Aïki Mag n°12 juin à nov 2006
Aïki Mag n°12 juin à nov 2006
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°12 de juin à nov 2006

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : FFAAA

  • Format : (210 x 285) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 2,1 Mo

  • Dans ce numéro : Mare Seye, ouvrir les portes du partage.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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RENCONTRE Sylvain PARÉ ne, bénévoles et toujours disponibles, car il faut bien le dire, comme en mathématiques, ce ne sont pas toujours les plus gradés qui sont les meilleurs pédagogues. Parmi l’effectif quasi au complet, trois générations d’une même famille témoignent de l’universalité de l’Aïkido. COMMENT ÊTES-VOUS VENU À L'ENSEIGNEMENT DE L'AÏKIDO ? Un jour, autour d'un verre, maître Kobayashi m'a fait dire par son interprète « Maintenant il te faut enseigner ». Il ne s'agissait pas d'un ordre et j'ai été plus que surpris, mais j'ai suivi cette consigne à la lettre et en 1981, j'ouvrais un dojo à Floirac, dans la banlieue bordelaise. J'ai laissé ce dojo à Philippe Grangé à son retour du Japon en 1995 pour venir m'installer à Montolieu. Il n'y avait évidemment pas de club d'Aïkido dans ce petit village. Ne pouvant pas me libérer facilement avec mon nouveau métier pour suivre des cours dans un dojo éloigné, et arrêter l'Aïkido étant exclu, j'ouvrais un club dans ce village du livre. Je sais gré à maître Kobayashi de m'avoir incité à l'enseignement, car, avec le recul, je suis convaincu que c'est une étape importante dans l'apprentissage de l'Aïkido, pour une progression solide et pour un épanouissement modeste et réaliste dans la connaissance de l'autre et donc de soi. OSERIEZ-VOUS UN RAPPROCHEMENT ENTRE LE LIVRE ET L'AÏKIDO ? Il y a de très bons livres sur l’Aïkido. Ils donnent à voir et à comprendre aux pratiquants déjà expérimentés, mais je tiens à dire que l'on n'apprend pas l'Aïkido dans les livres. Il faut avant tout transpirer sur le tapis. La pratique doit être régulière et généreuse : c'est la seule façon d'entretenir la mémoire du corps que je mentionnais plus haut. À mon sens, si une nomenclature de techniques semble nécessaire pour les passages de grades, l'Aïkido ne peut se réduire à un catalogue de techniques, pas plus qu'une technique à un stéréotype. Chaque technique est une construction intuitive, déduite des règles de base intangibles : véritable axiomatique de la discipline. Et puis il ne faut pas trop intellectualiser. Même si, avec une longue pratique, on ne peut s’empêcher de prendre du recul comme je le fais ici, je n’oublie jamais l’aphorisme du naturaliste Pierre-Paul Grassé « La liberté de la main donne la liberté de l’esprit ». Le rapprochement qui me paraît plus pertinent est celui de la pratique du Ken avec la calligraphie. Dans les deux cas, le mouvement doit être assuré, pur, plein et délié. Le signe comme la coupe nécessitent un seul geste pour exister. À CE PROPOS, ENSEIGNEZ-VOUS LE MANIEMENT DES ARMES ? Oui, et dès le début, quelques séances par trimestre et de temps en temps à la fin du cours mais je démontre assez souvent une technique par un mouvement de ken ou de jo, d’autant plus volontiers qu’il en est historiquement issu. Cet apprentissage représente de nombreux avantages. Moi, qui ai horreur de l’à peu près dans les placements des pieds par rapport au centre et aux mains, le ken ou le jo amplifient les écarts et permettent ainsi une prise de conscience plus rapide de ce type d’erreur. La pratique juste des armes est aussi un excellent moyen pour libérer les épaules et pour développer la prise de conscience du hara, pour travailler la concentration, la coïncidence (le timming), l’action de voir sans regarder, la gestion de l’espace et la notion de ma-ai (distance). Au sabre, c’est la forme Aïkiken qui a mes faveurs. C’est le partenaire et non son arme qui nous occupe selon la formule Itsumo man naka (toujours au centre), si souvent répétée par maître Kobayashi. De ce fait, les armes ne se choquent pas et le 16 mouvement est entièrement libre (comme en calligraphie !) DIRIEZ-VOUS QUE L’AÏKIDO S’ARRÊTE À LA SORTIE DU TAPIS ? Je resterais très prudent sur ce sujet car entre nos fantasmes et notre réalité d’Occidentaux il y a une marge, mais je ne peux pas nier qu’une pratique assidue de l’Aïkido pendant une longue période a des effets de bord sur notre comportement dans la vie quotidienne. La capacité à gérer l’agressivité, à discerner si notre comportement doit être ura ou omoté face à une situation donnée, à gommer l’affect quand c’est nécessaire, à donner plus d’assurance sont des atouts non négligeables dans notre société. AVEC LE TEMPS, QU'EST-CE QUI FAIT QUE VOUS PRENEZ TOUJOURS AUTANT DE PLAISIR DANS L'AÏKIDO ? Ce qui me plaît par-dessus tout dans cet art martial, c'est qu'il s'agit d'une discipline ouverte, c'est un domaine de recherche insondable et passionnant. La grande variété des approches à partir des mêmes principes de base en est la preuve. Nous trouvons la même construction intellectuelle en mathématiques, mais en Aïkido, la démarche n'est pas rationnelle, elle est au diapason de nos sens et de notre réalité physique. Il y a le plaisir, mais aussi la nécessité. Ma tête n’a pas besoin d’habitude, de routine, mais mon corps a besoin de rythme, et l’Aïkido satisfait parfaitement ces demandes contradictoires : la découverte permanente pour l’esprit et la régularité des cours pour le corps. Et puis, avoir besoin de l’autre pour apprendre à se connaître, pour se construire, développer et canaliser l’énergie n’est-ce pas la même démarche que pour apprendre à vivre ? N’est-ce pas une voie immense et noble ? ETRE MODESTE POUR GRANDIR ! Quel programme ! ●
