Aïki Mag n°12 juin à nov 2006
Aïki Mag n°12 juin à nov 2006
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°12 de juin à nov 2006

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : FFAAA

  • Format : (210 x 285) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 2,1 Mo

  • Dans ce numéro : Mare Seye, ouvrir les portes du partage.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 18 - 19  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
18 19
AÏKIBUDO l’idéogramme BU martiale attitude Il n’est pas rare que certains aïkidoka aillent voir les pratiquants d’Aïkibudô, et leur demandent ce qui caractérise leur art. Rapidement, les explications portent sur l’existence de l’idéogramme Aï KI BU DO Opérons tout d’abord un petit cours de sémantique et énumérons rapidement les quatre composantes de notre art. Tout d’abord, le symbole Aï signifie s’accorder, s’unir. Cette approche est assez intéressante pour un art martial qui donne une première conception du rapport à l’autre. Vient ensuite le symbole KI. Ce dernier représente l’énergie mais aussi la force, l’âme, la vie. Ce concept donne tout autant du corps à l’art martial. En réunissant ces deux premiers points, on arrive à l’union des énergies. Cette union dépasse très largement le simple cadre de la pratique martiale car elle peut se traduire par un état d’être universel, un état tellement absent dans nos sociétés modernes Terminer l’immobilisation par un atemi d’expression martiale. Le dernier symbole de notre nom est le DÔ qui signifie la voie, la direction à suivre. Cette voie doit conduire, après de nombreuses années de pratique, sur le chemin de la Grande voie, celle de la grande harmonie. Reste alors le symbole BU qui donne certainement toute la spécificité de l’Aikibudô. Ce symbole signifie le courage, la vaillance, tout ce qui est martial. C’est en quelque sorte la force au service de la paix, la force qui procure la paix. Cette force est issue du courage qui lui même naît de la sublimation de l’idée de la mort. En associant l’idéogramme BU à ceux d’Aiki, on montre que la recherche de cet état d’Aiki s’effectue à travers la pratique des arts guerriers. Le pratiquant doit pouvoir se libérer de l’agressivité que ces arts peuvent contenir afin que ces derniers soient disponibles pour servir le Bien et la Paix. Mais comment ceci se matérialise dans la pratique de l’Aïkibudô ? Comment l’idéogramme BU trouve-t-il son expression ? S’appuyer sur les arts guerriers suppose la recherche d’une certaine attitude dans la pratique. Peut-être pouvons-nous nous arrêter quelque peu sur une réflexion de maître Floquet sur ce point : « En Aïkibudô, l'attitude doit demeurer verticale et tout contrôle au sol doit s'effectuer les mains libres en conservant cette disponibilité verticale. Dans l'attitude debout, le corps est droit, les épaules basses, la force dans les hanches et l'abdomen, jamais la force ne doit résider dans les épaules » 1 Cette position verticale est fondamentale. En japonais, cela s’appelle le shisei et l’ensemble de la pratique repose sur ce principe. 18 « Bu » dans le nom Aïkibudô… L’attitude doit demeurer verticale, les mains doivent rester libres. À ce premier principe qu’est le shisei s’ajoute une autre dimension tout aussi essentielle dans notre pratique. Il s’agit du zanshin que maître Floquet définit très simplement à travers cette autre réflexion : « Le zanshin est l'attention, la vigilance, associée à une posture physique qui assurera la sécurité du corps tout en laissant l'ouverture nécessaire à l'action adverse... » Toutes les techniques doivent intégrer ces deux dimensions quel que soit leur niveau de complexité. C’est un principe constitutif de la pratique. Des exemples tirés de la pratique de l’Aïkibudô peuvent être utilisés pour expliciter ces notions et voir comment le BU s’exprime. Premier exemple : Osae wasa et les immobilisations au sol Prenons dans un premier temps les immobilisations au sol. Comme dans de nombreux arts
Contrôle au sol avec défense sur attaque au bâton court. martiaux, la technique effectuée peut se terminer par un contrôle au sol. L’attaque est canalisée, le partenaire est amené par contrainte à s’allonger au sol. Mais dans l’Aïkibudo, le contrôle doit s’effectuer en ayant les mains libres tout simplement pour pouvoir rester disponible face à d’autres attaques éventuelles. C’est une idée intéressante qui montre déjà comment l’art de la guerre est pris en compte dans la pratique. De plus, l’immobilisation du partenaire au sol se termine par un atémi « d’expression martiale ». Ceci symbolise une frappe au sabre supposée anéantir l’adversaire. L’aspect évolutif de l’Aïkibudô a fait disparaître (fort heureusement) ce coup de sabre pour le remplacer par une frappe du tranchant de la main. Mais le geste reste le même car l’origine de l’atémi vient du dessus de la tête du pratiquant, comme s’il armait son sabre, pour s’abattre sur le partenaire et s’arrêter jusque avant Sur attaque à le contact. l’arme blanche, La dimension guerrière est bien présente dans cet exemple des immo- consiste à se la défense bilisations au sol et le pratiquant placer d’abord doit en saisir le sens dès les premiers apprentissages. de sécurité. en situation À cet atémi s’ajoute le Kiaï, qui est l’évacuation de l’énergie contenue par le pratiquant. Ce dernier se matérialise par une sorte de cri dont l’origine n’est absolument pas vocal mais qui provient du ventre où l’énergie a été en quelque sorte « stockée » durant le mouvement. Second exemple : les randori Un autre exemple concerne les randoris. Ce sont des situations dans lesquelles le pratiquant se retrouve seul face à plusieurs attaquants. La situation de combat peut s’avérer délicate aussi le shisei et le zanshin sont-ils essentiels. Le rapprochement avec les arts guerriers se manifeste tout naturellement et le pratiquant doit montrer beaucoup de détermination, de lucidité voire d’inventivité pour parvenir à se défendre. Plus les attaques seront réalistes et plus le pratiquant sera à même de se dépasser, de vaincre sa peur. Ces situations sont très pragmatiques et donnent beaucoup de sens à la pratique de l’Aikibudô. Le regard, la perception des autres, le déplacement opportun sont autant d’éléments faisant partie intégrante de la stratégie utilisée. Dernier exemple : les défenses contre armes Un troisième exemple peut concerner les défenses contre armes blanches. Là encore, la dimension guerrière peut transparaître. La défense va consister à se placer immédiatement en situation de sécurité au moment où l’attaque au couteau est portée. La technique de défense ne pourra avoir lieu qu’à cette condition. Ce type de pratique concerne l’aïkibudoka confirmé qui sait vite se protéger d’une telle attaque. Les notions constitutives du BU comme le shisei et le zanshin sont ici particulièrement essentielles. Voici rapidement esquissé ce qui est l’essence même de la pratique de l’Aïkibudô. L’intégration forte de l’aspect martial, le rapprochement immédiat avec les techniques guerrières ancestrales offre au pratiquant un champ d’étude 19 très vaste susceptible d’occuper toute une vie. Mais rappelons-le, tout cela est au service du Bien, de l’Harmonie et de la Paix. ● Daniel Bensimhon 5e dan Aïkibudo DE. DTR Nord et Ile de France Délégué Technique pour la République Tchèque 1- D’après le livre « Pensées en mouvement » Éditions Budostore, Paris, 2006.



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :