Aïki Mag n°13 déc 06 à mai 2007
Aïki Mag n°13 déc 06 à mai 2007
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°13 de déc 06 à mai 2007

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : FFAAA

  • Format : (210 x 285) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 2,0 Mo

  • Dans ce numéro : Aïkibudo, Yudansha l'étape essentielle.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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AÏKIDO application du principe de l’art du sabre La voie de l’aïki et la voie du sabre sont apparemment radicalement différentes, l’Aïkido se pratiquant à mains nues, tandis que l’art du sabre requiert l’usage d’une arme. Mais une fois le vernis ôté, de nombreux points communs apparaissent. Il est fait référence ici au kenjutsu, art du sabre de combat, et non au Kendo qui est un sport de compétition. L’Aïkido présente des similitudes avec l’art ancien plutôt qu’avec son expression moderne. Il est communément admis que l’Aïkido se rapproche plus du Judo que de l’art du sabre. Cela est tout à fait compréhensible si l’on considère que ces deux formes d’art martial se pratiquent à mains nues, et que, si l’on se réfère un tant soit peu au passé du fondateur Morihei Ueshiba, le Jûjutsu a joué un rôle prépondérant dans la création de l’Aïkido.Le fondateur, qui a longtemps pratiqué le Jûjutsu de l’école Daitô, a adapté un certain nombre de ses principes à l’Aïkido ; et des techniques telles que les clefs aux poignets, les frappes, les projections ou les immobilisations ont été élaborées à partir du Jûjutsu traditionnel ou de sa forme moderne, le Judo. Mais les similitudes sont gommées par les différences. En Aïkido, par exemple, il n’existe pas d’équivalent à la prise de la manche ou du revers du kimono indispensable en Judo.Du fait de l’absence de corps à corps et de compétition, l’Aïkido n’intègre La voie de l’aïki et la voie du sabre sont, malgré leur apparence, intimement liées quant à leurs principes de base, mouvements ou modes d’application. Par Kishomaru Ueshiba. pas de techniques offensives. Il n’existe pas de techniques au sol visant à immobiliser l’adversaire par des clefs ou des étranglements. Les fondamentaux Parmi les nombreuses similitudes entre l’Aïkido et l’art du sabre, on trouve certains fondamentaux : la position de garde, la distance ou l’espace séparant deux personnes, le regard, les déplacements de pieds, ainsi que les applications techniques, qui sont étonnamment semblables pour ne pas dire identiques. Alors qu’en judo, le kimono se porte lâche afin de faciliter le corps à corps, en Aïkido comme en Kenjutsu, la tenue standard est le hakama, la longue jupe pantalon traditionnelle des Japonais qui offre une grande liberté de mouvement lorsque deux personnes se font face. Le hakama se retrouve également en Kendo accompagné de diverses protections. En Aïkido, les débutants ne portent généralement pas de hakama. La comparaison détaillée de l’Aïkido et de l’art du sabre ne révèle que peu de différences. La prise de distance (ma-ai) peut en être un exemple. Dans l’art du sabre, la distance correcte entre deux personnes est donnée par les deux extrémités des sabres, se faisant face, qui doivent se 12 croiser légèrement afin que d’un seul pas il soit possible de porter un coup mortel à l’adversaire. En Aïkido, lorsque deux personnes se font face, en position hanmi, les mains symbolisant les lames des sabres, ne se touchent pas, et la distance correcte doit permettre un maximum d’efficacité dans l’entrée (irimi). De plus, avec un sabre, le principe de base restera le même lors de la prise de distance quelle que soit la hauteur de la lame. En Aïkido, il variera selon la technique : les deux partenaires à genoux, un partenaire à genoux l’autre debout, ou les deux partenaires debout ; un pratiquant faisant face à plusieurs adversaires ou à un adversaire armé. À cet égard, il n’est pas possible d’établir une équivalence scrupuleuse entre l’Aïkido et l’art du sabre, mais, comme nous l’avons souligné plus tôt, les principes de base, les mouvements et les modes d’application présentent de nombreux points communs. Ces similitudes ne sont pas le fait du hasard, maître Ueshiba ayant dès le début souhaité faire bon usage des avantages inhérents à l’art du sabre. Il consacra pour ce faire beaucoup de temps et d’énergie à les adapter pour les intégrer à l’Aïkido. L’étude du sabre Dès son plus jeune âge, maître Ueshiba s’intéressa à la pratique du sabre. En fait, avant d’être totalement absorbé par le Daitô jûjutsu, il employa son temps à l’étude du sabre pour en maîtriser les principes. Même après avoir placé l’Aïkido au rang de budô, il aimait à pratiquer le sabre et le hokuto (sabre de bois). Il fut un temps où le Kôbukan Dôjô abritait un cours de Kendo, et entre 1936 et 1940, plusieurs membres éminents du Yushinkan, Nakakura Kiyoshi, Haga Jun’ichi, Nakajima Gorôzô et d’autres, fréquentèrent notre dôjô. Dans ma jeunesse, le fondateur m’incita à étudier l’art du sabre de l’école Kashima shintô, ce qui démontre bien son profond attachement à cet art et le respect qu’il lui porte. L’Aïkido ne fait usage d’aucune arme, c’est fondamentalement un art martial qui se pratique à mains nues, mais la main, par exemple, ▼…Shihô-nage est l’exemple par excellence. Le principe de la technique est calqué sur la manipulation du sabre… ▲
