Aïki Mag n°11 déc 05 à mai 2006
Aïki Mag n°11 déc 05 à mai 2006
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°11 de déc 05 à mai 2006

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : FFAAA

  • Format : (210 x 285) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 7,2 Mo

  • Dans ce numéro : Jean-Paul Nicolaï, un artiste peut en cacher un autre.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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▼ La mixité homme-femme joue un rôle important dans l’Aïkido qui est pour moi d’abord un art relationnel : perte des peurs de l’autre,chasteté du contact, accueil et mise en confiance jusque dans la chute,réalisation du Tao dans l’essence du mouvement… ▲ qué le zen avec Maître Deshimaru à Paris et continué dans cette voie depuis. Si maître Ueshiba n’a pas enraciné son art dans le zen mais plutôt dans la tradition taoïste et shinto, on y retrouve la même source dans la vacuité (mu) comme essence de la pratique. « Je suis le vide moi-même » nous révélait-il. Mes élèves se faisaient parfois mal sur le tatami. C’est ce qui m’a conduit à apprendre le shiatsu pour pouvoir intervenir tout se suite et mieux transmette le do in qui est une des bases de l’échauffement de l’Aïkido. C’est ainsi que je suis devenue enseignante praticienne de shiatsu en 2001. Actuellement, je poursuis une formation en médecine chinoise avec M. Courbon pour m’améliorer cet art de soigner. L’utilisation du sabre en l’Aïkido m’a conduite à découvrir le Iaïdo et le Ken Jitsu de l’école Katori Shintoryu avec maître Michel Coquet en 1983. Pendant 15 ans, cette pratique m’a amenée à entrer davantage dans l’art de « trancher l’ego », c’est à dire dans le travail sur soi et l’intériorisation de la coupe. Mais aussi l’atteinte de mes limites d’endurance personnelle après plus de cent sauts et coupe en une heure, la force de l’humilité et la responsabilité. Sur la montagne, Michel nous faisait dégainer (et rengainer) en poussant des kiaï gigantesques en pleine nature. « Envoyez vos kiaï jusqu’aux confins de l’univers. Attention, vous êtes responsables de votre énergie. N’envoyez pas d’énergie négative, mais votre énergie positive ! » J’ai moi-même enseigné cet art de 1993 à 1998. Puis une tendinite chronique m’a contrainte à cesser cette discipline et à m’ouvrir à l’école Soto de Maître Nishio en alliant le sabre et l’Aïkido, en développant également l’épée Taï Chi, plus légère dans le poids et la frappe. Ces formes de travail avec les armes m’ont permise de développer le Yi dans mes postures d’attaque et de défense, ainsi que dans mes mouvements en intégrant la coupe. Ma forme d’Aïkido est devenue à la fois plus tranchante et moins « agrippante ». Au niveau interne, le travail de purification du 22 mental et de gestion positive des émotions s’est accentué. Les techniques avec armes sont indispensables pour une bonne maîtrise de l'Aïkido. Avec mon ami Chinh Trinh, nous avons commencé à pratiquer le Taï Chi Chuan en 1990. Nous avions le souci de pouvoir enseigner une discipline à pratiquer seul, en particulier pour nos amis moines bénédictins. Avec le Chi Qong, cet art complet, qui est à la fois une discipline martiale, du bien être (voire thérapeutique) et méditative, apporte une connaissance très précise de l’énergie. C’est ce qui m’a amené à l’enseigner depuis 1997, étant toujours élève de Jean-Pierre Cayrol à Lyon et supervisée par Maître Chu à Londres. Maître Tanaka Shingaï m’a transmis un peu de cet art de la beauté qu’est la calligraphie japonaise de 1998 à 2001, faisant le lien avec le geste martial et énergétique utilisé avec le pinceau. Cet art inexprimable touche au cœur de l’être très profondément, laissant jaillir beaucoup de tendresse et de force. Tout comme les disciplines que j’ai pratiquées, aucun mot ne peut dire l’essence du geste créateur lorsqu’il émerge du cœur de l’être, tel l’éclair. Pratiquez-vous un art de défense ou plutôt un art du bien-être ? La mixité homme-femme joue un rôle (souvent non dit) important dans l’Aïkido qui est pour moi d’abord un art relationnel : perte des peurs de l’autre, chasteté du contact, accueil et mise en confiance jusque dans la chute, réalisation du Tao dans l’essence du mouvement. C’est un art de défense et un bel outil de gestion de l’agressivité, d’abord pour soi, puis pour celui qui frappe. De par mon métier d’assistante
