Aïki Mag n°10 jun à nov 2005
Aïki Mag n°10 jun à nov 2005
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°10 de jun à nov 2005

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : FFAAA

  • Format : (210 x 285) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 1,7 Mo

  • Dans ce numéro : Nishio Shoji, un grand maître nous a quittés.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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ENTRETIEN CLAUDE JALBERT Président d’Honneur de la F.F.A.A.A. et duC.E.R.A., Claude Jalbert est de ceux qui ont contribué à la création de la FFAAA comme cadre de l’Aïkibudo. Président de la Commission des grades puis Co-Président jusqu’en 2001, il vient d’être promu 7 e dan. Il est également, à 82 ans aujourd’hui, le Président de l’Union Fraternelle et Sportive de Vaucresson-Marne. l’honneur d’un homme MAÎTRE CLAUDE JALBERT, COMMENT AVEZ- VOUS « FRANCHI LE RUBICON » ET DÉMARRÉ VOTRE PRATIQUE MARTIALE ? C’est le genre de question que l’on se pose après un long parcours, et je pense qu’à part les quelques cas d’une volonté délibérée du jeune qui, imprégné de l’exemple des meilleurs, a envie « d’y goûter », le point de départ est soit le camarade qui pratiquait déjà avant lui, la proximité d’une salle où l’on enseigne « quelque chose » et pour les plus âgés l’accompagnement de leur rejetons à une salle voisine, en général, de leur habitation, afin, suivant la très belle formule qui avait été celle de la FFJDA il y a quelques années : « Confiez-nous votre enfant, nous en ferons un homme… » Ce fut précisément cette dernière raison qui me conduisit un dimanche de 1963 à conduire mon fils qui venait d’avoir 6 ans au cours de Judo proche de mon domicile. Le professeur nous accueillant fit manifestement plus attention à moi qu’à mon fils, me disant que si j’avais pris cette initiative c’est que je cachais peut-être au fond de moi-même une forme de refoulement, et que ma robuste constitution liée à l’apprentissage de techniques de combat, pouvait me conduire à des félicités que je ne pouvais envisager… Il y avait certainement beaucoup de vrai dans ces propos car il est difficile à une personne qui a atteint la quarantaine d’entrer dans un dojo sans avoir la moindre connaissance en arts martiaux et la crainte du ridicule est certainement ce qui gêne le plus ces vocations tardives… Néanmoins et prenant en compte intrinsèquement les propos du professeur, j’expliquai à mon entourage la nécessité d’accompagner mon fils pour le fidéliser et se dire puisque son papa y allait, il paraissait bien normal qu’il y allât également ! C’est ainsi que nous avons commencé le Judo lui et moi et devant les problèmes que je posais à la fois au professeur et aux élèves du cours, il me fut un jour proposé de pratiquer l’Aïkido sous le fallacieux prétexte que pour un monsieur de mon âge il était peut-être préférable de pratiquer cette discipline encore relativement peu connue, mais qui s’adapterait relativement mieux à mon personnage ! J’entrais donc vers 1963 en Aïkido… POUVEZ-VOUS NOUS PRÉSENTER RAPIDEMENT VOTRE PARCOURS MARTIAL ? Ce serait complètement inutile de dire, si vraiment je ne le pensais pas, que j’ai été effectivement et dès le début très séduit par les techniques qui m’étaient enseignées, celles-ci étant essentiellement à cette époque le Chika ma et la rigueur des positions, l’efficacité des dégagements, convenaient très bien à mon esprit logique et analytique. Malheureusement, mon professeur devait quitter la région au bout d’un an et demi et c’est ainsi que j’arrivai à la Poterne des Peupliers, pour y rencontrer celui qui devait devenir plus que mon professeur, mais comme le disait le compositeur : « mon maître et mon ami ». Tous ceux qui le connaissent, savent que l’on peut compter sur lui, mais savent également que s’il est intransigeant avec lui-même, il l’est également avec ceux qui lui semblent être de la « bonne graine ». J’ai donc franchi les kyu pour arriver le 2 juin 1969 à l’examen de premier dan devant un jury qui était présidé par Alain Roinel… Ayant passé pour ma profession des examens et des concours souvent difficiles, je dois dire que j’avais quand même une certaine