Aïki Mag n°11 déc 05 à mai 2006
Aïki Mag n°11 déc 05 à mai 2006
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°11 de déc 05 à mai 2006

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : FFAAA

  • Format : (210 x 285) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 7,2 Mo

  • Dans ce numéro : Jean-Paul Nicolaï, un artiste peut en cacher un autre.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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ENTRETIEN AVEC Martine BUHRIG les voies multiples de l’unification Dans sa quête d’absolu et d’harmonie, Martine Buhrig a trouvé sa voie en empruntant différents sentiers, qui se rejoignent, pour unir « corps et esprit » dans un engagement humanitaire fondamental. Quel est le fondement de votre pratique ? L’amitié a toujours accompagné la recherche spirituelle et énergétique qui est au cœur de ma pratique dans l’Aïkido. Cela reste vrai depuis 36 ans. Bien sûr, la découverte du ki et des gestes porteurs qui nous permettent de le laisser passer ne cesse de m’étonner, comme aux premiers jours. Mais le fondement de l’Aïkido est ailleurs : il est dans une construction de l’être. On peut parler de l’unification de corps et de l’esprit, avec tous ses aspects de bien (ou mieux) être et de santé. Mais ce n’est pas suffisant. On peut aussi mettre en avant cette incroyable transformation de la violence de l’attaquant en non violence, de par les mouvements d’absorption que nous pratiquons. Mais c’est encore l’écorce de l’art d’éveil dans lequel nous nous sommes engagés. Au cœur, il y a l’amour – au sens d’agapé pour les chrétiens, de i shin den shin pour les bouddhistes (« de ton esprit à mon esprit »). Cet amour là a un pouvoir de transformation de soi, mais pas seulement. Il est un germe de cohésion sociale et de solidarité ; ce qui a d’ailleurs été une des préoccupations permanentes de notre fondateur tout au long de sa vie. Pour moi, le fondement de ma pratique s’enracine dans ce chemin. En tant qu’assistante sociale et socio-anthropologue auprès des personnes sans abri à Lyon et à Dakar, j’ai pu développer ma pratique dans un cadre bénévole et développer l’accès aux arts martiaux et énergétiques pour tous (en particulier pour les personnes à faible revenu) dans le cadre du Kidan club. Ce club Villeurbannais à vocation sociale, que j’ai lancé avec mes élèves et amis, va fêter ses 20 ans cette année. Que vous ont apporté les sensei dont vous avez suivi l'enseignement ? Tous mes maîtres, que je ne nommerai pas ici, m’ont apporté une couleur particulière dans la découverte de l’Aïkido, comme une ouverture pour rejoindre le geste initiatique que Maître Ueshiba a tenté de nous transmettre. Après plus de trente années de pratique, faites-vous encore de nouvelles découvertes ? Oui, toujours. D’abord quand la vitalité de la jeunesse se transforme en une sorte de force tranquille à cinquante ans, il y a réellement un changement. Le corps se modifie, perdant un peu de souplesse, de vivacité et de résistance. Avec l’intégration des mouvements et le long travail répétitif 20 durant des années, il n’y a pratiquement plus besoin d’utiliser la force musculaire et l’énergie agit plus facilement. La pratique s’ancre dans la concentration et la relaxation dynamique. Le mental s’apaise et le cœur s’ouvre. Cette pratique laisse de temps en temps émerger un peu de ce jaillissement spontané qui fait toucher l’essentiel. Maître Ueshiba en parle comme de l’expansion du « cœur de Dieu ». Comme certains pratiquants croyants, dans le respect de l’appartenance confessionnelle, je me situe dans cette lignée. Ce sont les jeunes hommes incarcérés à la prison Saint-Paul à Lyon qui m’ont permis d’aller plus loin dans cette découverte. Avec Jean-Max Ferey, mon ami aïkidoka et psychologue, nous avions rencontré Richard Helbrunnà Strasbourg. En tant que psychanalyste et boxeur, il a mis au point la « thérapie frappante ». Pour des personnes ayant développé (ou subi) des passages à l’acte violent, sa méthode consiste à aller jusqu’au bout de leurs limites, et là à accéder à la parole et à la connaissance de leurs propres perceptions et émotions. C’est ce que nous avons développé dans les prisons de Lyon pendant 5 ans entre 1997 et 2002, dans le cadre du service dirigé par le Docteur Chevry. Nous nous sommes appuyés sur l’Aïkido plutôt que sur la boxe. Les hommes, âgés de 18 à 30 ans, multirécidivistes, incarcérés périodiquement depuis l’âge de 16 ans pour certains, ne cessaient de nous tenir les bras et les poignets, jusqu’à nous broyer les os ! Ils ne comprenaient pas comment leur force musculaire pouvait fléchir au point qu’ils se retrouvent par terre ! « Un homme, un vrai, c’est celui qui cogne le plus fort ! » L’effet de sidération, auquel s’ajoutait la perception d’une force non violente et efficace dans une dynamique de respect de l’intégrité de l’autre, leur a permis pour la plupart d’évoluer et de changer de représentation d’eux-mêmes et pour cer-