Que ce soit dans le Kyudo, le Ken, le Naginata ou le Budo en général, on n’échappe pas à une certaine nostalgie du passé. Qu’il soit proche ou qu’il nous sépare de lui par les siècles ! Confucius n’en est il pas la preuve, vingt cinq siècles nous sépare d’un mode de pensée qui paraît nous manquer aujourd’hui. Plus prés de nous, il y a bientôt six siècles, depuis que le samouraï Héki Danjo a créé le premier gestuel de l’arc, il n’a, si l’on en croit les documents de l’époque, pratiquement pas varié depuis ; sauf dans certaines fédérations japonaises qui ont simplifié et modernisé ce gestuel après la dernière guerre mondiale. Nous n’avons rien inventé et les anciens avaient vu loin. À la fin de l’ère Meiji (1867-1912), on assiste à une renaissance qui est en tous points, le résultat d’un compromis entre la législation moderne et les restes de la féodalité. En 1882, une transcription impériale revitalise le Bushido, ce nouveau code n’étant réservé qu’à une élite. Les militaires, tenus à une discipline très stricte, s’étaient vus interdire les basses manœuvres politiques ; mais ce champ clos ne devait pas demeurer longtemps à l’abri des incursions et le Japon allait basculer dans le désastre de la guerre. Les peuples gardent en héritage les hauts faits d’armes qui ont tissé leur histoire : c’est la part la plus secrète de leur patrimoine. Soumis aux féodalités, secoué par des guerres civiles spasmodiques, le Japon conserve toujours l’image du samouraï auquel il continue de s’identifier et, par delà la légende qui l’a idéalisé, le samouraï lui a légué un sixième sens « l’esprit de sacrifice ». De nos jours, cela paraît impensable de dire, au risque de devenir ringard ou bizarre, qu’il faille protéger la force qui animait cette élite du temps passé, sur laquelle le Japon moderne après le renouveau de Meiji, allait longtemps continuer de s’appuyer et, où se cachent les valeurs que le passé a légué aux Japonais. Valeurs qui échappent à l’Occidental qui n’a pas l’expérience profonde de ce pays et qui souvent singe avec peu de bonheur les manières, le style des Japonais, pire, dit entrer dans leur mode de pensée, plus particulièrement quand il s’agit du Zen, mis ou non à toutes les sauces ! Parler de la tradition japonaise ne signifie en fin de compte, rien, si cela n’est que pour étaler quelques dates, quelques noms et quelques faits. Sans compter parmi ceux qui se disent traditionnels, et qui de la tradition japonaise n’ont pas la moindre expression. Laisser à César ce qui lui appartient ! Sans nul doute pour celui qui s’intéresse à une culture, il est bon d’essayer d’appréhender le fond de celleci mais en y mettant une nuance. Dans le cas présent ne pas vouloir être plus Japonais que les Japonais et surtout ne pas se prendre pour un samouraï. À l’heure actuelle, la singerie est tellement énorme par instant qu’on se pose la question de savoir quelle force se dégage de cette civilisation pour attirer à ce point certains européens. Car le japonais qui s’intéresse à une des cultures occidentales, n’en perd pas pour cela son identité et reste profondément japonais. Le Japon a toujours été protectionniste et, aussi désireux que l’on soit de mieux comprendre cette civilisation, même si après de très nombreuses années de contact permanent, d’efforts de compréhension, d’abstraction de votre individualisme, vous n’êtes pas entré totalement dans le moule mystérieux des habitudes ; vous resterez toujours celui pour qui la définition à comprendre ce qu’il en est d’être japonais reste inaccessible, et le temple de la tradition restera alors, pour vous, KYUDO Thème récurent, chez tous les pratiquants qui développent un intérêt pour la pratique d’un art martial, l’origine de l’art, la tradition japonaise, reste enigmatique et d’une saveur toute spécifique. Nakano sensei 10e dan hanshi, au cours d’une cérémonie Hikimé. la tradition ou la saveur du passé 17 fermé. Beaucoup d’Occidentaux résidant depuis fort longtemps au japon en on fait l’expérience. La spécificité de leur tradition est considérée, par les Japonais, comme unique. De nombreuses théories ont été élaborées concernant cette nature unique à tout point de vue, par des articles qui visaient à renforcer cette croyance. Si l’on arrive à s’approcher de cette tradition, on s’aperçoit au fil du temps que c’est une valeur rare et profonde mais qu’elle est à la fois inviolable et même inaccessible, simplement par le fait d’une culture qui se trouve aux antipodes de la pensée occidentale. Il n’en reste pas moins qu’à l’heure actuelle, la jeunesse japonaise tourne de plus en plus le dos à cette tradition. La vénération de l’empereur, entre autres, l’influence gouvernementale à décider d’un mode de vie des Japonais, sont révolues. On voit de plus en plus, des ingénieurs, des scientifiques japonais rompus à la logique occidentale, recevoir des prix Nobel. Conclusion : les anciens laissent en héritage un monument de tradition qui risque de disparaître sous le lierre et les mousses, et si les anciens pensaient et pressentaient la difficulté à percevoir ce qui se trouve sous la surface de la pensée japonaise, il faut leur rendre hommage. Ils étaient les dépositaires du témoignage d’une philosophie de la vérité, d’un engagement de soi-même, peu commun. ● Jacques Normand SOSM : 0169409141



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