appréhension que je vivais au même rythme que mes jeunes camarades d’une vingtaine d’années, avec lesquels je partageais les affres… Tous ceux qui ont réussi le passage du premier dan ont certainement ressenti tout 14 comme moi la très grande satisfaction de porter ce symbole qu’est la ceinture noire et le Hakama… Ma progression technique Claude Jalbert 7 e dan, Président d’honneur de la FFAAA. a été tout à fait normale, présentant mon deuxième dan le 7 juin1970, le Président du jury étant Gabriel Michaud, qui était à cette époque un brillant second de maître Alain Floquet, mais qui divergea après que son 5 e dan lui ait été décerné, pour suivre Hiroo Mochizuki, dans la voie du Yoseïkan Budo, créant ainsi une nouvelle discipline dans laquelle il a d’ailleurs laissé son empreinte. C’est le 19 mai 1973 que je réussissais mon examen de 3 e dan, maître Hiroo Mochizuki étant alors Président du jury. Mon 4 e dan date du 7 septembre1978, passé devant Maître Floquet, en même temps que mes vieux amis Alain Roinel pour son cinquième dan, André Tellier, Edmond Royo et Hervé Villiers pour eux aussi leur 4 e dan. Le 5 e dan m’a été décerné le 8 juin 1985 et le 6 e dan en juin 1990 sur l’avis favorable et amical de maître Floquet. Enfin, sur présentation de maître Alain Floquet, la CSGDE m’a décerné au titre de l’Union des Fédérations d’Aïkido (U.F.A.), à l’unanimité le haut
grade de 7 e dan, à titre honorifique, pour l’ensemble de mon action au service de la cause du mouvement « AÏKI », et plus particulièrement pour mon engagement administratif et institutionnel, bien plus que pour mes qualités techniques qui sont largement supplantées par bien de nos cadres techniques. Claude Jalbert et Alain Floquet chez maître Sugino Yoshio en août 1984. VOUS AVEZ SELON VOS PROPRES TERMES UN PARCOURS « ATYPIQUE » DANS L’UNIVERS DES ARTS MARTIAUX EN GÉNÉRAL ET CELUI DE L’AÏKIBUDO EN PARTICULIER : POURQUOI ? Puisqu’il s’agit tout particulièrement de mon cas personnel, je dois dire que le premier dan a été vraiment le point de départ d’une aventure à laquelle rien ne m’avait préparé, mais que j’ai progressivement acceptée en totale synergie avec mon maître. J‘ai ainsi développé mon action dans trois directions, ce qui, compte tenu d’une vie professionnelle particulièrement chargée et attachante, et d’une vie familiale avec trois enfants a nécessité une planification du temps non professionnel excessivement rigoureuse. Ces trois lignes de forces étant d’abord la poursuite de mes connaissances techniques dans cette discipline, les responsabilités administratives au sein du groupe que nous formions et l’enseignement aux autres de ce que j’avais appris moi-même. Ce dernier point qui ne faisait absolument pas partie, et pour cause, de mes intentions initiales, m’est arrivé un jour comme une évidence dans la mesure où le club dans lequel j’avais commencé quelques années plus tôt, avait retrouvé un professeur qui n’avait fait qu’un passage rapide, laissant une salle vide et une trentaine d’élèves désemparés. Ayant appris la situation, et obtenu l’investiture d’Alain Floquet, je déclarais donc mon intention de prendre le relais pour me trouver jeune premier dan enseignant à l’Union Fraternelle de Vaucresson, club que je ne devais plus quitter, puisque quelques trentecinq ans après ces évènements, je continue à en présider les destinées, en ayant dû suspendre l’enseignement de l’Aïkibudo depuis 2001 du fait de mes ennuis de santé. VOUS AVEZ MIS UN POINT D’HONNEUR À VOUS ENGAGER DANS LES RESPONSABILITÉS ADMINIS- TRATIVES, ET À ÊTRE UN TRAIT D’UNION ENTRE LES DIFFÉRENTS « COURANTS », ACTION QUI A ABOUTI AVEC LA CRÉATION DE L’U.F.A. QUELLE EST VOTRE VISION RÉTROSPECTIVE ET PROSPEC- TIVE DE CETTE ACTION ? Les quelques quarante années qui me séparent de l’époque où j’ai vraiment pris pied dans « l’administration » puisque 1 er kyu en 1968, je me suis trouvé un des responsables de l’Aïkido Yoseïkan au sein de la FFJDA situation qui devait « s’améliorer » puisque quelque temps plus tard je devenais le Président de ce groupe à la FFJDA. Le point important de cette période est qu’il était apparu évident que l’Aïkido que nous pratiquions était sinon différent, disons autre