Aïki Mag n°11 déc 05 à mai 2006
Aïki Mag n°11 déc 05 à mai 2006
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°11 de déc 05 à mai 2006

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : FFAAA

  • Format : (210 x 285) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 7,2 Mo

  • Dans ce numéro : Jean-Paul Nicolaï, un artiste peut en cacher un autre.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 12 - 13  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
12 13
▼ Un maître n’est pas qu’une simple référence technique. À l’intérieur du choix des techniques qu’il enseigne et la façon dont il les exécute, il transmet sa propre vision de l’Aïkido. L’élève a intérêt à choisir le maître qui correspond à ses propres motivations, à son expérience,à sa sensibilité et à sa compréhension du moment.▲ quand on pratique un Aïkido fluide et harmonieux avec le partenaire.. Il rend la présence dangereuse et oblige le partenaire à suivre et garder le contact (eau, feu). L’approfondissement de l’étude des coupes développe également la puissance et permet d’approfondir les appuis et la liberté des hanches. Pour vous, l’Aïkido, est-ce vraiment « 10 000 techniques… un seul esprit » ? Je ne savais pas qu’il y avait 10 000 techniques. Je pense qu’il y en a beaucoup moins d’homologuées, mais si on veut considérer les variations de chacune, leur nombre est illimité et impossible à recenser. Chaque maître a naturellement choisi son cadre (en l’occurrence un nombre limité d’exécution de techniques et une tendance dans la manière de les exécuter) qui, pour lui, lui permet d’approfondir encore sa recherche dans une direction précise et pour son disciple représente une série de pointillés qui le conduira à découvrir le sens que le maître lui transmet. J’ai pratiqué plusieurs arts martiaux et pour moi, ma préoccupation constante, dans ma pratique et dans mon enseignement, est l’efficacité dans le cadre du Budo. Je considère l’Aïkido comme 12 L’étude du ken, en favorisant le travail du positionnement permet de dévellopper de l’état de vigilance. un merveilleux système d’éducation préparant à l’attitude idéale dans le combat. La technique est avant tout un outil et non une finalité directe. L’étude est complexe car on a en face de soi un partenaire et non un adversaire. Et s’il y a malentendu dans la compréhension des rôles, la pratique peut s’avérer inadaptée. Pour moi, uké doit réagir constamment à l’action de tori. Et c’est parce que le partenaire est sophistiqué que la technique peut être complexe et permet d’approfondir l’expérience du contrôle de l’autre. Mais si les réactions sont conventionnelles, on n’a pas la présence des surprises constantes de la vie qui permettent de garder constamment notre vigilance en éveil. Je refuse l’Aïkido convenu entre aïkidoka… C’est pour cela que j’attache une grande importance au rôle d’uké dans mes cours. Dans l’exécution d’une technique, dès qu’il y a perte de contact, il y a sanction potentielle et cette vigilance devrait obliger à bouger les corps. Dans cette préoccupation de l’efficacité, j’ai pu remarquer que physiquement ou mentalement, dès qu’on évoque le combat, les poings se serrent, les épaules se raidissent et les gens se transforment en statue. C’est contre cette réaction instinctive qu’il faut constamment œuvrer et c’est cet esprit paradoxal d’accueil et de détente devant l’agression qui est primordial
dans l’exécution des techniques et la recherche du sens. Cela ne peut se faire que progressivement. Si on décontracte les bras et les épaules, on ne peut pas faire une technique d’Aïkido en statique et sans bouger le reste du corps. Il faut donc entrer dans un système de recherche qui reproduit au ralenti ce qui se ferait à vitesse normale. Le travail sur le contact permet de sentir comment l’énergie doit circuler dans son propre corps et continuer dans le corps de l’autre et ainsi, vérifier les endroits où l’énergie ne passe pas, empêchée par la raideur d’une articulation. Cette recherche est illimitée ; elle se continue