Aïki Mag n°12 juin à nov 2006
Aïki Mag n°12 juin à nov 2006
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°12 de juin à nov 2006

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : FFAAA

  • Format : (210 x 285) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 2,1 Mo

  • Dans ce numéro : Mare Seye, ouvrir les portes du partage.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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ART TRADITIONEL IKEBANA de l’Aïki dans un vase « Harmonie, respect, vide, espace, beauté, distance », tiens ? Mais ce n’est pas ce qu’on entend tous les jours sur les tatami ? Ainsi en est-il de l’Ikebana. LL’art floral traditionnel japonais ou Ikebana n’est pas qu’une « école à faire des bouquets », tout comme l’Aïkido n’est pas qu’une « méthode de défense ». L’Ikebana, contraction de Ikeru (dresser) et Hana (fleur), est l’art de faire vivre les fleurs. On l’appelle aussi le Kado ou l’art des fleurs. L’origine de cet art remonte au VIIe siècle et prend ses sources, comme pour les arts martiaux, en Chine. L’art des fleurs a suivi le même chemin que celui des moines japonais ayant rapporté (XVe siècle), sur la péninsule nippone, les pratiques et techniques observées. La particularité des Japonais étant le désir de modéliser, d’améliorer, de simplifier en épurant, de codifier, en fuyant ce qu’ils appellent l’urusaï, (le criard, vulgaire, bruyant, superflu), l’Ikebana n’y a pas échappé. Cet art était, à son origine, réservé à la noblesse masculine, des samouraï le pratiquaient à titre culturel. Plusieurs écoles (3000 recensées), comme autant de styles différents, ont vu le jour au Japon. 12 Inscrits dans un triangle Trois écoles se distinguent en France : les écoles O’Hara (tournée plus vers des représentations de paysages), Sogetsu (style moderne) et Ikenobo (école de référence car la plus ancienne et la plus stricte). Pour pratiquer, le seul matériel nécessaire se résume à un vase, un Kensan (pique-fleurs) et un sécateur. Lorsque l’élève aura acquis une certaine aisance, le professeur lui apprendra la confection de compositions sur vase haut, à 6 puis plus tard, 9 éléments et enfin le style libre Jyukka. - Les bouquets doivent en général être inscrits dans un triangle quelconque dont les pointes représentent symboliquement l'homme, la terre et le ciel (Shin, Taï, Soe) et qui formeront la structure, la colonne vertébrale de la composition. -Les vases utilisés sont spécifiques à la pratique (formes, fonds spéciaux). Ils seront sélectionnés dans des couleurs neutres afin que l’œil n’en soit pas distrait, détourné de l’observation, de l’admiration du bouquet. Un parallèle peut être fait avec le port du kimono (kitsuke). Les vêtements portés en dessous servent à plaquer les formes féminines afin que l’œil de l’observateur reste sur l’admiration du Obi, de l’harmonie des couleurs, les motifs du tissu et la qualité de la soie du kimono. Les critères recherchés d’un bouquet ne peuvent être comparés avec ceux des compositions occidentales. Mais on peut observer que nos fleuristes locaux s’inspirent désormais de plus en plus de l’Ikebana. Ce qui motive l’ikebaniste est l’esprit minimaliste, épuré. Très peu d’éléments sont nécessaires et qu’importe la noblesse et la valeur de la fleur ou de la brindille. Parfois trois fleurs, deux feuilles suffisent. Ce qui est caractéristique : le vide. L’espace entre les éléments est aussi important et a autant de valeur que la fleur elle-même, voire plus parfois. Le vide met en valeur la fleur, mais c’est en fait, la fleur qui met en valeur l’espace au final. Des règles de base doivent être suivies : pas d’escalier, la proportionnalité, l’asymétrie, toujours cette asymétrie ! Une fois ces grands principes intégrés, le senseï offrira à l’élève une multitude d’astuces et de HISTORIQUE DE L'ASSOCIATION MIZUKI L'idée est venue, en 2003, entre deux amis aïkidoka de l'Aïkido-Nogent - a.k.d.n. (Pierre Jamet et Patrick Belvaux), de créer et de dynamiser une activité traditionnelle japonaise peu répandue en France. L’Ikebana est arrivé au moment où le Parisien se découvre une attirance pour les arts asiatiques et recherche une activité lui faisant oublier le stress des tensions urbaines en lui offrant un retour, un contact avec la nature. Sur plusieurs sites de Paris et du Val-de-Marne, Akiko Gishi, professeur "waki-ni" (professeur 2e niveau), diplômée de l'école Ikenobo de Tokyo, en France depuis 9 ans, assure les leçons en français, s'aidant d'une pédagogie adaptée aux Occidentaux. L'association Atelier Mizuki de Paris propose, en outre, des expositions, conférences, soirées évènementielles et décorations adaptées sur demandes.