sociale dans des milieux touchés par l’exclusion sociale, j’ai souvent été amenée à l’utiliser pour calmer ceux qui passaient à l’acte violent. Cela s’est toujours fait dans une contention passive qui a permis à l’autre de se reprendre et de poser des mots sur son geste, sur sa situation, sur ses maux. Intervenant comme formatrice auprès des publics en grande précarité, des travailleurs sociaux ou des institutions cherchant des outils de gestion du stress et de la violence, j’ai gardé en mémoire cette expérience de mixité : dans un même groupe, des femmes ayant été victimes de violences conjugales et des hommes, souffrant de dépendance alcoolique, devenaient parfois violents. Tous ayant demandé à travailler sur la gestion de la violence, j’ai ramené les bokken et demandé aux hommes d’attaquer les femmes. Après avoir un peu hésité, ils l’ont fait volontiers. Les femmes, apeurées, étaient littéralement statufiées. Je leur ai appris à sortir de la ligne d’attaque et à contrôler celui qui les frappait. Puis nous avons inversé les rôles. Les hommes, pour la première fois de leur vie, ont connu la peur d’être frappés par des femmes. Un dialogue fort s’est engagé et beaucoup ont intégré une nouvelle posture, en sortant du cercle vicieux de victime et d’agresseur. C’est aussi, bien sûr, un art de bien être. Au niveau physique, l’effet « massage » de la préparation permet une réappropriation de son propre corps. La pratique fait vivre un plaisir de l’harmonie, une acquisition de compétences qui revalorise, un lâcher prise dans les rôles de Uké et Nagé qui permet de Pratique multidisciplinaire, Aïki, Iaï, Ken, lors d’un stage dans le cadre prestigieux d’un monastère bénédictin. lâcher le stress accumulé dans la journée et de reprendre des forces. Ces deux dimensions de bienêtre et de défense s’interpénètrent. Elles permettent ainsi aux pratiquants de se reconstruire. Le fondateur de l'Aïkido parlait « d'harmonie universelle » pour finalité de l'Aïkido, est-ce également votre conception ? Le fondateur de l'Aïkido a eu la force de refuser que son art reste confiné dans les frontières du Japon en tant que « trésor national ». Ayant connu lui-même la guerre et milité pour la paix au prix de sa vie, il a voulu que son art soit une œuvre de Paix, de tolérance et d'harmonie universelle qui transcende les nations. Très touchée par cette conviction, j’ai toujours désiré que l’Aïkido soit l’occasion de liens amicaux et de découverte réciproque de nos cultures. Depuis plus de vingt, avec mon ami Chinh, nous animons des sessions où nous pratiquons l’Aïkido, le Taï Chi Chuan, le Iaï et l’épée Taï Chi, le Shiatsu et Do in, le Zazen et la méditation autour des grands textes sacrés de l’humanité. Nos frères bénédictins nous ont accueillis dans leur monastère de La Pierre Qui Vire, puis de Chauveroche. Nous continuons nos sessions sur fond de dialogue religieux (Chinh est bouddhiste et moi chrétienne) en nous appuyant sur la pratique de ces disciplines d’unification de l’être. Vous menez également une importante activité humanitaire, en quoi l'Aïkido vous aide-t’il 23 ENTRETIEN AVEC Martine BUHRIG dans cette démarche ? L’aspect social de l’Aïkido est important. Le Kidan club, que nous avons créé à Villeurbanne grâce à l’appui de la mairie qui nous accueille dans un des gymnases de ses écoles, a fait le choix d’ouvrir l’accès de la pratique des arts martiaux et énergétiques à tous (Aïkido, Taï Chi Chuan, Iaïdo et Ken Jutsu). Toutes les catégories sociales peuvent donc venir pratiquer, sans qu’il y ait de discrimination liée aux tarifs, en ces temps où une partie importante de nos concitoyens vivent en dessous du seuil de pauvreté. Nous adaptons également nos activités pour les personnes en situation de handicap. C’est ainsi que nous ouvrons aussi les portes du club, avec la participation active de tous les élèves, pour des expériences ponctuelles de lutte contre l’exclusion. Nous avons par exemple accueilli les personnes du Foyer Notre Dame des Sans Abri, pratiqué et longuement échangé autour de la question de la chute et du relèvement. Cette étape, dans une rencontre intergénérationnelle, a donné lieu à un film réalisé par Nicolas Cornu et produit par Cocotte Minute Production avec Jérome Duc-Maugé. Choisi comme projet pilote par le maire de Lyon, le film Comme des enfants* a bénéficié d’un des trois Howards européens de « Euro cités » en 2004. Certains membres du Kidan club soutiennent des actions à but humanitaire au Sénégal, telle qu’une équipe de jeunes footballeurs dans la banlieue de Dakar et participent aux vacances solidaires de ADEFI (Action Développement Enfance Famille Internationale) avec la construction d’un centre social à Hann. C’est une façon de rejoindre l’esprit de notre fondateur qui affirmait : « En Aïki, vivez le présent, c’est l’éternel qui se manifeste en vous-même, et vous fait collaborer à l’amour et à la solidarité que se doivent tous les hommes sur la terre et dans le ciel ». ● *prix FNAC 19 €, à commander sur : www.cocottesminute.fr



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