au-delà du tatami et nous permet de comprendre pourquoi des milliers d’aïkidoka continuent à pratiquer toute leur vie alors qu’il n’y a pas de compétition pour mettre en valeur leur ego. Hors du dojo vous êtes comédien, alors, monter sur le tatami, est-ce comparable à l’entrée sur la scène d’un théâtre ? Oui. J’ai travaillé dans des compagnies où la scène était considérée comme un lieu sacré et entrer dans un personnage en présence du public, c’était entrer dans une autre dimension. Pour l’Aïkido, c’est peut-être plus simplement l’occasion de quitter le quotidien et s’évader dans un autre univers où chacun se retrouve libre, face à lui-même et à sa propre responsabilité. Et si le pratiquant peut prendre conscience de cette situation possible, cela peut être pour lui la possibilité de se libérer des contraintes quotidiennes pendant un moment et de s’exprimer pleinement. La pratique avec partenaire en aikido vous aide-t-elle dans la relation comédien-spectateur ? Beaucoup de comédiens pratiquent l’Aïkido, qui est d’ailleurs enseigné dans plusieurs écoles de théâtre. La formation physique du comédien l’aide à comprendre le fonctionnement corporel également dans la pratique de l’expression corporelle, du mime, de la danse, de l’acrobatie et des méthodes telles que Mézières, Feldenkreis, Alexander, etc. Le comédien a besoin d’une grande disponibilité corporelle, d’une écoute des partenaires et de l’espace environnant. L’Aïkido, pratiqué dans un esprit de découverte de soi, de développement de ses capacités et d’harmonie avec l’autre, va dans le sens de ses besoins. Il est évidemment aussi très utile pour des scènes d’action. Le travail sur l’ego en Aikido ne s’oppose-t-il pas avec l’exposition naturelle du comédien ? Il y a deux catégories d’acteurs (selon Louis Jouvet) : - l’acteur doué d’une forte personnalité qui choisit de tirer le rôle à lui ; - le comédien, généralement plus effacé, qui travaille à entrer dans le personnage. 13 RENCONTRE Jean Paul NICOLAÏ Le grand public connaît surtout les stars, qui appartiennent généralement à la première catégorie. Les comédiens (deuxième catégorie) font généralement du théâtre et ont besoin de travailler profondément car « entrer dans un personnage » représente beaucoup de recherche. Ariane Mnouchkine dit qu’il faut d’abord chercher « la page vierge » pour pouvoir entreprendre la création d’un personnage. Cela demande un grand travail physique où le corps doit oublier toutes les habitudes et redevenir disponible. Le comédien doit être constamment en observation des postures physiques et des effets de chacune sur son intériorité mentale et affective. Inversement, pour construire son rôle, il se met à la découverte d’une situation qu’il n’a peut-être jamais vécue et son corps se construit à partir de ce travail de l’imagination. La partie la plus difficile de cette création est d’effacer son ego pour entreprendre cette métamorphose. Pour le comédien, la représentation n’est pas une exposition mégalomane de lui-même mais la présentation au public de sa création artistique La création peut être présente dans l’art dramatique comme dans l’art martial mais cela implique l’investissement de tout l’être profond. Votre pratique se retrouve-telle dans l’adage « connais toi toi-même » ? Je crois que c’est cet adage qui m’a amené à changer de vie, à exercer le métier de comédien et, en même temps, à être un pratiquant passionné d’Aïkido. Car, pour moi, se connaître soi-même, c’est : - identifier ses propres obstacles qui empêchent le naturel ; - les rechercher chez et avec l’autre qui fait office de miroir. « L’ennemi, c’est soi-même » Dans la recherche de la « page vierge », j’ai toujours pratiqué les assouplissements et été attentif au déroulement naturel du mouvement le long des articulations et, quand on avance en âge, le corps a la gentillesse de sanctionner nos erreurs par la douleur. - Ca va mieux ! Merci. ● Pour contacter Jean-Paul Nicolaï : www.aikido-nicolai.com



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :