Aïki Mag n°10 jun à nov 2005
Aïki Mag n°10 jun à nov 2005
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°10 de jun à nov 2005

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : FFAAA

  • Format : (210 x 285) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 1,7 Mo

  • Dans ce numéro : Nishio Shoji, un grand maître nous a quittés.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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HOMMAGE NISHIO SHOJI Grand pédagogue Nishio Shoji sensei aimait venir à la rencontre de ses élèves français. Le premier cours Nishio sensei nous fit un accueil très chaleureux. Le dojo était immense : 700 ou 800m 2 ou plus, avec comme Kamisa un énorme drapeau japonais. Quelle révélation pour mon complice dans ce périple : Max Mechard et moi-même. Nous étions tous deux 5 e dan à cette époque avec 22 ans de pratique et loin d’être inexpérimentés. Mais les formes de travail proposées apparaissaient toutes nouvelles et pourtant les mouvements étaient des classiques. Je me souviens de ce cours et de cette soirée comme si c’était hier ! Le premier mouvement travaillé fut Ai Hanmi Katatedori Ude Kime Nage : chaque avancée du bras de mon « partenaire » pour l’attaque du coude était un appel à la vigilance car la main s’avançait vers la gorge après le passage sous le bras. Puis ce fut Shiho Nage puis Nikkyo. En fin de cours, ensemble au restaurant, nous nous sommes lancés pour lui demander s’il accepterait éventuellement de venir en France à l’invitation de notre fédération, la FFAAA. La réponse positive ne tarda guère, il ne demandait qu’une seule chose : pouvoir emmener au moins un assistant. C’était largement justifié par la complexité de son travail aux armes : nous avons mis deux ans pour lui servir de partenaire dans ce domaine. Ce n’est qu’au printemps 1989 que j’ai pu faire venir Nishio pour la première fois en France. Comptetenu de la notoriété et du rayonnement de ce sensei, il m’avait semblé plus logique de le faire inviter par ma fédération plutôt que de le faire venir en stage privé. Cela d’autant plus qu’il faisait partie du comité des hauts gradés de l’Aïkikaï. Ce ne fut pas chose facile et il m’a fallu vaincre pas mal de résistances. Ses stages en France Nishio sensei a dirigé douze stages en France du printemps 1989 à l’automne 2000. Il était chaque fois accompagné d’un assistant. Ce fut très souvent Shigeru Suzuki san, mais aussi Mitsuru Wakabayashi san, Tanaka san, Shokoo Watanabee san et par deux fois (1991 et 2000) Kooji Yoshida san. Tous ses assistants avaient le même profil : 5 e ou 6 e dan en Aïkido et le même niveau en Iaido toho et en Karate. Dès la troisième année, nous étions assez familiarisés avec les mouvements aux armes pour qu’il choisisse ses Ukés parmi les français ou d’autres Européens présents. Dès 1996 je repris mes visites régulières au Japon pour suivre à la fois les cours à l’Aïkikaï hombu dojo durant la journée et les cours de 18 Nishio sensei les trois ou quatre soirs par semaine où il n’enseignait pas trop loin. C’est ainsi qu’en 2004 j’ai pu suivre ses cours au printemps, puis en été. Mais au moment de mon troisième séjour, en automne pour le congrès de la FIA, je n’ai pas pu le revoir ; il venait d’entrer à l’hôpital. Il se battait depuis trois ou quatre ans contre la maladie et malgré cela il continuait à enseigner régulièrement dans ses dojos au Japon. Il avait simplement renoncé à se déplacer en Europe et aux USA pour ses grands stages. Dans tous les pays qu’il a régulièrement visités, un de ses assistants poursuit actuellement son œuvre. En Allemagne c’est Shisiya sensei 6 e dan ; en France c’est Yoshida sensei 6 e dan, toujours invité par notre fédération la FFAAA ; au Danemark c’est Arisoe sensei 7 e dan, etc. Anecdotes Le premier stage. Dès le premier stage en France en avril 1989 avec Shigeru Suzuki et Mitsuru Wakabayashi comme assistants, ses démonstrations firent sensation. Trois stages étaient programmés : 7 jours à Strasbourg, 2 à Mulhouse et 2 jours à Paris. Certains pratiquants, malheureusement, se découragèrent devant la complexité apparente (ou les remises en cause déchirantes ?) des mouvements aux armes. Ces stages étaient très interfédéraux : l’UFA fonctionnant avant l’heure. Il y avait en effet beaucoup de pratiquants de la FFAB qui se passionnèrent pour son enseignement et qui l’ont définitivement adopté. Une des premières questions que nous posa, à Robert Hanns et à moi-même, Suzuki, c’était le pourquoi de la durée qui s’était écoulée entre mon passage au Japon en été 86 et la mise en place de ce premier stage. Et il nous apprit à cette occasion que Nishio sensei avait souhaité prendre des renseignements supplémentaire me concernant. Pour ce faire il a profité de son stage annuel à Los Angeles pour donner rendez-vous à… mon premier sensei : Nakazono à San Diego. Bien sûr Nakazono lui confirma que si le délai apparaissait étrangement long ce n’était sûrement pas dû à l’initiateur. ● Paul Muller
Le Japon doit avoir à l’égard de la Chine une dette difficile à évaluer et qui ne concerne pas seulement sa culture ou ses habitudes de vie. Des siècles durant, la Chine a représenté, pour le Japon, la frontière la plus éloignée et un sommet de raffinement en matière de civilisation. Au même titre que l’arc et le sabre, on peut voir dans la voie du thé, une transposition symbolique d’harmonie universelle. Or, l’arc, le sabre et le thé sont, non seulement d’inspiration, mais de création chinoise. Après cette petite mise au point, de nos jours, la question se pose avec toute sa gravité. En effet, c’est dans la tradition et dans les anciennes écoles que se trouve l’essentiel de l’essence des disciplines nobles des samouraï et, plus particulièrement au Japon où on la retrouve toujours vivante. Cependant, le monde tel qu’il est à l’heure actuelle, semble ne pas vouloir favoriser cette continuité ; ce qui serait, pour celui qui connaît toute la valeur contenue dans les secrets des écoles traditionnelles depuis des siècles, quelque chose de dramatique que de ne pouvoir profiter de la haute valeur du passé, protégée avec une immense rigueur par des générations de maîtres. La transmission Les vieux sensei, les vieux maîtres, savent quel est le poids de la tradition. Ce n’est, en tout cas, pas ce que certains européens qui ont une folle imagination, pensent en ne voyant que le côté superficiel, spectaculaire à base de films et jeux vidéo pour enfants. En réalité, ce n’est ni une philosophie contraignante ou un cérémonial paralysant, une béquille miraculeuse, une ascèse à l’orientale, enfin, encore moins quelque chose de facile à découvrir. Le respect profond de l’aîné, du maître quoique celui-ci dise, fasse ou décide, sera donc la première règle. Les manières vis-à-vis du futur disciple qui se serait présenté, sont souvent très dures et incompréhensibles pour un simple élève européen qui a tendance à faire un amalgame avec sa manière de voir et la réalité de la voie. Si le sensei accepte, par amabilité, ce futur candidat, dans la majorité des cas, après un temps insuffisant, celui-ci ne comprendra pas la nécessité de changer son comportement, il sombrera à court terme et disparaîtra après avoir récupéré quelques miettes qu’il prendra pour la science infuse. Le chemin de Kyoto En un mot, y a-t-il une possible transmissibilité en dehors du Japon ? La chance est si faible qu’elle est pratiquement nulle. Alors, que faire ? Et bien, rien qu’avoir une invraisemblable patience, ce qui n’est pas une vertu occidentale. Le grand philosophe Shinran (1173-1263) vivait dans un temple à flanc de montagne, passant le plus clair de son temps à observer les cycles 19 KYUDO la tradition japonaise est-elle transmissible hors du japon ? Tradition, essence fondamentale de la discipline, etc., ces valeurs qui semblent fragilisées aujourd’hui sont-elles condamnées à disparaître ? Remise traditionnelle des flèches. Jacques Normand en tenue d’apparat pour un tir de cérémonie. de la nature qu’il transposait en des textes où fleurissaient l’allégorie et la métaphore. Les moines qui l’entouraient, le considéraient comme un être pur, animé seulement par l’esprit de Dieu. Quand il ne se consacrait pas à son entourage, il se livrait à l’étude ou à la méditation et aux enseignements qui mènent à la sagesse. Mais Shinran avait conscience que d’autres, en dehors du temple, menaient une existence plus exposée que la sienne. C’est pourquoi, il décida d’aller voir dans la vallée ce qu’était devenu le fils de l’homme. Et il prit le chemin qui mène à Kyoto… C’est là que Shinran devait découvrir que le combat ne se situait pas dans son temple mais aussi parmi les hommes. Il n’avait connu, jusque là, ni haine ni souffrance véritable. Il lui fallut approcher la misère pour comprendre combien ces racines là étouffaient le cœur de l’homme. Et Shinran se dit qu’il allait mettre en pratique une philosophie qui pourrait s’inscrire dans leur vie quotidienne. On lui a attribué le « Tanni Sho », ce livre sur le regret de l’altération de la vraie croyance, cette immense interrogation sur les codes auxquels obéissent nos actes, ce domaine de l’obscur, rivé dans les plus intimes profondeurs de l’être. Celui qui peut localiser, en lui-même, la raison qui le rend malheureux, a le pouvoir d’anesthésier le mal, de s’en écarter et de regarder la cicatrice s’estomper. Dès lors, il ne peut plus s’en prendre à une raison extérieure provoquée par une réaction humaine ; le coupable, ce n’est plus l’autre, c’est lui-même. Il se confond davantage avec le karma - toute intention est inscrite dans le cours de la vie – il se dirige comme s’il était à l’intérieur de ses actes et il atténue les imprévisibles ricochets des causes à effets. Quand la lame du katana fait éclater le fourreau, quand la flèche se brise sur une pierre, l’effet provient du plus profond de lui-même. Personne d’autre que lui n’est responsable du sens qu’il imprime à ses gestes, à ses pensées. Personne, donc, mieux que lui, ne peut orienter sa destinée. ● Jacques Normand SOSM : 01 69 40 91 41



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