tains de changer de comportements. Pour moi, en tant que femme et « maître », je savais que je ne pouvais rien faire en utilisant la force musculaire. Jamais de ma vie je n’avais eu à faire face à de telles saisies. C’est dans le relâchement et les mouvements spiralés que leur étau se desserrait naturellement. L’inversement du rôle toriuké me permettait de ne pas les blesser dans leur narcissisme. Ils s’appropriaient ainsi un peu de ce savoir énergétique lié à une forme de qualité d’être. Je garde surtout de ces moments la force des échanges, leur regard posé sur leur vie et sur le monde, ainsi que leur joie de pouvoir vivre ce qu’ils appelaient un « moment de liberté ». Dans ce dojo composé de deux cellules dont on avait cassé le mur mitoyen, les barreaux étaient traversés de barbelés auxquels restaient suspendus de lamentables yoyos ternis par le temps. Un tableau de Niro, avec un soleil rouge derrière un fil barbelé noir, nous tenait lieu de kamiza. Du fond de la maison d’arrêt, des cris d’appel à l’aide scandaient ces instants, jusqu’à rester imprimés à jamais dans notre mémoire. Sur quels points insistez-vous le plus dans votre enseignement ? Enseignant depuis plus de trente ans en France et en Suisse, j’ai appris que la grande majorité des aïkidoka pratiquent pendant un à deux ans. Il me semble important qu’ils puissent intérioriser d’abord et avant tout une « forme de corps » afin que cela soit pour eux une vraie ressource qui leur serve toute leur vie. C’est pourquoi j’insiste d’une part sur la position de l’axe de la colonne vertébrale, afin qu’ils puissent respirer mieux, accéder à un relâchement musculaire et moins souffrir du dos. Cela sert aussi de prévention face aux risques d’accident dans les chutes. D’autre part je fais travailler le hara, ce qui leur permet de se centrer et d’acquérir davantage de confiance en eux. Car le hara est le moteur du mouvement et le lieu de concentration de l’énergie vitale. C’est à partir de ce centre que naissent les mouvements des bras et des jambes lorsqu’on arrive à une unification de l’être. Les aïki taîso ont une place de choix dans cette dynamique. Ces deux axes de travail sont les bases indispensables pour favoriser la circulation du ki. Sans axe et sans mobilisation du hara, l’Aïkido n’est qu’une forme de combat martial ou de gymnastique, esthétique certes, mais qui ne joue pas son rôle de régénérescence tant sur le plan physique que psychique et spirituel. « L’essentiel du combat est de rester au point central », là où microcosme et macrocosme deviennent « un », nous disait Maître Ueshiba. Cela permet aux pratiquants d’accéder dès le début, de temps en temps, à la perception du mouvement juste et d’avancer sur le chemin de la non violence et de la communication avec l’autre. C’est aussi une expérience pleine de joie qui s’exprime sur les tatamis. Bien sûr les techniques sont là comme support et elles sont importantes. Je m’appuie sur la progression par kyu pour que les pratiquants qui s’investissent durablement puissent connaître l’ensemble de notre discipline, que ce soit à main nue ou avec des armes. Nous travaillons selon les critères proposés par la Martine Buhrig en 1975 en compagnie de Roger Prost, maitre fondateur de l’Aïkido en région Rhone-Alpes. fédération, notamment pour les passages de grades. Dans mon enseignement, je mets également l’accent sur les détails, intégrant une partie de la connaissance énergétique subtile qui m’a été transmise dans le Taï Chi Chuan. Cette forme de travail, avec une attention particulière pour dénouer les lieux de passages de l’énergie, particulièrement au niveau des articulations et jusque dans le bout des doigts, permet aux élèves de mieux intégrer l’axe et la puissance du hara. Préconisez-vous un travail spécifique pour développer le souffle, l'énergie ? Le travail sur le souffle n’a rien de spécifique. Il est contenu dans l’ensemble de la transmission du geste aïki. Car sans une installation claire et précise des postures de base, avec des ancrages au sol solides intégrant les déplacements, des jambes non effondrées, d’un axe vertical du bassin jusque dans la tête, des gras toniques et sans tension, des positions de main pour diriger et transformer l’énergie yin en yang (et réciproquement), du regard pour porter la direction et l’intention de l’action, il ne peut pas y avoir d’énergie. Maître Coquet, mon professeur de Iaï, se plaisait à dire lorsque nous étions sur la montagne : « Le chien, c’est l’énergie. Le maître, c’est l’intention. C’est le maître qui dirige le chien. » Maître Chu, mon maître de Taï Chi Chuan, précise qu’une action, « c’est 95% de Yi » (le Yi, c’est l’intention en chinois). D’où l’indispensable travail du Yi pour développer l’art interne de nos disciplines. Que vous apporte la pratique d'une autre discipline ? C’est tout naturellement que la pratique d’autres disciplines s’est installée tout au long de ma vie, à partir de l’Aïkido. En 1970, j’ai désiré développer la concentration assise en même temps que la méditation dynamique qu’offre l’aïkido. C’est ainsi que j’ai prati-



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