chose que celui qui était pratiqué au sein de cette même FFJDA par maître Nocquet et ses élèves. Après bien des vicissitudes et des discussions innombrables, nos deux groupes prirent la décision de se retirer de la FFJDA du fait qu’au sein de cette grande fédération l’absence de compétition s’inscrivait mal dans le cadre de son organisation. Ajouter à cela des relations humaines difficiles entre certains dirigeants et nous avons opté pour « un grand chez soi au lieu d’un petit chez les autres. », et ce fut la création de la F.F.A.K. J’en devins le Président et c’est elle qui fut la structure dont est née la FFAAA le 1 er septembre 1983, après s’être alliée avec celle restée à la FFJDA sous la Présidence de Jacques Abel. Ma forme de pensée m’a toujours conduit à rechercher des dialogues débouchant sur des consensus conduisant vers des regroupements, estimant que la tolérance et l’amitié étaient les retombées positives de la pratique des Arts Martiaux, dispositions d’esprit que je considère maintenant comme ne pas être unanimement sinon harmonieusement distribuées ! Le problème du groupe dont nous assurions maître Alain Floquet, Hervé Villiers et moi-même l’existence, était de définir clairement sinon l’originalité, tout au moins et surtout vis à vis des autres ce qui faisait que notre discipline était sinon totalement différente mais en tout cas d’une originalité qui ne permettait pas d’assimilation. Les nombreux séjours qu’a fait maître Alain Floquet au Japon, les longues séances de travail auxquelles il s’est contraint auprès de vieux maîtres japonais, dont les pères eux-mêmes ont laissé des traces indélébiles dans l’histoire des Arts Martiaux Japonais et les encouragements 15 d’abord, puis les parrainages qu’ils ont bien voulu lui donner, ont affirmé cette discipline à part entière qu’est devenue l’Aïkibudo. Je pense même que sans son important travail de recherches bien des techniques traditionnelles japonaises auraient été perdues à jamais ! C’est d’ailleurs en l’accompagnant au Japon en 1984 que j’ai eu un choc en faisant la connaissance de feues maîtres Takeda Tokimune et Sugino Yoshio. Ces deux senseï m’ont laissé un souvenir impérissable empreint d’une extrême gentillesse, d’une rare ouverture d’esprit, et d’une volonté profonde de transmettre leur Art. EN CONCLUSION ? J’ai longtemps hésité à m’exprimer dans une quelconque revue du fait de la charge qui m’avait été confiée de présider aux destinées de la F.F.A.A.A. J’ai pensé qu’en définitive il était normal que chacun sache quel avait été mon parcours et que chacun puisse lire tout l’attachement que je porte à la pensée AÏKI indépendamment de toute obédience de quelque nature que ce soit, croyant bien davantage comme je l’ai déjà dit, dans la tolérance et dans l’amitié que dans tout sectarisme qui, par définition, est mièvre et restrictif. C’est ainsi que de toute cette période et compte tenu de tous ceux que j’ai rencontrés, une sérieuse amitié nous lie, et j’espère depuis déjà bien longtemps, que beaucoup ont compris ce que devait être la voie de nos disciplines qui, excluant congénitalement la notion de compétition, deviennent très vulnérables, à la merci de « bons » apôtres plus avides d’intérêts personnels que respectueux de l’esprit lui-même que nos disciplines devraient développer chez ceux qui les pratiquent. Arrivé à un moment de ma vie où on pense plus à établir des bilans qu’à formuler des projets, je suis un homme heureux, car j’ai eu la chance de réussir à concilier une vie professionnelle exaltante et entretenir dans finalement toutes ces ramifications un violon d’Ingres qui m’exalte encore malgré toutes les difficultés rencontrées, et je suis persuadé que finalement ces deux vies parallèles que je poursuis ont été indiscutablement bénéfiques l’une envers l’autres, et c’est le conseil que je me permets de donner à ceux qui pratiquent nos disciplines, de conserver dans la vie l’attention, la discipline, la courtoisie et l’efficacité, qui sont en définitive les vertus cardinales tant d’une vie professionnelle que d’une vie sportive. ● Propos recueillis par Jean-Pierre Vallé (Photos : CERA)



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