techniques pour l’aider à exprimer ses inspirations et sa créativité. Nous savons qu’en Aïkido chaque geste est tiré de l’observation de la nature : spirales, ellipses, arabesques, flexibilité, flux et reflux… En Ikebana un bouquet doit reproduire les phénomènes et tout ce qu’on peut observer dans un paysage en bannissant la symétrie, le travail « au Très vite après quelques leçons, tout pratiquant peut réaliser une composition florale traditionnelle. 13 cordeau », la rigidité… Tout comme après avoir observé une démonstration d’Irimi-nage, cette technique si dépouillée, si fluide qu’on a tendance à penser qu’elle est criante de simplicité et qu’on va pouvoir aisément la reproduire, à la vue d’une composition, par exemple de style Shokka de qualité (une des plus épurée), on se sent légitimement capable de faire autant, voire mieux que son senseï… En Ikebana des grades, jalonnant la progression de l’élève, sont délivrés par le professeur. Grades qui, un jour, peuvent permettre de devenir soimême enseignant, lorsqu’on en arrive au niveau de la transmission. Ce qui est facilement observable lors d’un cours collectif (qui dure environ une heure), c’est la transformation dans l’attitude des élèves débutants qui arrivent avec leurs soucis du jour, leur stress, discutant fort et qui, après leur séance, ont acquis un calme, une certaine sérénité tant ils ont dû faire preuve de concentration et d’humilité. La fierté de l’artiste qu’ils sont devenus se lit souvent dans leurs yeux et ils se mettent à comparer leurs œuvres personnalisées, uniques et éphémères. Ce bouquet qui viendra orner la plus belle pièce de leur habitat, ou bien placé sur leur bureau sera « bichonné » comme un bonsaï, le temps que dureront les fleurs. Il attirera alors les regards et les félicitations des observateurs/admirateurs. L’observation d’un paysage Une fois réalisée, la composition était traditionnellement placée à côté du tokonoma (alcôve), près d’une calligraphie ou aquarelle du côté du mur d’honneur de la pièce principale de la maison. Au Japon, l’Ikebana est présent pendant les cérémonies, les banquets ou tout autre évènement. On le place également près de la photo d’O senseï lors des stages d’Aïkido. L’observateur, passant devant une composition, ne peut rester indifférent face à l’évidente recherche du beau, à l’effort de simplicité et à l’harmonie des éléments et de leurs couleurs que l’ikébaniste aura produit. Un sentiment de respect ainsi que de sérénité va l’envahir. L’inspiration de l’ikébaniste s’initie parfois de l’observation d’un paysage, de son émotion ou du sentiment du moment. La découverte d’une simple brindille de forme singulière peut devenir le « thème » de son prochain bouquet… L’ikebana va permettre à son pratiquant de le relier intimement à la nature mais aussi, comme dans toute pratique zen, de le réconcilier avec le temps et l’espace. La composition florale sera aussi le moyen, à l’image des Haïku (poèmes courts japonais), pour son créateur, de figer son sentiment du moment, son état d’esprit ou son imaginaire. On associe très souvent l’art de la cérémonie du thé (Sha-do) à l’Ikebana. Dans cet art également, l’espace et le temps sont les ingrédients de base ajoutés au respect de délicats gestes séculaires. On « lit » le niveau du pratiquant dans la simplicité, l’harmonie, le respect de l’équilibre qu’inspire l’observation de sa composition florale. Le pratiquant va progresser par étapes tout comme en Aïkido, où le débutant va sans cesse affiner son geste, régler son timing, corriger ses distances pour qu’enfin ses actions et ses réactions deviennent naturelles et spontanées, inconscientes... C’est après plusieurs années de travail, comme en Aïkido, que le pratiquant d’Ikebana va pouvoir créer, personnaliser son propre style. Après avoir intégré toutes les techniques de l’école dans laquelle il aura étudié, le senseï lui apprendra alors le Jyukka ou style libre. Il n’existe pas en France de fédération d’Ikebana, mais quelques associations œuvrant dans leur propre style conforme aux écoles japonaises d’Ikenobo, O’Hara ou Sogetsu. ● Patrick Belvaux Professeur d’Aïkido à Nogent-sur-Marne. Président de l’Atelier Mizuki de Paris. www.atelier.mizuki.freesurf.fr



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