n’est pas une simple extension du corps. Parler du sabre de la main (tegatana) laisse suggérer que la main devient une arme en coupant comme un sabre. Et lorsque la main est utilisée comme un sabre, le mouvement suit naturellement le mouvement du sabre. Ceci est l’exemple même de la manifestation concrète d’un principe de l’art du sabre dans un mouvement d’Aïkido. Shihô-nage en est l’exemple par excellence. Le principe de la technique est calqué sur la manipulation du sabre. Debout, en garde droite ou gauche, le sabre est levé pour couper dans quatre, seize ou huit directions. À partir des techniques de base de l’Aïkido, entrée et spirale, le sabre de la main projette les partenaires dans quatre, huit ou seize 13 Morihei Ueshiba ci-dessus avec Rinjiro Shirata et, ci-contre, pratiquant des kumi tachi avec Kishomaru Ueshiba. directions. Cette technique peut être modulée à l’infini selon la situation ou l’urgence. Lorsque l’attaque est un coup venant de la droite ou de la gauche de l’adversaire, il est possible d’y répondre avec shihô-nage. Si l’attaque consiste à saisir les deux poignets par l’arrière, il est encore possible, à partir de cette position, de réaliser shihô-nage. Lorsque les attaquants attrapent les épaules d’un partenaire à genoux, ce dernier peut se défendre avec shihô-nage. Quelle que soit la situation, shihô-nage suit à peu près la même construction. Dans un premier temps, l’équilibre de l’adversaire est déstabilisé par l’entrée et le mouvement de rotation. Dans un deuxième temps, l’adversaire est amené à suivre le mouvement de rotation du défenseur. Pour finir, la main gauche ou la main droite (quelquefois les deux) est utilisée comme un sabre, levée au-dessus de la tête pour redescendre rapidement afin de projeter l’adversaire. Dans shihô-nage, chaque mouvement est dicté par la volonté d’utiliser la main comme un sabre. Cela signifie aussi que la main de l’adversaire est perçue comme une lame. Bien qu’aucune des parties ne soit armée, l’action est aussi intense que si deux lames nues devaient se rencontrer. Shihô-nage suppose que puissance et efficacité émanent de la concentration du ki et que l’écoulement du ki, issu du souffle-énergie, s’ex-prime totalement au travers de la main – la lame du sabre – dans une coupe précise et puissante. Parmi les technique d’Aïkido, shihô-nage est considérée comme marquant le commencement et la fin de la pratique, la perfections dans sa réalisation com-me la démonstration de la maîtrise en Aïkido. Cela est dû au fait que cette technique symbolise plus que tout autre la relation intime existant entre l’Aïkido et l’art du sabre. Bien que l’Aïkido soit fondamentalement un art martial ne faisant usage d’aucune arme, et que l’entraînement consiste le plus souvent à opposer deux adversaires à mains nues, il existe de nombreuses applications des techniques de base pour lesquelles il sera nécessaire de recourir à un sabre, couteau, bâton court ou long. Dans ces cas particuliers, le principe d’utiliser la main comme un sabre sera inversé, les armes étant utilisées et manipulées non plus comme des objets mais comme des extensions du corps. Le génie du fondateur Ce qui précède devrait suffire à démontrer la relation étroite entre l’Aïkido et l’art du sabre. Mais cela ne nous aide pas à comprendre pourquoi le fondateur intégra l’art du sabre à l’Aïkido. De plus, il nous faut reconnaître le génie du fondateur qui créa l’Aïkido en s’inspirant fondamentalement de deux arts martiaux de toute évidence de nature différente : le Jûjutsu classique et l’art du sabre. Son originalité ne réside pas uniquement dans la combinaison ainsi obtenue mais également dans la mise en forme d’un nouveau budô qui sut tirer ce qu’il y avait de mieux des budô antérieurs. En créant l’Aïkido, le fondateur réalisait son plus ardent désir : préserver dans le monde moderne l’héritage inestimable du budô. Afin de parvenir à ses fins, il dépassa les querelles de forme pour appréhender l’essence de chaque art martial, souhaitant la voir revivre dans un nouveau budô. Il fut guidé en cela par sa profondeur de quête spirituelle, cherchant à découvrir au travers du budô une philosophie à même de donner la vie et de la préserver. Le cœur du budô fut transformé pour devenir le cœur de l’Aïkido, le chemin de l’harmonie et de l’amour. ● Kishomaru Ueshiba À lire : L’Esprit de l’Aïkido Budo Éditions



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