le distinguer de celui de Tamura Nobuyoshi. J’étais fasciné autant par la puissance du mouvement que par la beauté du geste, à la fois ample et juste. Sa pratique était large et fluide : spacieuse. En 1979, Noro sensei nous parla fièrement de la nouvelle enseigne jaune et noire qu’il venait de poser à l’entrée du dojo de la rue des Petits-Hôtels. Je ne comprenais rien à ce changement auquel il avait l’air de tenir. Pourtant une bifurcation, d’abord insensible puis grandissante, venait de s’accomplir. Le Kinomichi était né. Y a-t-il une différence entre l’Aïkido et le Kinomichi ? Une différence de nom ? Pour une oreille française certainement. Mais un Japonais entend la proximité des deux mots. Do et michi désignent également le chemin, la voie, aux sens propre et figuré. D’où l’idée de méthode. Ki, signifiant la capacité de mobilisation, le tonus ou l’aura, se retrouve dans les deux mots. Enfin, no est un terme de liaison qui marque l’unité, comme aï désigne l’union. Même si « la voie de l’union des souffles » n’est pas tout à fait « le chemin de l’énergie », l’idée est la même : une harmonie avec l’autre en travaillant l’accueil et l’expansion en douceur. Pourquoi donc changer de nom ? Par fidélité à son maître et par respect de l’étiquette japonaise. Dans la culture nippone, garder le même nom signifie observer toutes les règles de filiation. Or, maître Noro prit l’initiative de changer certains points en intégrant dans sa formation d’Aïkido des éléments européens, comme la gymnastique Ehrenfried. Il ne pouvait donc garder le même nom. Comme Morihei Ueshiba passa du Daïto-ryu à l’Aïkido en fusionnant des techniques d’origines diverses, Noro sensei passa de l’Aïkido au Kinomichi. 14 Une différence de technique ? Observant les gestes et déplacements du Kinomichi, un aïkidoka y verra un air de famille : les taï-sabaki sont les mêmes, il retrouvera irimi-nage sous santen, ou ikkyo sous ichi ; yoko-men ressemblera à la sixième forme de contact. Le stage commun de maître Noro et Christian Tissier à Nanterre, le 8 avril 2005, a montré aux pratiquants des deux bords que les points de tangence étaient nombreux. Maître Noro répète que les techniques du Kinomichi sont celles de l’Aïkido. Tous ceux qui l’ont longuement fréquenté savent à quel point l’enseignement de Morihei Ueshiba lui tient chevillé au corps. Où est la différence alors ? Une astuce administrative de la part de Noro sensei pour fonder sa propre fédération, comme je l’entendis dire dès 1983, ou pour fuir les critiques contre son style ? Ce serait mal le connaître, et rater une notion centrale : l’évolution. Noro sensei est un créateur de formes et un développeur d’énergies. Sa pra-
tique n’est donc pas fixée une fois pour toute. Le Kinomichi de 1979, encore proche de l’Aïkido, ne ressemble pas à celui de 1991, axé sur les étirements, ni à celui de 2006, lié à une dynamique construite à deux. Mais en quoi est-ce différent ? Maître Noro pense que la différence entre Aïkido et Kinomichi ne tient pas à la technique, mais à l’orientation du ki, à la finalité qu’on lui donne, à la manière de la déployer. Fort de mon expérience d’« ancien », je vais tenter d’identifier une ligne de démarcation d’après la rééducation physique que j’ai du opérer en mon corps, initialement formé par le Judo et l’Aïkido, pour accomplir les gestes du Kinomichi. LE KINOMICHI ET LES ARMES Donner un autre sens à l’énergie et effacer toute référence au combat semble exclure la pratique des armes. Pourtant maître Noro n’a jamais cessé de les enseigner. Estce contradictoire ? Non. Observant l’Europe, il a constaté que l’escrime y était encore un sport noble, même si plus personne ne portait l’épée ! La pratique d’une arme a donc une valeur éducatrice. Ce ne sont plus des « armes » (outils de mort), mais des « instruments » (outils de construction). Délaissant le tanto, lié à une volonté d’agression, il a adapté l’enseignement du jo, du boken, et du iaï aux gestes du Kinomichi. Ces instruments sont des révélateurs de défaut. Le Iaï inculque la rigueur et la beauté du geste juste. Le boken nous permet de répéter le même geste jusqu’à la pureté. Ces deux sabres nous obligent à travailler l’expansion, des pieds aux mains. Le jo, exercé seul, permet de mesurer l’amplitude d’un mouvement, de matérialiser la spirale de notre corps, avant d’appeler un partenaire au contact. Travailler le jo à deux, c’est essayer de sentir l’influence de l’autre dans le bois même. Les « armes » concourent donc nécessairement aux progrès d’un pratiquant de Kinomichi. a) L’abandon de toute notion martiale. Pour comprendre cela il faut voir l’évolution physique et mentale de Noro sensei. Lui, dont tout le monde admirait la puissance, qui se croyait indestructible, s’est trouvé anéanti par un grave accident de voiture en 1966. Tout l’imaginaire guerrier du budo se trouvait rayé d’un trait. Mais en même temps Noro sensei puisa dans les gestes de l’Aïkido l’énergie nécessaire pour se reconstruire. Il fallait donc dépasser une contradiction inhérente à l’Aïkido : s’il était amour et union, pourquoi enseignait-on le « combat » ? Le rapport défense/attaque n’était qu’illusion et vanité. Délivré de l’esprit de rivalité, il lui fallait une technique épurée de toute trace de combat et ne garder de l’Aïkido que l’accueil, le souffle fluide, la spirale formatrice, sans passage en force. Du coup il a renoncé au principe de la frappe : - dans les mouvements, les atémis qui arrêtaient la dynamique, qui simulaient l’hostilité d’un « adversaire », la riposte de tori, et la contre-riposte de uke, ont été supprimés pour laisser le mouvement couler librement, sans heurts ni arrêts, dans la confiance mutuelle des partenaires ; - dans les ukemi, la frappe du sol, censée absorber le choc, a été remplacée par un travail très fin sur l’arrivée au sol, sur un arrondi du contact qui estompe tout choc. D’où un ukemi silencieux. Renonçant au terme de « chute », synonyme de déchéance dans l’esprit occidental, on parle simplement de « roulade ». Celle-ci n’est pas l’esquive de uke pour fuir une douleur, mais l’ultime Stage réunissant, dans une parfaite harmonie, les pratiquants des deux disciplines sous la direction des senseï Noro et Tissier. 15 déploiement du geste de tori, uke allant au sol pour laisser passer en lui le geste de tori, comme une algue ondoie sous l’influence d’un courant. b) Le contact Comment réformer mes gestes et ma mentalité pour me délivrer du rapport de force ? Noro sensei repartit du point de départ : le moment où l’un « saisit » l’autre. La « saisie » se veut capture, contrôle, domination. Elle a donc été convertie en contact : venir l’un vers l’autre, d’un élan égal, pour



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