Aïki Mag n°12 juin à nov 2006
Aïki Mag n°12 juin à nov 2006
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°12 de juin à nov 2006

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : FFAAA

  • Format : (210 x 285) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 2,1 Mo

  • Dans ce numéro : Mare Seye, ouvrir les portes du partage.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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fonction du poids et du sexe. Pour aboutir à une pratique comparable à celle des hommes en termes d’efficacité, la femme doit être très bonne « technicienne ». Ses potentialités liées à certaines qualités physiques sont limitées, mais le spectre des principes qui régissent notre pratique est large et elle peut tout à fait s’expertiser dans l’un ou l’autre et ainsi bâtir son capital —son efficacité— autrement dit. Il reste cependant un problème de valorisation de la pratique féminine, peu de femmes sont gradées et encore moins enseignent. C’est comme partout dans le monde, peu de femmes sont cadres alors que ce sont elles qui ont les meilleurs résultats universitaires. Les fédérations devront commencer à se poser des questions sur le traitement de cette question. Quelle est votre recherche personnele dans l’Aïkido ? Mes recherches étaient multiples et ont changés au fil du temps et je suis certaine qu’elles évolueront encore à l’avenir. Il est vrai qu’au bout de vingt ans de pratique et des années d’enseignement, la technique proprement dit est acquise. Mais la technique n’a jamais été mon objectif, c’est un moyen ou un support qui est primordial à acquérir mais qui en soi reste creux si on y trouve pas d’autres intérêts. Franck Noël disait dans un de ses articles que l’Aïkido, enfin le dojo avec ses pratiquants, est un laboratoire. Il me semble que la gestion du conflit au sens le plus large est la base permanente de notre pratique. Les relations humaines sont la chose la plus complexe ▼…C’est comme partout dans le monde,peu de femmes sont cadres alors que ce sont elles qui ont les meilleurs résultats scolaires. Les fédérations devront commencer à se poser des questions sur le traitement de cette question…▲ que je connaisse. La vie n’est qu’une succession de conflits à différents degrés : par moments on trouve la bonne solution, à d’autres on est en échec et on se décide soit à continuer la recherche d’une réponse adaptée ou à fuir le conflit, à d’autres encore on répète une solution qui « passe » mais qui n’est pas satisfaisante. Sur le tatami, nous manifestons ces mêmes comportements. Même si on n’en parle jamais, les émotions et sentiments nous accompagnent en permanence dans la pratique. Comment tori réagit-il quand une technique ne marche pas ? Quels sont nos mécanismes d’analyse de la situation ? Bien sûr on recherche un autre chemin pour aboutir à 10 notre technique mais entre temps, n’a t-on pas d’abord cherché de manière un peu agacée (sans le montrer, car on contrôle ses émotions vers l’extérieur) la faute chez uke, ou est-ce qu’on s’est dit qu’on n’est pas assez bon, etc. ? Ces comportements sont « naturels », mais parasitent notre pratique, comme ils peuvent être gênant dans la vie de tous les jours. Ce sont des comportements que j’appelle Sur le tatami, comme en dehors, l’esprit de l’Aïki doit guider la pratique et le comportement de l’aïkidoka. gratuits, il nous faut passer par eux pour arriver à une solution, mais cela retarde. Je pense que l’Aïkido est en effet un excellent laboratoi-
re pour ce travail personnel, il n’y a pas les enjeux de la vie professionnelle, ni les attachements affectifs comme avec nos plus proches qui peuvent aveugler et qui sont trop forts pour analyser de façon neutre leurs données. La pratique me permet la prise de conscience de la mécanique de mes comportements. À moi de décider s’ils sont gênants, si je peux les changer à court, moyen ou long terme. Nos comportements internes se traduisent par une attitude extérieurement visible : de demander à quelqu’un de se redresser lors d’un mouvement est bon, le pratiquant peut mécaniquement se redresser et même conditionner ce changement, donc rester droit au bout de la millième fois. Cependant, à chacun de se demander pourquoi son attitude est renfermée, et si cela se voit à ce moment là, il y a probablement de multiples autres situations où ce même schéma influence nos réponses d’une manière ou d’une autre. Dans ma vie professionnelle, la résolution des conflits est continuellement à l’ordre du jour. Je gère une équipe d’environ 30 éducateurs spécialisés et paramédicaux, je suis responsable de la prise en charge de 45 jeunes handicapés mentaux. Il s’agit d’anticiper les conflits, mais souvent je ne peux pas prendre le conflit à la naissance et les réunions sont parfois houleuses. Le personnel a du mal à évoluer et à s’adapter aux nouvelles demandes réglementées par la loi. Des analyses et l’apport de solutions mutualisées sont nécessaires. Avec de l’expérience et de la pratique, chaque cadre sait que l’épreuve de force a peu de succès, un chemin doit être trouvé en commun. Sur quels points le pratiquant doitil se concentrer en montant sur les tatamis ? Je pense que la qualité la plus importante à développer est la présence. On pourrait la décliner en différents aspects comme la concentration, comment diriger son attention, la qualité d’écoute et d’observation, etc. Tout ceci dépend du capital que chacun apporte, tout être humain à une perception sélective qui est construite à partir de son expérience et en fonction de son évolution psychique. Au fur et à mesure que l’aïkidoka avance dans la pratique, il enrichit son capital, ses qualités se peaufinent. Je suis souvent étonnée de constater combien les pratiquants sont peu « présents », cela s’observe notamment quand ils pratiquent avec des professeurs dont ils n’ont pas l’habitude. Pour la plupart, et je ne pense pas exagérer, nous reproduisons ce que nous connaissons, l’exécution des techniques connues et non la manière que le professeur « inhabitué » vient de montrer et expliquer. À mon avis, c’est une carence dans la présence. L’être humain aime tout ce qu’il connaît car il peut s’identifier avec ses expériences. Tout changement bute forcément sur des résistances qui sont pour la plupart non-conscientes. Quand on ne voit pas ce que le professeur montre, et cela n’est 11 RENCONTRE Cornelia DEMMERS qu’un exemple, on est forcément « ailleurs », même si on n’a pas pensé à autre chose qu’à l’Aïkido. Il s’agit de sortir de notre propre petit cocon, nos mécanismes de protection, pour s’ouvrir au monde, à l’instant présent. Ressentez-vous une évolution de l’Aïkido, dans le fond comme dans la forme ? La pratique de l’Aïkido a beaucoup changé, et dans le fond et dans la forme. Pour la forme nous avons par ailleurs un garde-fou à l’Aïkikaï, Moriteru Ueshiba, petit-fils du fondateur, garant de la technique enseignée par O senseï, bonne initiative pour ne pas perdre les repères. Je pense que l’Aïkido devient de plus en plus scientifique, mesurable. La composante « spiritualité » trouve ses explications concrètes, pratiques. L’Aïkido s’adapte au fur et à mesure que les sociétés, donc les individus, évoluent et cela me semble une bonne garantie pour que cet art ne reste pas qu’une vieille tradition transmise de père en fils. Christian Tissier est le professeur qui rassemble le plus de pratiquants, c’est avant tout grâce à sa capacité d’évolution permanente. Bien sûr, on pourrait se demander si on n’oublie pas de plus en plus les racines spirituelles. Mais rien n’empêche à chacun de faire cette recherche de manière personnelle, les opportunités sont nombreuses. ●



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